Ethique Info

Accueil > Société > Radars

Des nombres ou des grimaces ?

Radars

Infractions ?

mardi 24 mai 2011, par Picospin

Cette mesure avait mis un terme définitif aux manifestations « irraisonnées » d’une multitude de jeunes et de plus anciens qui avaient laissé leurs vestes accrochées aux cintres des voitures en oubliant tout à la fois leurs idéaux trotskystes, leur soif de liberté et leur faim de révolution.

Une invention géniale

Qui aurait pu imaginer que le radar, cette invention géniale née de la 2è guerre mondiale constitue le croque en jambe capable de déséquilibrer un gouvernement qui paraissait solidement ancré dans la France de la droite classique ? Alors que les nouveaux arrivants dans les Ministères prenaient possession de leurs portefeuilles respectifs avec l’enthousiasme de néophytes, leurs électeurs potentiels ne l’entendirent pas de cette oreille, cet organe sourd aux klaxons des impétueux automobilistes qui ne supportent pas le freinage, surtout celui qui les oblige à déférer devant les grimaces des nouvelles installations de mimiques posées sur les voies les plus fréquentées par un Ministre, sur de ses droits comme de ses devoir et persuadé qu’il lutte pour la bonne cause. Cette dernière serait celle de la diminution « statistique » des morts et blessés sur les routes de France dont, pour une raison d’apparence idéologique il se croit investi de la mission sacrée.

Une mission sacrée

Peut-être, férus d’histoire, les ministres étaient-ils tourmentés par les milliers de cadavres amoncelés sur les champs de bataille de la première guerre mondiale dont le pays ne s’est jamais complètement remis du fait de la disparition brutale des forces vives de la nation. Le radar dont il est question ici, est un système qui utilise les ondes radio pour détecter et déterminer la distance et/ou la vitesse d’objets tels que les avions, les bateaux, ou encore la pluie. Un émetteur envoie des ondes radio, qui sont réfléchies par la cible et détectées par un récepteur, souvent situé au même endroit que l’émetteur. La position est estimée grâce au temps de retour du signal, ce qui indique la distance, et la position angulaire de l’antenne. La vitesse est mesurée à partir du changement de fréquence du signal par effet Doppler qui est le décalage de fréquence d’une onde acoustique ou électromagnétique entre la mesure à l’émission et celle à la réception lorsque la distance entre l’émetteur et le récepteur varie au cours du temps. Les premières utilisations du radar eurent lieu pendant la Seconde Guerre mondiale pour détecter depuis la côte l’approche de formations aériennes, et de navires par le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Quelle utilité ?

Les radars sont utilisés dans la détection et la surveillance aérienne au sol ou l’aterissage, le contrôle du trafic aérien ; le guidage d’approche d’aéroport ; l’altimétrie, la navigation anti-collision ; les balises radars, la détection de précipitations de pluie, neige, grésil, grêle et les formations nuageuses. Les radars les plus récents utilisent l’effet Doppler et sont donc capables d’évaluer la vitesse des particules. Ils servent aussi à la circulation et la sécurité routière, le contrôle de la vitesse des automobile dont le modèle classique sur les routes de France est le Miradop (mini radar doppler) utilisé par les brigades de gendarmerie et qui, placés sur les autoroutes, détectent les véhicules roulant à une vitesse supérieure à la vitesse maximale autorisée. Dans le même esprit, le radar de régulation de distance (ACC Adaptive Cruise Control) sur automobile permet de contrôler l’espace entre les voitures en utilisant les ondes électromagnétiques ou le laser. Dans une lettre au premier ministre, des parlementaires affirment avoir reçu des milliers de courriels d’électeurs « exaspérés » dénonçant la fin des panneaux signalant les radars.

