Ethique Info

Accueil > Education > Education > Qui se dévoile ?

Scandales financiers sur la planète

Qui se dévoile ?

Les pièges ne prennent pas que des rats ou des renards

mercredi 17 décembre 2008, par Picospin

On a l’impression qu’un nouveau monde vient de s’ouvrir qui dévoile les pratiques les plus illégales, les gains les plus immérités, les transactions les plus louches, mais aussi celles que se sont réalisées au su et au vu de tout le monde comme si les investisseurs pris au piège de l’escroquerie regardaient comme dans un miroir leurs propres erreurs, leur besoin immodéré de revenus frauduleux, dans une société de la spéculation, du bénéfice à tout prix, sans que jamais personne ne les eut avertis des risques qu’ils prenaient pour des gains immédiats dont ils n’avaient pas réellement besoin.

Don et contre-don

Un commentateur s’exprimant, au nom de l’économie française et de la nécessité de lutter pour un patriotisme économique, n’a pas craint de prévoir pour une avenir proche le discours d’un petit-fils à son grand père : « Je souhaite que tu sois heureux et que tu puisses vivre dans les meilleures conditions. Toutefois, il ne m’appartient pas d’intervenir dans le monde pour agir en sorte que je t’offre en cadeau une partie de ce qui me revient et que je me prive, moi, jeune garçon arrivé dans notre monde au décours de multiples évènements moralement peu reluisants et éthiquement discutables, en faveur de ta génération qui n’a ni su ni voulu préserver la part qui me revenait de droit ». Don à la rigueur s’il y a échange comme nous l’avons signalé à propos de la théorie du don de Marcel Mauss, certainement pas sacrifice et surement pas désistement de mes richesses à ton profit et à ceux de ta génération. On a l’impression que, faisant suite au dévoilement d’un scandale à l’occasion de la survenue brutale et inopinée d’une crise qualifiée d’inattendue, les structures économiques et financières se renversent d’abord, s’écroulent ensuite comme châteaux de cartes et que la cascade des évènements tombe du haut du rocher avec un bruit de fracas et des tourbillons d’une telle ampleur que le monde éberlué croit assister à l’arrivée d’un nouveau phénomène extrait de l’histoire du déluge engloutissant tout sur son passage. Après les affaires Enron, Kerviel, Lehmann Brothers, dont on croyait qu’elles avaient atteint le firmament de l’intelligence, de la subtilité et de l’invention en matière d’escroquerie, voici arrivée la dernière en date de ces montages qui ont berné les individus, les organisations, les professionnels les plus avertis. Rien d’étonnant dans ce « succès » de la malhonnêteté si l’on sait que les clients, engouffrés dans ces mécanismes, sont tombés aux mains considérées comme les plus honnêtes et les plus dignes de confiance puisqu’elles étaient en première ligne et en première place dans l’expertise et les pratiques de leur profession.

Puiser à la source

En quelque sorte, on puisait à la source puisque le promoteur des opérations ou manipulations proposées se situait en première loge. Il ne s’agissait que du responsable du Nasdacq qui fut le premier marché électronique d’instruments financiers à ouvrir dans le monde, en 1971. Il a été fondé par la NASD (National Security Dealers Association, que l’on peut traduire par « Association Nationale Américaine des Agents de Change »). Son nom est, au départ, l’acronyme de National Association of Securities Dealers Automated Quotations, soit donc : cotations automatisées de la NASD. Si les sociétés cotées au NASDAQ sont souvent liées au monde de l’Internet ou de l’informatique, il n’en demeure pas moins que celles-ci peuvent couvrir d’autres secteurs économiques comme des secteurs d’activité tels que banque, distribution, biotechnologies, industrie, transports. Le NASDAQ sert de débouché naturel pour les fonds de capital-risque, un mode de financement qui consiste à accepter de prendre le risque de perdre de l’argent dans trois dossiers sur quatre, mais de compenser avec le quatrième, une société capable de multiplier sa taille par plus de quatre sur un horizon de sept à huit ans. L’indice boursier NASDAQ est calculé en tenant compte de toutes les compagnies inscrites au marché d’actions NASDAQ et non en tenant compte uniquement d’un sous-ensemble de ces compagnies comme c’est le cas pour plusieurs autres indices boursiers. Dans l’indice NASDAQ, l’importance de chaque compagnie est proportionnelle à sa capitalisation boursière. Cet indice est assez volatil, car le marché d’actions NASDAQ contient plusieurs compagnies de haute technologie dont la valeur des actions est plus volatile que la valeur des actions des compagnies de l’économie traditionnelle. Sa capacité à traiter les échanges en continu vient de la disponibilité de serveurs qui peuvent enregistrer jusqu’à 900 transactions à la seconde.

