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L’opinion de BLF

Réflexions sur le problème de la faim dans le monde

Une juste cause ?

samedi 29 novembre 2008, par Jean-Claude Cusset, Picospin

Les perspectives à l’horizon 2050 évaluent à 9 ou 9,5 milliards le nombre d’individus sur notre terre, soit de l’ordre de trois milliards (un peu moins que 50%) de plus qu’aujourd’hui. Aurons nous les moyens de nourrir cette population ?

Le problème s’aggrave du fait qu’il n’y a pas à prendre en compte seulement le facteur quantitatif, le nombre de bouches à nourrir, mais aussi le fait que l’on mange plus ; d’une part en raison de l’amélioration du niveau de vie (on mange plus et mieux, c.a.d plus de viande, et la production de viande est plus consommatrice d’espace) d’autre part à raison de « l’amélioration » de l’espèce humaine ( des corps plus grands et plus lourds ). Le tout conduit à envisager un doublement des besoins alimentaires à l’échéance de 2050 ; oui, un doublement, pas 50% mais 100% de plus !
Pour les satisfaire, il n’y a que deux solutions : augmenter les surfaces cultivées, intensifier la production sur les terres cultivées. La première atteint très vite ses limites : il y a peu de terres cultivables dans le monde qui ne le soient pas actuellement ( mettons à part les zones de guerre ) ; l’évolution climatique va plutôt dans le sens d’une réduction des surfaces cultivables, en particulier dans les zones où les problèmes de malnutrition sont les plus aigus. Cela étant il conviendrait de mieux utiliser les terres cultivables existantes, mieux c.a.d dans un sens d’une meilleure adaptation aux besoins du monde. Il y a dans ce sens des possibilités dans le monde occidental, Union Européenne et Etats- Unis ; sans doute aussi dans le monde russe. Cette « meilleure » utilisation suppose, du côté européen, une modification profonde et appropriée de la PAC.

Suggestions

C’est une solution que le Club Benjamin Lefranc soutient depuis un certain temps et qu’il s’est permis de suggérer aux autorités européennes. Elle suppose une prise de conscience de l’opinion publique européenne, en sorte qu’elle favorise les actions à entreprendre dans ce sens ; elle suppose aussi qu’un tel changement de politique se fasse dans le respect des légitimes intérêts des agriculteurs. Quand à l’intensification de la production, si elle est possible, elle n’est pas sans problèmes ni sans limites. N’étant pas le moindrement expert en la matière, je me garderai d’entrer dans le détail, me limitant à évoquer les problèmes de pollution que provoquerait un recours accru aux fertilisants artificiels, aux pesticides et autres produits de nature à améliorer la productivité des sols ; pour ne rien dire du problème des OGM, et de celui de l’eau, dont on sait maintenant que c’est un produit rare. Deux choses sont certaines : ce n’est pas en revenant à l’agriculture biologique que l’on pourra répondre à ce besoin de plus de produits alimentaires ; beaucoup est à faire dans les zones en difficulté alimentaire, où l’objectif premier devrait être l’autosuffisance.

Difficultés

Cet objectif est compromis par une série de facteurs : les guerres (nous l’avons déjà noté), l’insuffisante formation et motivation (qui nait du prix des produits, intéressant ou non) des agriculteurs, la corruption des responsables (notamment des responsables du financement), l’absurdité des relations en la matière entre ces pays et les zones où résident les consommateurs « riches » (on produit des haricots verts et des fraises pour leur plaisir, et non les céréales dont les locaux auraient besoin). Là, les problèmes à résoudre sont immenses, et ils sont loin d’être purement techniques, ce qui ne facilite pas leur solution. Ces constats étant faits, il est permis de s’interroger sur la possibilité de parvenir à ce doublement de la production alimentaire estimée nécessaire par les experts. Et le doute s’accroît encore quand on voit s’installer de plus en plus une utilisation des terres pour la production de bio-carburants (ou de bio-énergies ?).

Quelles solutions ?

Difficile, là encore, de faire un bilan des avantages et inconvénients du recours aux agro-carburants, tant en matière d’économie (est ce rentable ?) qu’en matière d’écologie. Je noterai seulement que sur ces deux points les avis des experts sont plus que partagés ; il est donc difficile d’être convaincu du bien-fondé de cette solution au problème de la réduction, réelle ou annoncée, des énergies fossiles. Mais ce qui est certain, sur la base des constats auxquels cette réflexion nous a conduits, c’est que la production d’agro ou bio-carburants nécessitera des terres, et que ces terres viendront en déduction de celles impérativement requises pour essayer de répondre aux besoins alimentaires du monde.
Mieux vaut remplir des ventres creux que des réservoirs d’automobiles !

J.C Cusset – BLF

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