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Rationalité politique et bien commun

mardi 25 octobre 2011, par Picospin

Les commentaires sur la mort du dictateur sont suffisamment féroces pour mériter leur rappel dans un site comme celui d’Agora Vox qui s’étend sur les détails macabres de l’acharnement physique et des tortures dont a été victime cet étrange personnage. On rappelle tout soudain - après l’avoir sans doute oublié - qu’à l’instar de son « cousin » éloigné par le culte mais proche par le coeur et les aspects du personnage, que ce nouveau dictateur à peine sorti moins des urnes que des armes avait fait preuve d’une idéologie le rapprochant d’une laïcité qui était loin de déplaire à la France ce pays qui s’en targue à longueur de journée et l’exhibe comme la spiritualité la plus engagée au milieu des mécréants occidentaux.

Quels régimes ?

Ceux-ci ont choisi plutôt les régimes colonialistes, les monarchies désuètes, les républiques illégitimes ou en voie de rétrécissement pour monter à la surface des états. A la faveur de cette découverte, on confirme que ce dictateur brutal et sanguinaire avait la laïcité chevillée au corps ce qui était plutôt une gageure lorsqu’on s’aperçoit que s’il vivait au milieu de bédouins dans un désert autrefois fief de combats historiques entre les forces alliées et celles de l’Axe, il était aussi plongé dans la culture islamique, tout comme son proche compagnon de malheur et de malchance, Saddam Hussein dont le corps avait subi les mêmes dégradations, emprunté les mêmes caches et cédé la place à une démocratie longue à se mettre en place après la décapitation de sa statue à laquelle a échappé son successeur libyen. Il est surement trop tôt pour établir le bilan de ces chasses à l’homme qui auraient permis à des peuples entiers de se libérer de tortionnaires et de régimes dictatoriaux ne tenant aucun compte du bonheur des peuples, de leur liberté et de leur joie de vivre dans la paix retrouvée si longue à venir. L’attente de cette survenue est-elle susceptible d’en modifier le contenu réflexif ou axiologique ?

Fantasmes

Les fantasmes contenus ou créés par la durée sont inattendus, surprenants, sinon étranges, pareils à ceux véhiculés par les rêves. Beaucoup échappent au raisonnement, à la rationalité même si on ne demande jamais au rêve de juger et a fortiori de décider. L’intervention des croyances irrationnelles brouille le tableau du raisonnement puisqu’elles prennent leur origine dans le tréfonds des réseaux synaptiques d’où émergeraient de nouveaux concepts dont la validation par l’analyse rationnelle est indispensable avant d’être jetée sur le marché de la pensée. A cet égard, il n’est pas moins étrange que le concept du nazisme, si translaté par des perturbations venues du fond des âges et des territoires ait subi une ascension constante sans qu’aucune force ne vienne à sa rencontre pour lui demander de rebrousser chemin. Sans doute faut-il du temps avant que ces forces secrètes, incompréhensibles, qui ont une vie si longue ne reculent devant la bonne volonté des uns, la recherche de la vérité des autres et le désarroi des derniers qui constatent leur arrivée dans la cité avec angoisse, émotion et crainte. On fait souvent ou trop souvent référence à la cohérence de la pensée du nazi pour l’opposer à celle du marxisme qui a réussi à mettre sur pied un monde clos, tournant sur lui-même par la magie de la subordination de tous les biens aux objectifs du parti. Trop de cohérence, nuirait-elle à la cohérence en vertu du fait que la démonstration de la réalité des faits sans en évaluer les impacts sur le multiple ou la société la condamnerait à l’inefficacité et au delà, à l’incohérence de l’identité pratique du bon militant ou celui qui se croit ou se sent porteur d’idéologie quelle que soit la direction de ses idéaux.

Autres regroupements de populations

Supposez que pour des raisons conjoncturelles des regroupements de populations, de nations, de collectivités se réalisent sur une échelle plus grande que celle qui régulait la vie de groupes plus dispersés, d’où émergeraient des revendications tribales basées sur des fondations politiques nouvelles, des bases religieuses, idéologiques ou sociologiques réelles, nous risquons d’assister à un renversement des valeurs sur lesquelles asseoir de nouvelles constructions politico sociétales. Elles pourraient être capables de déconstruire l’organisation des collectivités maintenues depuis longtemps dans une stabilité relative au profit d’ensembles plus vastes dont émergeraient des cultes antiques obsolètes, avec un retour à des rites, des croyances, des comportements archaïques porteurs éventuels de violences, de rigueur inutile. Une telle régression favorable à la sortie de la religion ou à d’autres systèmes de valeur ne saurait que retarder le progrès, la croissance, baillonner l’initiative et avancer d’un seul pas pour reculer de deux. Une telle éventualité ne saurait être perdue de vue dès lors qu’on envisage l’évolution du monde à partir de séismes, de cataclysmes toujours susceptibles de déclencher des mouvements rétrogrades au lieu des progrès humains plus espérés et attendus que craints.

Questionnement :

1. Est-ce que la rationalité politique dépend toujours de la vérité et de la fausseté du jugement pensées en termes de vérité et d’erreurs pratiques ?

2. Peut-on parler de dichotomie entre faits et valeurs ?

3. Comment passons-nous de la logique de l’action à la rationalité politique ?

4. Peut-on affirmer qu’existe une contradiction entre être un bon nazi et un bon recteur ?

5. Est-il vrai que le prétendu conflit entre deux biens n’est qu’une affaire de point de vue car nos évaluations sont toujours l’expression de nos préjugés ?