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Réforme et réussite de l’éducation : un pas vers la culture universelle

dimanche 22 avril 2012, par Picospin

On cherche alors à s’appuyer sur un ensemble de valeurs ou à se justifier par elles. Toute réforme ou tout investissement en matière d’éducation doivent se poser ces questions pour être considérés comme "justes", du point de vue de l’intérêt collectif dont le politique est le garant : ces principes sont-ils respectés, favorisés ou, au contraire, sont-ils contrariés, voire bafoués ?

Équité et égalité

Notre positionnement s’inscrit dans l’équité et non dans l’égalité, fût-elle républicaine, sachant que l’égalité s’est avérée souvent contraire à l’équité. Il ne s’agit pas, que tout le monde ait les mêmes droits, mais bénéficie des mêmes possibilités en intégrant les inégalités de fait. Il est dommage que l’article sur le changement dans l’éducation fasse référence uniquement à des principes éthiques fondés sur le moins et le plus, ces deux termes faisant allusion exclusivement aux moyens financiers, éventuellement budgétaires, nécessaires à la promotion d’une « bonne » éducation, sinon d’un projet de formation de la jeunesse efficace et susceptible de créer du bonheur dans la vie future d’une jeunesse dont l’avenir est promis à aborder l’âge adulte, et avec lui, la responsabilité, l’autonomie, la prise en main de sa propre culture, seul plaisir véritable dans une vie qui en est singulièrement dépourvue. Ce raisonnement vaut aussi pour la génération future succédant à celle dont on veut à tout prix réformer le mode d’enseignement, plus à l’aide du renforcement des moyens qu’à celui d’une formation appropriée. Sur les modalités de cette dernière, peu de voix se sont fait entendre tant est difficile et controversée l’art de la pédagogie et le prise de responsabilité par les seniors de l’éducation des plus jeunes. On sait que ces derniers sont très friands du soutien apporté de la part des plus âgés, porteurs éventuels de connaissances, d’expérience sinon de sagesse. C’est par la construction du soi que l’enfant puis l’adolescent accède à la maturité sous le regard et le guidage des plus anciens.

Nouvelles générations

Ceux-ci ont besoin du contact des nouvelles générations pour prendre connaissance de leur mode de formation et de l’apport plus ou moins approprié de contenus culturels parmi lesquels des choix doivent être faits pour faire surgir et développer en les cultivant, des langages, des connaissances, des savoirs, d’ordre scientifique, technique, philosophique religieux, sinon des œuvres d’art, tous phénomènes considérés comme la marque même de l’humanité, et constitutifs de la culture entendue au singulier. Le terme de culture s’applique aussi pour désigner la façon dont les peuples ou les divers moments de l’histoire de l’humanité se caractérisent par des phénomènes culturels qui les différencient les uns des autres. Cette démarche vise plus à caractériser la filiation, la tradition et les caractéristiques d’un groupe humain lié par son lieu, son mode de vie, sa tradition, sa langue sinon sa religion et ses croyances qu’à mettre au point un art de vivre, pour accéder au bonheur sans renier ses bases éthiques et à transmettre une certaine vérité, acceptable pour tous sans que cette dernière ne déclenche des grondements, des grognements, des conflits sinon des guerres. Ces cultures se distinguent les unes des autres par des systèmes de représentations et de valeurs qui s’expriment dans leurs langages, leurs religions, leurs arts et leurs mœurs et plus généralement dans leurs façons respectives de se rapporter au monde, aux autres cultures et à l’humanité dans son ensemble.

