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L’arrivée d’Obama

Responsabilité et précaution

Revanche d’une catastrophe

jeudi 22 janvier 2009, par Picospin

La transmutation menace la promesse démesurée du progrès technique. L’exigence d’une nouvelle éthique capable de contrôler les dangers de la technologie de pointe se fait jour. La menace qui pèse de plus en plus sur la vie terrestre oblige à des interrogations fondamentales. Si toute vie était anéantie, même si la terre entière était réduite en cendres, la nature qui les a engendrées saura bien recommencer ailleurs, peut-être même dans de meilleures conditions.

Dêmêter

Nous sommes nous-mêmes les produits, - à vrai dire les enfants de cette nature - celle que les anciens Grecs appelaient Dêmêter (de-la-terre-mère), déesse nourricière des hommes, garante de la pérennité de la vie. Le maintien de la qualité de l’espèce semble requérir le renoncement des individus à se conserver indéfiniment, à contre-courant du mouvement de la vie, comme si on cherchait à rapatrier en ce monde cette vie éternelle qu’on a supprimée dans l’au-delà. L’heureux alliage de mystique juive et de métaphysique occidentale qu’on y découvre ne manque pas de hausser d’un cran la dignité de l’être humain et sa fierté. Cette longue introduction nous amène tout naturellement au discours d’intronisation du nouveau Président des Etats-Unis, Barack Obama que tout distingue de ses prédécesseurs, en particulier la couleur de la peau si longtemps et férocement honnie par l’intelligentsia blanche, celle qui avait jusqu’ici tous le pouvoirs et la totalité du pouvoir sans consentir à les partager avec quiconque n’étaient pas de leur bord ou ne pensaient pas comme eux. Le mot paix fut prononcé 4 fois comme dans la phrase où est faite allusion au rôle que l’Amérique doit jouer dans une nouvelle ère de paix. Cette allusion était contraire à celle que prenait l’habitude de faire son prédécesseur qui n’a jamais exprimé une sympathie ni une tendresse particulière pour ce terme parce que ce dernier lui paraissait trop lié à la notion de faiblesse. Engagée dans deux guerres, le Trésor à sec, l’Amérique a un intérêt stratégique à étendre la paix là où elle le peut.

Recherche de paix

D’où la petit phrase d’Obama prononcée à destination du monde musulman et qui a été répercutée jusqu’à Téhéran : « Nous sommes prêts à vous donner la main si vous êtes d’accord pour desserrer la vôtre ». Les Etats-Unis furent définis de nouveau comme une nation de Chrétiens, de Musulmans, de Juifs, d’’Hindous et d’athées. Un genre d’assomption chrétienne a habité la politique américaine au cours de ces 8 dernières années depuis le fil rouge qu’a déroulé le Président jusqu’à Dieu en passant par ses malheureuses idées sur la Croisade, jusqu’à ses positions fondamentalistes sur des problèmes tels que la recherche sur les cellules souches. Les allusion de Obama sur les athées ont permis de resituer la religion dans son propre nid, en tant que choix personnel plutôt qu’en terme de credo politique. En parlant des Musulmans avant de citer les Juifs en tant que population plus nombreuse, il a accompli un geste adéquat qui vise à réduire l’importance de l’invasion de la vie publique tout en limitant la folie anti-darwinienne de l’extrême droite chrétienne. Au moment où le Dow Jones s’est encore mis à plonger de plus de 4%, Obama a évoqué le marché libre en des termes bien plus mesurés que ceux habituellement employés par un leader américain. Cette phrase ne fait qu’admettre le fait qu’une puissante intervention de l’état a eu lieu et que les impôts ont été nettement réduits. Ce fut aussi le signal pour faire admettre au peuple américain qu’un nouvel étét va émerger sous Obama, un état qui parlera moins de sa mission universelle de répandre la liberté dans le monde que de la démocratie et du marché. Appelons cela l’humilité de l’Amérique si cela vous fait plaisir. Obama s’est engagé à contrer ceux qui cherchent à s’imposer par la terreur.

Terreur

Qu’il suffise de remarquer par quels moyens la terreur s’est glissée à partir d’une idéologie djihadiste confuse à une émotion telle que celle que l’on ressent quand une attaque suicide survient. Nous n’entendrons plus si souvent la phrase « guerre globale contre la terreur », au moins de la part de l’administration d’Obama. L’Amérique retrouve sa constitution si l’on en croit la citation qui concerne le rejet du choix entre sécurité et idéaux. Avec cette phrase minuscule, Obama a fait ses adieux à la torture, aux interprétations, à la torture, au piétinement de l’habeas corpus, à Guantanamo, et aux autres tâches qui ont sali la conscience de la nation. Ce travail ne sera terminé que lorsque Gunatanamo sera fermé et que seront libérés ceux qui ont été injustement emprisonnés. Ici, les convictions personnelles d’un juriste s’allient à la stratégie car les idéaux des Américains restent les outils les plus efficaces de son arsenal diplomatique. Notre puissance seule ne suffit pas à nous protéger de même qu’elle ne donne droit à agir selon notre bon plaisir. Notre sécurité émane de la justesse de notre cause, de la force de notre exemple, des qualités de d’humilité et de retenue. Responsabilité, retenue, humilité, paix ne font pas partie habituellement du vocabulaire de la rhétorique de l’héroïsme américain mais constitue plutôt un nouveau lexique du pouvoir. Est-ce que les Américains sont prêts à mourir pour la notion de responsabilité ? Peut-être bien que non mais ils sont capables de chercher un mode de dialogue en son nom. « Le monde a changé et nous devons changer avec lui » a dit Obama. Même le changement a changé. Ce n’est plus le son du clairon mais celui d’une responsabilité.

January 22, 2009

Op-Ed Columnist

The Age of Responsibility

By ROGER COHEN

Marlène Zarader, "La dette impensée". "Heidegger et l’héritage hébraïque". Coll. "l’ordre philosophique", Paris Editions du Seuil, 1990)

Questionnement :

1. Est-ce que les mesures prises dès ce matin sont de nature à améliorer l’image de l’Amérique dans le monde ?

2. Est-ce que la condition des Noirs (américains et dans le monde) a des chances d’être bouleversée par la "caution" d’un Président américano-kenyan à la Maison Blanche ?

3. Est-ce que les discours d’Obama contiennent une quantité nécessaire et suffisante de références aux questions éthiques et juridiques de la part d’un professeur de droit ?

4. Est-ce qu’une nouvelle ère est en train de s’ouvrir en Amérique et d’effacer les caractéristiques de la précédente sous l’autorité de Bush ?