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100 ans après : l’arrivée à New York

Qui se souvient encore de Freud ?

La traversée de la psychanalyse en bateau

dimanche 30 août 2009, par Picospin

Pour lui, cette distinction représentait un honneur marquant et la preuve de ses succès dans le domaine académique. A cette époque il avait 53 ans et avait déjà pratiqué son métier depuis 23 ans. La plupart des médecins ici et en Europe continuaient de considérer les maladies mentales comme le résultat d’une « dégénérescence » du cerveau.

Une dégénérescence du cerveau

La plupart des médecins ici et en Europe continuaient de considérer les maladies mentales comme le résultat d’une « dégénérescence » du cerveau. Ils supposèrent alors qu’il n’y avait pratiquement rien à faire d’autre pour cette pathologie que des mesures thérapeutiques triviales comme la diète, l’exercice, quelques médications, le repos et des massages. Cependant, on prit une conscience de plus en plus aigue sur le fait que l’esprit est susceptible d’influencer les fonctions du corps ce qui alluma des débats vigoureux sur la nature de l’inconscient. Le Président de l’Université Clark, un dénommé G. Stanley Hall qui fut le premier à obtenir un doctorat de psychologie de Harvard, invita les chercheurs américains à écouter les idées de Freud au sujet des racines inconscientes de la psychopathologie.

Entrée en scène de William James

Le philosophe et psychologue William James se trouvait parmi l’auditoire en même temps que d’autres éminents académiciens comme Adolphe Meyer devenu par la suite une des meilleurs spécialistes et enseignants de la psychiatrie de la première moitié du 20è siècle de même que Franz Boas, père d’un anthropologue américain. Emma Goldman, très connue à l’époque pour ses opinions radicales, était aussi présente à cette réunion de grands professeurs qui paraissaient très importants et se tenaient raides dans leurs attirails universitaires face à Freud portant un costume banal un peu étroit mais qui semblait être un géant au milieu de Pygmées. S’exprimant en allemand et pratiquement sans notes, il prononça 5 conférences qui couvrirent pratiquement tous les principes de la psychanalyse depuis l’hystérie et la méthode psychanalytique, le concept que la maladie mentale est susceptible de jaillir d’une expérience précoce, de jeunesse de l’individu, l’importance des rêves et de l’activité inconsciente du cerveau, la sexualité infantile jusqu’à la nature du transfert.

Un court séjour

Quand Freud apprit que James ne resterait qu’un seul jour, il choisit précisément ce jour pour parler de l’interprétation des rêves et de la puissance de l’inconscient. Au terme de sa conférence, les deux collègues passèrent près d’une heure seuls ensemble après quoi James exprima une certaine ambivalence au sujet des idées de Freud. A l’issue de cette rencontre, ce dernier déclara qu’ils ne purent se résigner à jeter une certaine lumière sur la nature humaine ce qui ne l’empêcha pas, plus tard de reconnaître que Freud lui donna l’impression d’un homme obsédé par des idées fixes. Alors que les récits sur cette rencontre concernaient inévitablement ce sujet, une rencontre moins célèbre et moins connue avec un éminent chercheur américain apparut nettement plus significative – aussi bien pour ces deux hommes que pour l’avenir de la psychanalyse surtout aux Etats-Unis.

Professeur de neurologie à Harvard

Cette personne, c’était James Jackson Putman, professeur de neurologie à Harvard et instigateur actif du développement de la psychanalyse aux Etats-Unis. Ce dernier associé à d’autres scientifiques de haut rang essayèrent de trouver une manière de s’opposer à l’influence grandissante des guérisseurs adeptes de méthodes inspirées de spiritualités qui avaient tenté de traiter les psychopathes par une approche religieuse et mystique. Il venait d’ailleurs de participer à une rencontre médicale concernant la psychothérapie à New Haven. Après avoir auditionné Freud et Clark, Putnam l’invita en même temps que d’autres psychanalystes qui l’avaient accompagné dans son voyage en Amérique – Carl Jung qui fit aussi des conférences et reçut un diplôme spécial de Clark, Sandor Ferenczi – à passer quelques jours avec la famille de Putnam dans les Adirondacks au terme d’une visite des chutes du Niagara.

Des chutes...celles du Niagara

Freud fut émerveillé par la beauté de la région dont il put apprécier le caractère sauvage. Après quelques journées passées en promenades et explorations de paysages, une étroite amitié se noua entre les deux hommes. Au terme de cette rencontre, ce fut Freud qui nota que cette amitié fut la chose la plus importante qui se fut passée eu cours de ces journées. Putnam mit à la disposition de Freud son immense stature, avec le projet de promouvoir l’approche psychanalytique comme seul chemin susceptible de s’occuper des malades considérés jusqu’alors comme incurables. Ce qui n’empêcha pas Putman d’écrire par la suite en 1910 que cette technique comporte des limites mais qu’elle permet de donner accès à des pathologies auxquelles ont été accolés des termes aussi excessifs que dégénératifs et incurables. Les traitements basés sur l’échange, la conversation, la parole donnent une lueur d’espoir et permettent de contrer des hypothèses telles que l’hérédité et la dégénérescence.

Une grande expérience

Quand il se mit à regarder en arrière et à se souvenir de cette expérience enrichissante, Freud se mit de nouveau à espérer car il avait l’impression d’avoir été accueilli par la plupart de ses collègues comme un de leurs égaux. Putnam continua son chemin lorsqu’il fut élu premier Président de l’Association de Psychanalyse en 1911, matière qui est devenue rapidement une part importante de la culture et de l’enseignement de la psychiatrie aux Etats-Unis. Les termes tels que transfert, complexe d’Œdipe, inconscient entrèrent rapidement dans le dictionnaire pendant que l’on se mit à étudier plus profondément l’anamnèse depuis la naissance. C’est en définitive à Putman que l’on doit l’entrée de la psychanalyse dans l’arsenal du traitement des névroses.

Questionnement :

1. Quel est le rôle réel joué par la psychanalyse aux Etats-Unis ?

2. Quels sont les facteurs qui ont influencé le succès de cette thérapeutique en Amérique du sud et principalement en Argentine ?

3. Que doit-on penser encore maintenant du jugement sévère de William James au sujet des idées de Freud sur le traitement des névroses ?

4. Pensez-vous que cet abord des maladies mentales a une importance plus grande, égale ou moins grande aux États-Unis qu’en Europe ?