Identité universelle

Le culturel invite à réfléchir sur une identité universelle de l’être humain tout en orientant sur ce qui, au sein de l’humanité différencie les groupes, comme richesse à préserver, possible obstacle entre la communication entre les hommes, voire à la compréhension qu’ils parviennent à développer les uns des autres et à la façon dont ils devraient manipuler réciproquement la tolérance et le respect. L’humanisme occidental a isolé l’homme de tout ce qui n’était pas sa culture, en le coupant des autres cultures et de la nature. Pour cette raison – et pour éviter toute complication et conflit, un appel est lancé au nom de l’humanisme classique, pour amorcer une réconciliation entre homme et nature au sein d’un humanisme généralisé, dorénavant élargi et remanié. Ne plus concevoir l’homme comme le sujet de désirs égoïstes que la société sert à satisfaire mais comme un être dont l’identité s’exprime dans une communauté, c’est aussi faire apparaître que la communauté culturelle, puisqu’elle est humaine peut être le sujet d’une libre expression de soi. Est-il concevable de moins détruire que de réélaborer l’universalisme en le rendant moins inhospitalier à la différentiation culturelle que ce n’avait été le cas jusqu’ici dans la tradition de l’humanisme abstrait ? Seul l’universalisme peut permettre à chacun de se représenter l’autre, quelles que soient ses appartenances culturelles porteur des mêmes droits que lui. Qu’en est-il de la culture des sociétés démocratiques, de leur contribution à la vie et au renouvellement de la culture, telle qu’à travers la religion, l’art, les productions intellectuelles elle constitue la marque de l’humanité ?

Doutes

Pour quelle raison, la puissante Amérique, revigorée par ses succès plus militaires que diplomatiques est-elle en proie au doute devant l’émergence de nouveaux rivaux dont on comprend mal les manœuvres économiques et diplomatiques et encore moins le mélange étrange pour une société occidentale d’ingrédients marxistes et capitalistes ? Face à la montée du rival chinois, le doute s’est installé aux États-Unis. Face à la montée du rival chinois, le doute s’est installé aux Etats-Unis. Pour un ancien reporter de guerre du New York Times, le péril est bien réel. Loin d’être de dimension internationale, il est intérieur si l’on en croit les échos recueillis au cours de sa plongée dans une Amérique, dans les excès de la virilité telle que définie par la petite lucarne et dans le délire managérial qui exige des travailleurs précarisés d’adhérer aux valeurs d’un libéralisme débridé. C’est un sombre tableau, encore noirci par une presse complaisante envers cette volonté de puissance et des universités plutôt au service de l’élite que du savoir. Le vertige survient quand on s’intéresse au catch, ce sport-spectacle qui mêle corps bodybuildés et querelles d’opérette entre les " bons " et les " méchants " personnages incarnés sur le ring par les lutteurs.

Une société détraquée ?

S’y trouve représentée une société détraquée, où l’arbitre est impuissant à faire respecter les règles. La morale de ce spectacle s’affiche sous le choix entre " Tu triches ou tu meurs » Cette fausse ressemblance avec la réalité trompe et endort le téléspectateur. Certes les combats mis en scène opposant les plus riches aux plus pauvres s’inspirent des actualités. Le spectacle reste un triomphe de la volonté, renforçant l’idée que l’échec est une affaire personnelle que l’on ne peut pas mettre sur le compte d’un système débridé. Tout cela " c’est du chiqué ", personne ne croit vraiment, à ces combattants de pacotille. L’illusion est donc parfaite. Le spectateur y croit sans y croire et s’enfonce ainsi dans une culture qui gomme toute authenticité. Quand on visite " Sin City ", la ville du péché, Las Vegas, " le coeur corrompu et volontairement dépravé de l’Amérique ", se révèle quand on s’y rend pour assister au salon annuel de l’industrie pornographique dont les œuvres présentées inspirent plus le cauchemar que le désir. Les photographies de détenus prises par des soldats américains à la prison irakienne d’Abou Ghraib étaient aussi inspirées par la pornographie qui contraignait les prisonniers à simuler des actes sexuels. De nouveau se trouve employé " le langage d’un monde sans pitié ". La culture plus complexe transmise par l’écrit pourrait donner les outils pour remettre en question cette vaste illusion qui se nourrit d’un analphabétisme et d’une misère qui ne cessent de croitre aux États-Unis où seule l’image que sa représentation se donne reste un réconfort pour une population dont la situation s’aggrave.

