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Les écrivains des Abruzzes

Réponse à BHL sur les Abruzzes

Les bienfaits de la polémique ?

samedi 9 mai 2009, par Picospin

Notre philosophe national vient de réapparaitre à l’écran – non celui du cinéma ou de la télévision mais celui, plus petit (quelques inchs en moins) de l’ordinateur qui véhicule l’ardoise slate – sous les traits du défenseur des frustrés des Abruzzes, ces habitants de l’Aquila qui ont tout perdu dans le désastre d’un tremblement de terre programmé, non par les sismologues mais par les historiens qui connaissent un petit paragraphe du maniement des statistiques et des probabilités.

Imminence de catastrophe

Cette catastrophe devait arriver dans un délai plus ou moins rapproché, moins du fait de la fréquence attendue des séismes dans la région que des conséquences d’une construction achevée ou inachevée avec des matériaux médiocres, sous l’égide de ce que l’on appelle maintenant l’intrusion de la maffia dans les empires de la construction immobilière. Ce qui est arrivé à la racine de la botte italienne aurait pu aussi bien se dérouler sur tous les terrains et soubassement friables du globe, du Japon à la Turquie, de l’Arménie à la Chine. Cette simple revue des terres considérées comme vulnérables et dont on dirait aujourd’hui qu’elles sont à risque, suggère que la construction devrait y être particulièrement surveillée et contrôlée, à condition, bien entendu, que les contrôleurs ne soient pas les payeurs c’est à dire qu’ils agissent au nom d’un organisme indépendant sans relation avec les exécutants d’un contrat.

Malfaçon ou fragilité ?

Il n’est pas certain que tous les bâtiments qui s’effondrent à l’occasion de la moindre secousse sismique le font sous l’influence de la fragilité et de la malfaçon volontaire, production de bandes organisées travaillant dans l’optique de gagner plus d’argent que celui figurant dans le contrat passé entre offre et demande. Il est commode, en territoire italien, d’accuser l’organisation qui concentre tous les pouvoirs des bandes organisées - qu’au temps de l’immigration aux Etats-Unis l’Italie envoyait régulièrement et consciencieusement en territoire américain pour que leurs membres y trouvent refuge, - nourriture, organisation et réseaux - dès le passage de la frontière à Long Island. La "mamma" se chargeait alors de réunir autour de la table tous ses fils réels, virtuels ou adoptifs autour de la "pasta" sacrée pour éviter qu’ils ne soient victimes de l’isolement, de la dépression ou de la solitude en attendant qu’ils puissent reprendre leur activité coupable.

Une mamma

Il peut s’agir d’autres modes d’escroquerie ou de malfaçons qui seraient l’oeuvre de personnages peu recommandables mais potentiellement moins dangereux et nocifs car moins professionnalisés dans ce type d’activité. A l’appui de sa thèse, BHL, pour entretenir le suspense et jeter au pilori le méchant et récompenser le bien, cite l’écrivain italien qui a osé braver l’école du crime et qui pour cette raison craint, sans doute à juste titre, la vengeance des accusés au milieu du désespoir qu’il rencontre partout, qui ne le lâche nulle part et ne le délaisse jamais. Le ressasse-t-il à longueur de journée, en Italie où se déroulent les crimes ou leur intentionnalité, à New York ou à Chicago où il est importé comme on le ferait d’un gros cargo Je voudrais que mon désespoir, ma solitude, ma hantise prennent fin. Les organisations criminelles sont très puissantes dans le monde, et l’Europe est en train de se faire dévorer. Il n’y a pas de réelle volonté européenne pour lutter contre cela, d’où le désespoir. Et l’émigration : le sud de l’Italie voit ses ressources humaines disparaître comme une hémorragie non-stop, sans que personne ne s’en occupe.

Répliques insensées

Dans ces catastrophes en série, moins souvent survenues par des répliques insensées de tremblements avortés que sous l’effet de la création de l’homme, quels sont ceux qui portent la responsabilité, celle dont a parlé Hans Jonas, par laquelle le précurseur devient comptable des effets qu’il a engendrés sur sa descendance par son action, ses dérives sinon ses fautes. Alors, vite, appelons l’antidote, la « précaution », accusée de tous les maux par les entrepreneurs, sinon les entreprenants, les plus actifs, les plus vaillants, les cowboys de la péninsule, les bâtisseurs du Vésuve pour mettre un terme à la planification, à l’édification des cités, des conservatoires d’art pour témoigner des créations de notre génération dont seules, les églises et monuments construits par le courage, la solidarité, la conscience de l’artisanat et des compagnons survivent aux crises actuelles. Il ne s’agit pas seulement de celles des banques ou des finances ou de ce que l’on appelle pudiquement l’immobilier mais de l’unique vraie, efficace et destructrice : celles des consciences.