Des députés combattifs

Vent debout contre la suppression des panneaux indiquant les radars sur les routes, les députés UMP ne désarment pas si l’on en croit le tête-à-tête houleux avec le premier ministre puis avec le ministre de l’Intérieur de soixante-douze d’entre eux qui ont adressé un courrier à François Fillon. Les élus de la majorité mettent en garde le gouvernement contre les conséquences de cette mesure annoncée le 11 mai dernier. Indiquant qu’ils ont reçu depuis des milliers de courriels de la part de conducteurs ulcérés, ils précisent qu’il ne s’agit pas d’une simple « mauvaise humeur » passagère mais bien « d’une profonde exaspération ». Certains d’entre eux avaient indiqué que ces mesures adoptées par le comité interministériel sur la sécurité routière allaient leur faire perdre les prochaines élections. En prenant la plume, les députés estiment surtout ne faire que leur travail en relayant au plus haut niveau de l’État le point de vue de la population. C’est aussi la méthode adoptée par les ministres qui est critiquée car il n’y a eu aucune concertation dans la mise en place des mesures ce qui fait espérer que le gouvernement saura faire marche arrière après des décisions élaborées par des technocrates. Les critiques et réflexions vont bon train si l’on en croit les remarques sur les panneaux qui signalent par "fréquences" la vitesse à observer en lecture tête haute à l’automobiliste.

Désarroi des automobilistes

Ce procédé serait efficace pour corriger le désarroi de l’automobiliste car « lorsque sur autoroute les vitesse changent sans cesse pour pouvoir vous flasher, pour moi : c’est du racket. 90 sur autoroutes, 60 sur route, 10 en agglo ? dixit "auto plus" : " C’est à 80 kmh qu’une automobile consomme et pollue le moins"... : 30 kmh en ville ! » ou « la virilité de nombre de mâles français dépend de leur capacité à appuyer sur l’accélérateur ? » Il est triste de constater que ces députés par leur "lâcheté" électoraliste affaiblissent le gouvernement sur le sujet considéré par certains comme majeur de la sécurité routière. Argument auquel on répond qu’on peut vivre très bien en respectant un minimum de règles – comme celle de la limitation de vitesse pour favoriser le vivre ensemble. « Que ces députés aillent se balader sur les routes et autoroutes de France pour comprendre les risques encourus dans certaines zones où les radars sont la plupart du temps éteints ! A ces arguments, d’autres répondent : « Sur le fond de la mesure, pourquoi pas ? Après tout, les limites de vitesse sont faites pour être respectées même lorsqu’on ne met pas un gendarme derrière chaque français. » « Sur la forme, c’est encore une fois un exemple des têtes à queues fréquents depuis l’arrivée de ce Président au pouvoir.

Un président pusillanime ?

A chaque fois qu’il est saisi d’une idée pour ne pas dire d’une lubie, c’est "barre à droite toute !" ou "barre à gauche toute ! "Pendant des années, les pouvoirs publics ont parlé constamment de "dissuasion". Maintenant, on parle tout à coup de "répression" avec la suppression des panneaux...Ce Président est tout sauf un homme d’Etat capable de gouverner un pays comme la France ! Le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a assuré que la volonté de lutter contre l’insécurité routière "ne sera pas fragilisée par une quelconque initiative parlementaire" et que le gouvernement "sera sans faiblesse" dans l’application des mesures. Et d’ajouter que "ces dernières, l’esprit et la rigueur avec laquelle nous souhaitons mettre en place ces dispositifs ne sera pas fragilisée par une quelconque initiative parlementaire". Face à la hausse de 13% du nombre de morts sur la route depuis le début de l’année, "rien ne saurait justifier un relâchement de l’effort en matière de rigueur, d’exigence, de prévention bien sûr mais aussi de répression", et "nous serons sans faiblesse dans l’application", a-t-il déclaré. "La lutte contre l’insécurité routière est et demeure depuis 2002 une grande cause d’intérêt national" et "rien ne nous éloignera de cette volonté d’atteindre les objectifs que le président de la République a fixés" de passer sous la barre des 3.000 morts par an, a insisté le porte-parole du gouvernement.