Analphabétisme et famine

On pourrait juger une telle lecture insoutenable si le récit de Chris Hedges ne constituait un étonnant millefeuille où alternent des scènes de cet " American Delirium " et une réflexion sur la société du spectacle nourrie par de nombreuses et longues citations d’auteurs variés parmi lesquels sont notamment convoqués pour dénoncer ce déclin moral le philosophe John Ralston Saul, le biologiste Jared Diamond, le théoricien de la communication Neil Postman et bien d’autres. C’est le choc entre les lettres et l’image. La lutte n’a alors plus rien de feinte. Tout ce dont le mal a besoin pour triompher, c’est du silence des gens honnêtes", écrit un philosophe du XVIIIe siècle. Pendant que la France élit son président aucun des candidats ne pense à mentionner le massacre quotidien produit par la faim. La destruction annuelle de dizaines de millions d’êtres humains par cette calamité est le scandale de notre siècle. Toutes les cinq secondes, un enfant âgé de moins de 10 ans meurt de faim, 37 000 personnes meurent de faim tous les jours et près de 1 milliard - sur 7 milliards - sont mutilées par la sous-alimentation permanente sur une planète qui regorge de richesses. Le rapport sur l’insécurité alimentaire dans le monde de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture qui donne les chiffres des victimes dit que l’agriculture mondiale, au stade actuel de ses forces de production, pourrait nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains. Au seuil de ce nouveau millénaire, il n’existe aucune fatalité, aucun manque objectif. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Le problème des affamés est moins la disponibilité générale des aliments sur la terre que leur accès à ces aliments, leur manque de moyens monétaires pour les acquérir.

La faim qui tue

Le meurtre collectif par la faim de millions d’êtres humains a des causes structurelles. Une dizaine de sociétés transcontinentales privées contrôlent 85 % du marché alimentaire mondial. Elles sont actives en Bourse, fixent les prix, contrôlent les stocks et condamnent les pauvres puisque seuls ceux qui ont de l’argent ont accès à la nourriture. Après l’effondrement des marchés financiers, les spéculateurs se sont rués sur les matières premières agricoles, pour les vendre comme aliments, mais aussi pour transformer des millions de tonnes de plantes nourricières en agrocarburants. Des millions de pauvres, qui consacrent la totalité de leur maigre budget à se nourrir, sont devenus insolvables. Et le Programme alimentaire mondial, qui a perdu la moitié de son budget annuel parce que les Etats donateurs ont dû renflouer leurs banques, ne peut plus acheter assez de nourriture pour l’aide d’urgence en cas de famine comme dans la Corne de l’Afrique, où les fonctionnaires de l’ONU refusent chaque jour l’entrée d’un des dix-sept camps installés dans la région à des familles réfugiées de la faim. Les autres causes de la faim sont le dumping agricole pratiqué par l’Union européenne, qui déverse sur les marchés africains ses produits agricoles subventionnés aux dépens des produits locaux. L’endettement de nombre de pays pauvres empêche leurs gouvernements d’effectuer l’investissement nécessaire dans leur agriculture vivrière. Il existe des mesures concrètes que le nouveau président français pourra imposer :
- interdire la spéculation boursière sur les produits alimentaires de base - riz, blé, maïs ;
- faire cesser l’accaparement en Afrique de terres arables par les sociétés multinationales d’origine française ;
- empêcher le dumping agricole ;
- obtenir l’annulation de la dette extérieure des pays les plus pauvres ;
- en finir avec les agrocarburants fabriqués à partir de plantes nourricières.
La solidarité internationale entre la France et les peuples de l’hémisphère Sud est absente du débat électoral. Le silence des candidats et candidates de gauche sur ce point relève autant de la faute morale, que de l’erreur tactique. Pays de la Révolution, la France a une grande tradition de combat pour la solidarité transnationale entre les peuples. Ne pas mobiliser cette solidarité, ne pas faire appel à ces forces sociales constitue - notamment pour les candidats de gauche - une incompréhensible erreur.