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Réhabilitation après le déshonneur.

Réconfort après le désastre.

Les athlètes succèdent aux footballeurs

dimanche 1er août 2010, par Picospin

Les victoires attendues et surprenantes remportées par les membres de l’équipe de France soulèvent d’enthousiasme les spectateurs virtuels et réels qui se précipitent autour des stades de Barcelone pour suivre la folle équipée des champions masculins et féminins qui accumulent les médailles d’or et d’argent, sinon de bronze à la vitesse que met le TGV à parcourir l’hexagone du nord au sud.

Foot d’abord

Curieux que le Président si féru de football ne porte pas plus d’intérêt sinon de passion à cet événement européen à défaut d’être mondial et qui situe le sport national dans la véritable hiérarchie des valeurs. On a vu un gringalet remporter le titre dans une spécialité qui habituellement est dévolue aux beaux gosses habillés de muscles saillants à côté desquels ceux de Schwarzie en Californie sont voués à l’oubli. Ce bouleversement des critères athlétiques pose la question de l’adéquation de la morphologie à la performance, autrement dit des aptitudes des sportifs à construire une mentalité, un entrainement, une formation adaptée à la particularité et aux caractéristiques du sport auquel on veut plus tard vouer son existence. Dans cette affaire, l’inné ne joue pas le plus petit rôle quand on apprend que le géniteur d’une des athlètes français a construit pour son rejeton de fils à l’âge de 2 ans une perche qui lui permette d’atteindre plus tard, à l’âge de raison et de la maturité les sommets de la hiérarchie mondiale pour l’offrir au pays réel ou d’adoption qui l’a accueilli pour lui faciliter l’approche de son idéal et de ses rêves et concrétiser ses songes, ses fantasmes les plus fous, qui ont pu devenir réels grâce à ses efforts quotidiens, ses entrainements continus et les sacrifices qu’il a voulu consentir pour réaliser son idéal, son but suprême et donner un sens à sa vie.

Une perspective si lointaine...

Cette perspective lointaine lui sert de guide personnel mais lui confère une dignité sans laquelle une vie de sacrifice pour un idéal n’a guère de sens. Si les sportifs présents sur les pistes du stade ont largement assumé leurs responsabilités envers leur staff, leurs entraineurs, leurs dirigeants et à un moindre degré les politiques qui interviennent dans la conduite de leur carrière, ce n’est pas toujours le cas des commentateurs des organes d’informations dont le langage est d’une pauvreté affligeante, le pool des mots disponibles égale à celui d’un toutou bien éduqué sinon à celui d’un chat autodidacte. Les interjections remplacent les phrases, la syntaxe se désarticule et le seul registre sur lequel peut jouer cet instrument de choristes est celui de l’affectif, de l’émotionnel, exprimé par le truchement des cris d’enthousiasme inarticulés. C’est sans doute dans ce sens que du travail reste à accomplir au sein des fédérations qui ont pour charge beaucoup moins le travail physique que les efforts mentaux pour hisser les candidats à la performance sportive internationale au niveau le plus élevé. Connaît-on bien les influences réciproques des uns par rapport aux autres et inversement ?

Montaigne et les têtes bien faites

Les commentateurs se sont extasiés sur les têtes bien faites de nos athlètes. Peut-être peut-on mieux faire dans le sens de l’amélioration des connaissances, de la réflexion, de l’intelligence des mouvements à accomplir, des concurrents à fréquenter ou à vaincre, de l’esthétique du corps à obtenir pour le hisser au faite de la perfection par le travail quotidien, la répétition du geste juste, la consultation auprès des personnalités les plus expertes et les plus avisées. La secrétaire d’Etat aux sports, digne collaboratrice de la Ministre des Sports a fait une apparition remarquée à Barcelone. Elle avait cette fois bien moins de raisons de se plaindre du comportement des équipiers français du football après leur lamentable parcours dont la perspective se limitait aux émoluments et gratifications tombant dans l’escarcelle pour acquérir objets ludiques inutiles, gadgets superflus, voitures de course rutilantes sinon logements somptueux au centre des capitales de la finance et des affaires. Le monde de l’athlétisme se distingue de ces prétentions superflues, exilé qu’il est dans les banlieues les plus simples, les milieux les plus modestes, les familles les plus déterminées à construire une famille robuste au sein de laquelle le candidat à la vie physique, sportive ou plus tard intellectuelle trouvera toujours et partout le soutien dont il a besoin pour transformer un enfant en adolescent et ce dernier en adulte conscient et autonome.

Achats, ventes ou naturalisations ?

Des reportages transmis avec plus de générosité que de compétence, on apprend que nombre de pays n’hésitent pas à « naturaliser » des sportifs de valeur pour les incorporer immédiatement dans les équipes nationales. Que pensent faire les autorités de ces transfuges du moment si par malheur ils transgressaient les lois de la république et s’attaquaient aux représentants des institutions ? Expulsion immédiate, déchéance de la nationalité si vite acquise ? Assignation à résidence sédentarisée des anciens nomades ? Au fait, quelle était la marque de la voiture de Django Reinhardt, considéré par le monde entier comme le meilleur guitariste de jazz de tous les temps et qui avait eu le malheur de voir sa roulotte incendiée, ses doigts brûlés et qui, comme l’athlète de haut niveau d’aujourd’hui, a travaillé pendant plus de trois ans pour récupérer la mobilité des articulations, des chairs soudées et des muscles noués pour offrir aux mélomanes la musique originale, géniale et unique qu’il ne cessait de composer et d’interpréter ?

Questionnement éthique :

Longtemps on a exalté les valeurs morales du sport pour le justifier et l’encourager. Aujourd’hui, les conséquences liées aux enjeux du sport ont entraîné une réflexion sur sa pratique. Il s’agit moins de valoriser le sport que d’inscrire sa pratique à l’intérieur de règles précises en dehors desquelles le sportif s’exclut.
Pourquoi ?
Les enjeux ont donné au sport une nouvelle dimension. Les sportifs de haut niveau sont aujourd’hui le jouet d’un développement du culte de la personnalité sportive. Dans l’Empire romain les jeux ressemblaient à un culte idolâtre. On en vient aujourd’hui à ranger les héros des stade, intouchables et traqués, adulés ou conspués, avec les génies ou les dieux que la transcendance met à distance du destin du commun des simples mortels. N’a t-on pas couronné “l’Aigle des Montagnes”, auréolé “l’Ange vert” ? La fascination qu’exercent les sportifs confine au sacré.
Le sport n’est plus aujourd’hui, réservé à ceux que la performance peut porter vers la gloire. Le rétablissement de la dimension ludique du sport sur le culte de la performance restitue à tous les sportifs le plaisir qu’ils attendent du sport. Le jeu est l’essentiel du sport. L’homme éprouve ce besoin de dépense physique ou mentale, sans finalité utile, et dont la seule raison d’être, pour la conscience de celui qui s’y livre, est le plaisir même qu’il y trouve. La langue du jeu intègre forcément celle de la performance. Il n’y a de performance authentique qui ne se fonde sur le jeu.