Ethique Info

Accueil > Société > Religion en Europe, en France et dans le monde

Les Américains sont-ils différents de nous ?

Religion en Europe, en France et dans le monde

Quelle originalité en France et aux Etats-Unis ?

mercredi 11 février 2009, par Picospin

C’est le résultat d’une étude menée par l’institut américain Gallup sur l’importance de la religion dans 143 pays et qui est à l’opposé de celui recueilli en Amérique où la croyance religieuse est au contraire fortement popularisée comme on peut le constater tous les jours quand on a séjourné aux Etats-Unis.

Amérique sous la protection des dieux ?

On vient encore de le confirmer lors des nombreux reportages consacrés plus récemment à la cérémonie d’investiture de Barack Obama qui avait été placée sous les auspices des diverses formes de christianisme pratiquées dans ce pays. Fin connaisseur des moeurs américaines, Tocqueville ne s’y est pas trompé qui écrivait dès 1835 que là bas, « à côté de chaque religion s trouve une opinion politique, qui, par affinité lui est jointe ». Et plus loin « ...L’esprit humain règlera ...la société politique et la cité divine ; il cherchera ...à harmoniser la terre avec le ciel. » L’Amérique a été peuplée par des hommes qui ne s’étaient soumis à aucune suprématie religieuse ...et qui apportaient un christianisme que j’appellerais démocratique et républicain ce qui favorisera l’établissement de l’un et de l’autre dans les affaires ». Il ajoute « Toutes les sectes diffèrent dans le culte qu’il faut rendre au Créateur mais toutes s’entendent sur les devoirs des hommes les uns envers les autres et prêchent la même morale au nom de Dieu. Ce qui importe à la société c’est moins que les citoyens professent la vraie religion mais qu’ils professent une religion. C’est pourquoi toutes les sectes se retrouvent dans la grande unité chrétienne et la morale du christianisme est partout la même. Les Américains suivent dans leur culte leurs habitudes plus que leurs convictions dans un pays où la religion chrétienne a conservé le plus de véritables pouvoirs mais où elle n’exerce d’influence ni sur les lois ni sur les opinions publiques mais elle dirige les moeurs et par le biais de la famille travaille à régler l’état. Si certaines conditions de la vie en Amérique étaient différentes et si on n’était pas obligé de professer du respect envers la morale et l’équité chrétienne, on y rencontrerait les plus hardis novateurs et les plus implacables logiciens. En Europe, « le caractère collectif de toute conviction religieuse et ses conséquences obligent les gouvernements à s’y intéresser, les reconnaître et le cas échéant intervenir » écrit René Rémond dans « Religion et société en Europe » (Seuil, Paris 2001).

Questions ?

Les questions qui peuvent se poser à ce sujet sont le fait de savoir si on pouvait enfermer le religieux dans la sphère du privé et de l’individuel, de remettre en cause le concept simpliste d’un dichotomie qui réduirait les phénomènes aux seules catégories du privé et du public, de l’individuel et du collectif, de l’initiative privée et de l’intervention de la puissance publique qui s’exprimant, est apte à bénéficier des libertés reconnues à toutes les composantes de la société civile. A l’heure où beaucoup restent attachés à la construction de l’Europe, au travail de fourmi engagé depuis des années pour en faire une unité capable d’allier ses nations au bénéfice d’une seule, la laïcité reste sans doute le socle sur lequel pourra s’appuyer la nouvelle entité, sinon structure même si certains pays restent réticents à vouloir bâtir un édifice solide et durable sur lui. Certes, l’histoire des rapports entre religion et société n’est pas close à la lumière des débats parfois âpres et violents sur le thème des racines chrétiennes de l’Europe. Est-ce que tous ces combats fratricides, la diversité croissante des croyances et des certitudes, le déferlement des idéologies avortées mais sanglantes du 20è siècle ne contribuent pas à faire verser de nombreux citoyens de ce continent en construction vers un laxisme structurel entre foi, société, laïcité, individualisme et recul d’un dieu appelé « enchanteur » qui aurait abandonné l’homme pour qu’il soit définitivement livré à lui-même et seul responsable de ses actes et de sa destinée.

Explications ?

Est-ce une explication suffisante à ce classement – encore un après Shanghai - où l’on voit les Américains être deux fois plus nombreux que les Français à déclarer que la religion tient une « place importante dans leur vie quotidienne » alors que ces derniers se classent dans le top dix des pays les moins croyants du monde. Les Etats-Unis sont le pays occidental le plus dévot avec 65% de « oui » à cette question, soit deux fois et demi plus que la France. La France se classe neuvième : seul un Français sur quatre estime que la religion tient « une place importante dans (sa) vie quotidienne » ce qui représente un taux similaire à celui du Japon qui s’écarte de l’Estonie qui est le pays le moins croyant au monde (14%), devançant d’autres pays d’Europe de l’est ou du nord. A l’autre extrémité du classement, l’Egypte remporte la palme du pays le plus croyant du monde. 100% des sondés répondent que la religion tient une place « importante dans leur vie ». Elle est suivie du Bangladesh et du Sri Lanka (99%), de l’Indonésie et de la République Démocratique du Congo (98%). Plusieurs autres pays d’Afrique comme le Malawi, le Sénégal, Djibouti ou le Maroc complètent la tête du classement. En moyenne dans le monde, 8 personnes sur 10 répondent positivement à la question.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le recul du religieux observé actuellement correspond à ce que Marcel Gauchet appelle "la sortie de la religion" ou à une éclipse passagère ?

2. Quel pourrait être l’avenir du gouvernement des hommes par eux-mêmes quand ils viennent de s’émanciper progressivement de l’emprise des dieux ?

3. Est-ce que les Eglises ont encore autorité pour déterminer la croyance et imposer le dogme ?

4. Est-il vrai que les religions viennent sur le terrain des sagesses sans Dieu : la vie bonne en ce monde ?

5. Comment peuvent-elles proposer un objectif sans référence à Dieu ?

Messages