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Dignes maintiens

Regards par le trou de la serrure

Un couple droit

jeudi 12 novembre 2009, par Picospin

La vision statufiée d’une femme et d’un homme côte à côte, incapables de se parler à cause de la méconnaissance de la langue de l’autre autour d’un arc de victoire et du symbole de milliers de tombes sur la grande place autrefois scène de la danse inélégante d’un moustachu fou qui venait de pénétrer à l’aube dans une capitale conquise par des chars modernes, investissant sans combattre la ville lumière du monde ?

Quelque cent ans plus tard, c’était au tour du Chef d’Etat des marches de l’ouest, non au titre d’une invitation, à pénétrer avec moins d’apparat dans l’autre capitale d’une autre Europe, cette fois modernisée sous les décombres laissés par les suicidés et les morts par balles, au-dessus desquels des architectes d’une autre génération et d’autres nationalités s’étaient employés à élever une nouvelle cité apte à oxygéner des habitants libérés de deux jougs successifs, capables maintenant de circuler à deux roues dans un air moins pollué, dans de larges avenues bordées d’un vert qui met en joie les formes idéologiques d’une écologie ambitieuse à côté de laquelle, poussent comme champignons d’automne, les édifices et architectures originaux sous lesquels les nouvelles générations viennent s’égayer en tentant d’oublier les pressions culpabilisantes qui se sont abattues sur elles au lendemain des massacres en série des camps de la mort et des chambres à gaz si bien et habilement niés par les citoyens du nouvel allié de l’ancien grand Reich. On dit même que l’homme debout, qui se tient à côté d’une chancelière riche d’une éducation pluridisciplinaire, ayant été élevée au contact des universités où l’on enseignait la physique, sans doute autrefois aussi la philosophie, et dont religion et politique s’étaient approchées de près mais pas de trop près par l’intermédiaire de deux dogmes aussi virulents l’un que l’autre, avait en son temps voulu contempler par une faille du mur l’autre côté de l’occident, celui d’où il était venu jadis à travers les plaines de l’est. Est-ce pour cette raison qu’on a prétendu l’avoir vu jouer au passe-muraille comme l’avait fait auparavant le fameux Dutilleul qui s’était découvert soudain, par hasard, le talent de passer à travers les murs et qui de ce fait n’avait jamais pu décider de quel côté du mur il devait s’installer ? C’est une question que sans doute l’actuel passe-muraille de Berlin n’a pas eu l’occasion de se poser tant il était bien installé à l’Elysée d’où il a pu s’échapper pour rejoindre à pas forcés le lieu symbolique où occident et empires de l’est s’étaient retrouvés et avaient esquissé de folles embrassades après une si longue séparation liée moins à des conflits d’intérêt que d’idéologie. Cette folle équipée de l’arc de Triomphe à la Porte de Brandebourg l’avait ému au point de ne plus se souvenir du moment précis où il s’était mis à percer le mur ne serait-ce que pour regarder de l’autre côté ce qu’il restait du vieil empire austro-hongrois qu’il avait du quitter à l’improviste sous la surveillance des canons pointant leurs obus à la fois sur les révoltés de Budapest et les ennemis de l’ouest. Une aventure dont l’intensité et la variété avaient été si violentes qu’elle en avait jeté la confusion dans les cerveaux les mieux bâtis et les mieux organisés. Il fallait assurément laisser le temps au temps pour la digérer et en tirer les conséquences qui s’imposaient.