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Quelle relations entre soins palliatifs et euthanasie

Réactions à l’euthanasie

Comment mourir ?

mercredi 4 avril 2012, par Picospin

Pour les soignants de la médecine palliative, elle ne fait pas partie de cette catégorie de soins médicaux car pour beaucoup elle n’en signerait que l’échec. C’est la raison pour laquelle on ne souhaite guère s’étendre sur cet aspect de la question du mourir. Est-ce pour la même raison que nombreuses sont les personnes qui montrent une certaine irritation à l’occasion de la diffusion des informations ayant trait au droit à la mort ?

Mourir dans la dignité ?

Voilà ce qu’on en dit : « La campagne publicitaire de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) me choque. La mort est-elle la seule solution à proposer aux personnes gravement malades ? Etait-il décent d’interpeller avec des images-choc ? » L’euthanasie est autorisée lorsque le patient en fait la demande, qu’il est en pleine possession de ses moyens mentaux et subit des souffrances "insupportables et interminables" dues à une maladie incurable. . La majorité des 3 136 malades euthanasiés en 2010 aux Pays-Bas étaient atteints de cancer. Environ 80% d’entre eux choisissent de mourir à leur domicile. En Belgique, en 2011, 1 133 cas d’euthanasie ont été répertoriés, soit 1% des décès, selon la Commission de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie. Ce sujet passionne aussi aux antipodes : « L’euthanasie et l’assistance au suicide constituent peut-être aujourd’hui les questions les plus âprement débattues dans l’éthique médicale » explique ainsi Leo Sher dans un éditorial de l’Australian & New Zealand Journal of Psychiatry. Est-il raisonnable ou exagéré de dire que « 90 % des suicides accomplis et la plupart des tentatives sont en rapport avec une maladie mentale » ?

Beaucoup de déprimés

Ce contexte psychopathologique (souvent méconnu) empêche de banaliser la demande d’« assistance » au suicide, car il n’est pas certain qu’en la formulant, l’intéressé conserve vraiment l’intégrité de son jugement. La dépression est le problème le plus fréquemment incriminé. « Un tiers des cancéreux (en phase terminale) souffrent aussi d’une dépression majeure, 20 % d’un délire, et la moitié de troubles anxio-dépressifs ». A ce tournant, se pose la question de la normalité si chère à Canguilhem, interrogation sur la signification et de l’évaluation correcte du normal et du pathologique. Affirmer que la plupart des suicides ou d’une demande expresse fin de vie en urgence dans le contexte d’une maladie terminale sont liés à une dépression, elle-même évoluant dans le cadre d’une fin de vie attendue sans espoir de recouvrer la santé avec ses possibilités, sa liberté, ses choix et son droit au bonheur de vivre n’est-ce pas une litote prononcée de la part des gens en bonne santé. Ils ont eux-mêmes creusé le fossé entre les vivants et les morts en rejetant déjà dans une autre classe séparée de la leur de façon aussi prématurée que catégorique les condamnés et les libérés en ignorant ou feignant de le faire qu’eux aussi ne tarderont pas à faire partie du dernier convoi, comme ceux qui avaient emporté dans les crématoires d’Auschwitz les hommes, femmes et enfants déjà prédestinés à une fin prochaine. pour Leo Sher, les patients souhaitant mourir lors d’une maladie grave ou en phase terminale « ont généralement une dépression pouvant être traitée ».

