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Il a vu le Soleil du Nil plus près de lui que celui d’Austerlitz

Rencontre avec Moïse

Que de belles histoires

samedi 12 décembre 2009, par Picospin

Ce qu’il trouve en bas est encore plus étrange puisque le paysage qu’il connaissait parfaitement pour l’avoir parcouru moult fois s’est transformé pendant son ascension et sa descente, un aller retour privé et public à la fois au cours duquel il devait rencontre l’UN, l’inconnu qui lui avait posé tant de questions auxquelles il n’avait su ni répondre ni réfléchir, lui qui n’était qu’un simple et humble humain, plus agencé pour prendre des notes et transmettre des messages que de haranguer les foules.

Étrange

Il leur expliquerait que ce qu’il avait rencontré était tellement étrange qu’il n’avait pas assez de mots ni de chants, ni de phrases pour reproduire discours et confidences qui lui avaient été tenues là-haut pendant que les éclairs illuminaient les visages, que les nuages s’amoncelaient au-dessus de sa tête et que l’orage grondait annonçant avec fracas l’apparition tant attendue d’un unique personnage à peine apparu et effacé sans jamais montrer sa face. Une vraie déception que cette rencontre qui n’était même pas une apparition présentant des images insolites, des couleurs surnaturelles, des éclairages psychédéliques. Ils illuminaient des figures autrefois repérées dans des allusions mythologiques et que l’on peut reconstituer artificiellement pour peu que l’on trouve quelque part dans le monde des plantes savoureuses, plutôt amères, plus rarement douces, capables de produire les mêmes sensations visuelles, auditives, olfactives et qui procuraient une immense et inhabituelle sensation de bien-être, de plénitude, de bonheur vous projetant du même coup dans un univers eschatologique. Comment comprendre ces thèmes en l’absence de toute instruction préalable renseignant sur les temps et les lieux de vie de deux écrivains et poètes majeurs de la littérature française ?

Qui est Ronsard ?

Les élèves sont incapables de situer Ronsard ou Victor Hugo, explique une enseignante. Le plus beau texte écrit sur la démocratie, le « Discours aux morts » de Périclès, dans La Guerre du Péloponnèse, ne suscite qu’une réflexion : « N’est-ce pas de la propagande ? » Qui est Périclès, où vit-il, que fait-il ? « C’est une étrange entreprise que d’équiper de béquilles des êtres à qui l’on n’a pas appris à marcher », « Dans quelle mesure le spectateur est-il créateur de la représentation ? » est-il demandé à des élèves qui n’ont jamais mis les pieds au théâtre parce que ce dernier, en compagnie de beaucoup d’autres, sont situés dans la capitale ou au mieux dans quelques rares grandes villes de province ». « Le théâtre est-il seulement un art de l’artifice et de l’illusion ? » était une autre question à laquelle on était sommé de répondre avant que l’on se fût rendu compte que très peu d’élèves fréquentent les salles de théâtre. Cesser d’enseigner l’histoire et la géographie, d’en faire l’impasse didactique, c’est enlever les coordonnées xy ou ordonnées et abscisses des relations de lieu ou de celles de lieu et de temps toutes ensemble, si bien que plus personne ne sait où il se trouve, ni d’où il vient et où il va ni quand il le fait, l’a fait ou le fera. C’est tout un discours qui s’effondre et des localisations dans le temps et l’espace qui s’effacent pour Saint Exupéry qui ne sait plus comment atteindre la Mauritanie en venant du Bourget, le pilote d’Air France qui traversant la zone de turbulence au large de Dakar n’a d’autre issue que de faire plonger son engin suréquipé d’électronique dans les profondeurs abyssales de l’Atlantique d’où on ne le repêchera plus jamais.

Boussoles ou GPS ?

Sans carte, sans boussole ni GPS, les scouts seront égarés dans la nature, les explorateurs dans l’Amazonie d’où Lévy-Strauss ne serait jamais revenu après avoir échappé aux piranhas. Qu’il est loin ce Moïse d’Égypte venu de si loin et d’une histoire si étrange où il a rencontré Elohim et ses nombreuses lois qu’il fallait vite transférer à son ancien peuple de païens adorant le dieu soleil en train de se coucher sur la rive gauche du Nil comme à Lutèce le même, à l’identique disparaît derrière les arcs de triomphe souvent dépourvus de toute réminiscence victorieuse sinon contre quelle armée. Peut-être celles que l’Empereur a rencontrées quelque part au milieu de l’Europe pendant qu’il chevauchait entre Rhine et Danube sur des chevaux épuisés et des grognards en train de faire taire leurs voix affaiblies par la fatigue et le découragement. Plus loin, au-delà de la Mer Rouge, l’étonnement était à son comble. L’énorme bassin à ses pieds, encore désertique quand il s’était élevé vers le sommet du mont Nébo, était maintenant rempli d’une eau qui s’écoulait de l’énorme océan plus à l’ouest par un goulet aux bords duquel certains autrefois avaient observé les jeux de quelques figures entre deux et quatre pattes ressemblant étrangement à de petits hommes. Une autre surprise !