Une grande cause

"Il faut prendre la mesure du dérapage qu’il y a eu au moment de la loi sur la sécurité intérieure" où on a décidé "de relâcher un peu l’expression d’exigence vis-à-vis des conducteurs", a-t-il rappelé. "On a eu la volonté d’accompagner une partie de la majorité" qui "souhaitait qu’il y ait moins de pénalité et une possibilité de rattraper plus vite les points de permis de conduire. Eh bien immédiatement, psychologiquement, il y a eu un relâchement de la part des conducteurs", a souligné le ministre du Budget. Les députés UMP mécontents "sont certainement sincères dans leur démarche mais en tous cas, si j’étais parlementaire, je ne partagerais pas cette démarche", a-t-il ajouté. "Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de dialogue, que nous sommes fermés à une mission d’information, que parlementaires et ministres compétents ne travaillent pas ensemble sur le calendrier, les objectifs et les modalités d’application", a-t-il toutefois admis. Peu auparavant, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale avait affirmé que les élus mécontents n’avaient "pas tort", et appelé à reprendre "le chemin de la concertation". L’automobile en France, c’est 10% de la population active, affirment certains. Mais que recouvre ce chiffre ? Beaucoup plus que la filière en elle-même.

Puissance d’un lobby

Le chiffre est impressionnant. Près de 10% de la population active ayant un emploi, dépend de l’automobile, soit 2,465 millions de personnes. Mais que recouvre ce chiffre ? "Il s’applique à l’automobilité", un concept très large qui regroupe les emplois liés à la construction automobile, à la vente de carburant, à la construction des routes et au transport de marchandises, la police et l’administration, les sports, la presse auto et les assurances. Ce chiffre recoupe une réalité beaucoup plus large que la stricte activité de l’industrie automobile française. Il permet seulement aux constructeurs, entre autres arguments, "de peser sur les pouvoirs publics et de faire du lobbying afin d’obtenir des aides" en brandissant la menace des emplois en danger. La plupart de ces 2,5 millions d’emplois ne dépend pas de la santé des constructeurs hexagonaux mais sont liés au simple fait que nous utilisons notre voiture. Les emplois dépendant directement de la santé de la filière sont beaucoup moins nombreux, au nombre d’un million, parmi lesquels les constructeurs emploient près de 200.000 personnes, les sous-traitants 300.000 et la distribution par concessionnaires et garages 500.000. En ne retenant que le chiffre d’un million d’emplois, la filière automobile talonne le secteur du bâtiment, un des plus gros employeurs de France.

PIB

La filière automobile pèse 1% du Produit intérieur brut et représente 15% des dépenses françaises de recherche et développement. Dans les années 1930, l’auto chasse le tramway. Les lobbies, notamment celui de la voiture, n’y sont pas pour rien… La plupart des villes françaises ont supprimé le tramway. A l’étranger, on n’est pas en reste… Dans les années 1920, l’automobile commence à se banaliser. « La circulation n’est guère organisée et on assiste aux premiers bouchons dans Paris, notamment place du Châtelet, à l’Opéra et autour des gares ». Des voix se font entendre pour protester contre cette situation et accuser les tramways d’entraver la circulation. Il s’agit souvent de personnes aisées qui ont les moyens de se payer une voiture individuelle. Et qui, à n’en pas douter, ont les moyens de se faire entendre…Ces voix sont relayées par de puissantes campagnes de presse qu’orchestrent les journaux « L’Intransigeant » et « Paris-Soir ». Campagnes qui demandent ni plus ni moins la suppression du tram. L’assouplissement du permis à points voté jeudi par l’Assemblée nationale, qui réduit le délai nécessaire pour récupérer ses points, sauf pour les infractions les plus graves, satisfait le lobby des automobilistes et désespère les défenseurs des victimes d’accidents. « Mort, où est ta victoire ? »

Questionnement éthique :

1. La domination du politique sur l’économique n’est-elle pas illusoire si l’on prend en compte les pressions que le pouvoir économique exerce sur le premier avec ses dérives que sont la corruption ?

2. L’état de développement de la l’économie détermine-t-il les critères de la justice ?

3. Si la production des richesses est le but fondamental de l’économie, tous les moyens qui y concourent sont-ils légitimes ?

4. Faut-il compter la répartition des richesses au nombre des finalités de l’économie ?