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Comment conjuguer l’éthique...

Responsabilité des entreprises

...et l’efficacité économique ?

vendredi 7 octobre 2011, par Picospin

Nous devons réfléchir à ce déplacement du paradigme du quantitatif au qualitatif, en pensant que si nous améliorons le qualitatif, nous obtiendrons un meilleur rendement quantitatif. L’optimisation du qualitatif ne sera atteinte que lorsque l’on aura contextualisé son approche et que l’on s’exprimera dans la langue des gens à qui l’on s’adresse.

Religieux et éthique

Il ne faut pas réduire cette avancée à une démarche strictement religieuse car l’éthique appliquée n’est pas une perception de la récupération du fait éthique par le seul fait de l’existence du religieux. La référence religieuse est une donnée parmi d’autres, comme la culture ou l’oralité culturelle. Il faut intégrer une démarche qui dépasse la seule éthique religieuse pour l’intégrer à des attitudes individuelles. Il ne faut pas exprimer le réglementaire uniquement par le religieux, mais traduire le mode qualitatif par le rapport entre une philosophie de vie, des apports culturels et une inspiration qui peut être spirituelle et religieuse. Cela permet d’être économiquement efficace et philosophiquement profond, en phase avec les références du pays. Ce qui est important c’est que chacune des routes qui mènent au sommet aient l’humilité de prendre conscience qu’il y en a d’autres et de savoir dire que ce qui est au sommet est lié à la réalité des autres, reconnaissant ainsi la communauté des principes et des objectifs. Je n’ai aucun problème avec la reconnaissance de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il faut prendre tous les principes qui sont bons pour être en mesure de les traduire dans la langue du pays. Ce qui est intéressant, c’est l’efficacité du discours universel dans les singularités culturelles.

Traductions

S’il faut traduire les choses dans la langue et avec les références des gens à qui on s’adresse il ne faut pas réduire cette approche à une démarche strictement religieuse. L’éthique appliquée n’est pas une perception de la récupération du fait éthique par le seul fait religieux. La référence religieuse est une donnée parmi d’autres, comme la culture ou l’oralité culturelle. De ce fait, il faut intégrer une démarche qui dépasse la seule éthique religieuse pour l’intégrer à des attitudes. Il ne faut pas traduire le réglementaire uniquement par le religieux, mais exprimer le mode qualitatif par le rapport entre une philosophie de vie, les apports culturels et une inspiration qui peut être d’ordre spirituel ou religieux. Cette attitude permet d’être économiquement efficace, philosophiquement profond et en phase avec les références du pays. L’individu a une conscience, la capacité de faire des choix, une famille et un environnement social. Le savant est au service de celui qui ne sait pas et le leader est au service de celui qui le suit. Il faut préserver des espaces de communication pour dire les accords et les désaccords. Le syndicalisme est un signe de bonne santé de la société et il faut permettre la confiance parce que l’on ouvre des espaces de dialogue. La vraie culture de l’entreprise favorise le partage de la communication qui crée le bien-être et qui permettra à terme de privilégier la une véritable qualité dans le travail.

Bien-être

Le bien-être consiste, au-delà de la justice et de la loi, à trouver la justesse de l’éthique. La responsabilité ne consiste-t-elle pas à prendre conscience du fait que nous sommes moins propriétaires de cette terre que nous n’en sommes que les gérants, pour un temps limité. C’est toute l’idée de notre responsabilité vis-à-vis de l’environnement qui, à force d’être négligé, se rappelle à nous par le biais des profonds changements climatiques ou la survenue de fréquentes catastrophes. Je suis triste de constater la pauvreté de la proposition des pays musulmans sur la question de l’environnement qui est au centre de toutes les spiritualités et que les chefs d’entreprise devraient se réapproprier. Ce qui détruit la cohérence, c’est la corruption, qui consiste à dire une chose et d’en faire une autre. Une culture d’entreprise qui amène le patron à affirmer des choses et à faire leur contraire crée de l’incohérence et du mal-être. Au contraire, le devoir d’un patron c’est d’ouvrir cet espace de cohérence à ses employés, ce qui aura un impact sur la productivité et la qualité du travail accompli et permettra de renforcer le sentiment de dignité des employés. Une entreprise qui réussit est celle qui donne à ses employés la possibilité de se positionner dans la contribution et de montrer leur créativité. Dans la culture marocaine, il y a un génie de la générosité, de l’humain et du souci de l’humain qu’il faut faire vivre dans l’entreprise.

Démarches et valeurs

Comment réconcilier nos valeurs avec des démarches concrètes ? La confiance c’est le respect de la personne. La constitution de l’ordre social qui est passée par la solidarité et le respect de la personne - homme et femme - consiste à respecter les aspirations de chacun et celle de l’éthique et d’une équité. Nous devrions nous placer à l’avant de tous les combats du point de vue de l’éthique appliquée pour la bonne gestion de l’entreprise, en concrétisant le principe selon lequel « à compétences égales, le salaire sera le même pour un homme ou une femme ». Comme il faut lutter contre les inégalités qui ne respectent pas la personne, je me suis battu dans le monde entier pour que la femme puisse être acceptée et respectée dans son choix de quelque manière qu’il se présente. Il faut engager les personnes sur leurs compétences beaucoup moins que sur leurs tenues vestimentaires.

Accès au travail pour les femmes

Les femmes doivent avoir accès au travail et obtenir un salaire égal à celui des hommes, à compétence égale. Les discriminations à l’emploi des femmes, pour les raisons les plus diverses, doivent être refusées et combattues. Le pauvre n’attend pas de nous la charité, mais il a un droit sur nos bénéfices et il n’y a pas de bénéfice purifié spirituellement sans avoir reconnu le droit du pauvre sur le bénéfice du riche. Il faut penser à des stratégies qui respectent la dignité des individus à travers la redistribution mais aussi à travers la formation et d’autres possibilités d’empowerment qui permettent à la fois d’établir la confiance et de favoriser l’obtention de l’autonomie. Il est de première importance d’équilibrer le professionnalisme strict avec l’humanisme pour comprendre le souci de l’employé et le persuader de la rigueur de l’employeur. Je suis Suisse mais j’ai toujours un problème de ponctualité, sans doute de par ma culture égyptienne. J’ai appris en Suisse que l’heure c’est de l’argent et qu’en conséquence la rigueur s’impose. Ce sont les Suisses qui ont raison et les Égyptiens qui ont tort !