Des victimes de choix

Parmi les victimes des manipulations du patron de cette entreprise, on compte des célébrités comme le cinéaste Steven Spielberg, du prix Nobel de la Paix Élie Wiesel, de grandes banques internationales comme Fortis, BNP Paribas, tous très proches de l’establishment new-yorkais, sous le regard vigilant ou laxiste de la « Securities and Exchange Commission » le gendarme de la Bourse américaine. Bernard Madoff en était très proche puisqu’il exerçait les fonctions de membre du Comité pour la transparence de l’information donnée aux marchés. Tout était-il si transparent que personne n’a surveillé les faits et gestes de cette organisation qui pouvait apparemment travailler avec une telle facilité que le laxisme des organes de surveillance n’avait aucune efficacité dans la filtration et laissait passer, comme au travers d’une frontière passoire, les opérations qu’elle voulait bien monter . D’après les professionnels de la finance, les subterfuges utilisés dans ces montages sont monotones ce qui fait peser d’autant plus la responsabilité des organismes de surveillance sur ces opérations dont ils devaient avoir pleine connaissance. La crédibilité des clients de ce type d’opérations, géré en toute lumière par le responsable direct du Nasdaq était telle qu’elle emportait tout sur son passage d’une part à cause de la réputation du patron de ces montages, d’autre part du fait de la facilité et de la hauteur des gains empochés par les souscripteurs attirés dans ces dédales financiers. Cette confiance alimentée à partir de multiples sources mériterait assurément une étude psychologique, psychiatrique sinon psychanalytique en commençant par toutes les individualités et les collectivités grugées par les fraudes commises et la disproportion flagrante entre la hauteur des placements et la générosité de leurs rapports.

Insouciance

Cette insouciance, sinon inconscience était telle que les conséquences devront en être payées par des organismes charitables comme la Fondation Elie Wiesel, pour l’humanité, celle de Spielberg pour les enfants, des entrepreneurs dans les entreprises du bâtiment, de l’automobile, ou du cinéma. Le mécanisme des gains frauduleux était simple, efficace et constant : « pyramidal » dit-on. Les investisseurs sont rémunérés avec les dépôts de leurs successeurs. Il fallait y penser et... l’appliquer...

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le nombre considérable des scandales financiers dans le monde doivent inciter à évoquer plus souvent et avec plus d’insistance l’importance des problèmes éthiques dans ce secteur ?

2. Le laxisme moral qui préside actuellement aux opérations dans la majorité des activités professionnelles dans le monde ne devrait-il inciter à rappeler sans interruption l’importance de la référence à l’éthique et la nécessité de l’appliquer ?

3. Est-ce que la dérégulation actuelle ne risque-t-elle pas de scier les branches sur lesquelles sont assises les acteurs responsables dans les domaines professionnels, associatifs, administratifs ou éducationnels ?

4. La crise actuelle est-elle unique ou a-t-elle des précédents ?

5. Quelles sont les causes de la dégradation des moeurs ? Retrait du religieux, de la morale, laxisme, égocentrisme, perte du sentiments d’appartenance, de solidarité ?