Toujours le stress

De plus, il ne faut pas méconnaître la fréquence du « trouble de stress post-traumatique chez les personnes très malades », ni les liens possibles entre des maladies mentales et la perception de la douleur : ces pathologies peuvent comporter des « altérations du processus algique » où des douleurs chroniques peuvent affecter le « fonctionnement émotionnel et neurocognitif ». Il faut admettre et envisager qu’une demande d’assistance au suicide puisse être « un appel à l’aide et un signe de dépression ». Il faut l’interpréter comme une incitation à trouver des « solutions de rechange positives pour des problèmes réels et difficiles ». Un autre aspect sous évalué de la promotion à l’euthanasie est le refus de prolonger un « acharnement thérapeutique » pour des raisons matérielles. Ce risque est « considérable » et beaucoup plus élevé « dans les pays ayant légalisé l’euthanasie ou le suicide assisté et dans lesquels gouvernements et compagnies d’assurance-maladie peuvent faire pression sur les médecins et les administrateurs d’hôpitaux pour limiter les dépenses de santé liées à la fin de vie et « recommander l’euthanasie ou le suicide assisté. » Et ce témoin de poursuivre « Très jeune, j’étais pour l’euthanasie. Jusqu’au jour où lors d’un stage en réanimation, j’ai évolué. Une personne âgée de 72 ans, semblant au bout du rouleau, demanda avec sérieux, de la faire mourir. Elle avait bien réfléchi, elle en avait discuté avec sa fille et était en pleine possession de ses moyens, elle souffrait beaucoup, n’entrevoyant aucun espoir de guérison. Les médecins l’écoutèrent avec grande attention et respect, et agirent en conséquence pour la soulager du mieux possible.

Une belle histoire

Le lendemain matin, toujours très malade certes, quand le soleil entra dans son box, elle était plus sereine et dit à l’équipe qui s’occupait d’elle : " Docteur, heureusement que vous ne m’avez pas écouté hier ! Ces rayons de soleil, ce jour qui sera peut être le dernier, sont bons à prendre !". J’ai toujours gardé en mémoire son visage calme et reposé, marqué par la maladie et inquiet. Je sais, beaucoup de personnes racontent des fins de vie effroyables, des situations très difficiles de fin de vie. « Je suis intimement convaincue que la plupart des praticiens sont des bons soignants et ne se lancent pas dans l’acharnement thérapeutique, refusant de continuer à laisser souffrir les personnes. » La loi du 4 mars 2002 rappelle les principes qu’ils appliquent : "Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée. Les professionnels de santé mettent en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu’à la mort". La loi du 22 avril 2005 , précisée par le décret n° 2006-122 du 6 février 2006, prévoit un dispositif complémentaire en matière de soins palliatifs. La loi Leonetti est bien faite, d’autant plus qu’elle est complétée par la LATA, destinée à limiter les actes thérapeutiques actifs.

Lectures édifiantes

« J’ai beaucoup lu Elisabeth Kübler-Ross, Marie de Hennezel et d’autres figures inspiratrices des soins palliatifs en France comme dans le monde. Je suis certaine que si la personne veut mourir, si les vivants la laissent partir sereinement, si le mourant a fait le deuil de sa vie, il meurt dans la paix et la sérénité. Je suis toujours très choquée lorsque j’entends des familles se lamenter sur le fait que leur parent n’est pas encore mort, lorsqu’ils demandent avec anxiété "Quand va-t-il mourir Docteur ?". « Je sais qu’il est dur de voir s’éteindre une personne aimée car nous ne sommes ni prêts à accompagner nos êtres chers, ni à ordonner ou faciliter le passage, série d’actions que nous nous n’avons pas apprises à entreprendre ni de paroles à prononcer. S’il y a des cours de préparation à la naissance il n’y en a point pour préparer à la mort. Comme celle-ci est taboue, elle doit être cachée. Je suis aussi touchée par le grand nombre de personnes qui meurent à l’hôpital, faute de pouvoir le faire à leur domicile en raison de la peur déclenchée par la présence d’un mourant là où il n’y avait auparavant que des vivants joyeux, agités et bien vivants. J’aimerais mourir chez moi, dans mes murs, avec ma famille, avec le soleil et la lumière, un coin de ciel à regarder... et le Requiem de Mozart en fond musical. Pour moi, ce serait cela mourir dans la décence », dit –elle en guise de conclusion.

Je publierai demain la suite moins chronologique que logique de cet article par une référence aux propositions émises loin de nous et de notre culture d’un enseignant à ses étudiants en éthique médicale.

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