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Responsabilité sociétale des entreprises

Une technique ou un humanisme ?

vendredi 23 novembre 2012, par Picospin

Pour certains, l’expérience tirée de ce passage dans la réalité de la vie professionnelle a éclairé les esprits et transformé l’imagerie enfantine d’un avenir féérique en une vérité jusque là insaisissable faute de disposer des moyens de l’appréhender. C’est ainsi que le mensonge à tous les degrés de ses transformations à partir des évidences est devenue une norme dont la fréquence d’applications a étonné, sinon sidéré les plus jeunes qui n’avaient pas encore eu l’occasion de se frotter aux situations offertes comme spectacle, exemples ou scènes au cours de la vie de plus en plus réelle et concrète qu’ils allaient mener à l’aube de leur carrière.

Prises de décisions

Les déviances sont nombreuses, placées dans des zones grises qui ne facilitent pas la prise de décision plus facile à élaborer face à des situations clairement délimitées dans un univers transparent sans habillage imaginaire. La véritable question est bien celle de la responsabilité sociale en entreprise, concept apparu récemment, depuis l’introduction de cette notion fondamentale introduite dans le monde de la sociologie et de la philosophie par Hans Jonas au sujet des devoirs incombant à l’homme quand il quitte le monde dans lequel il a vécu pour laisse sa place aux nouvelles générations en faisant bien attention à laisser les WC aussi propres après son passage qu’au moment il y était entré. Ici il ne s’agit plus de localisations au sein de la cité comme les lieux de vie, domiciles et structures privées mais d’entreprises communes à une population qui investit son temps, ses efforts, son inventivité, voire sa compétitivité au bénéfice de l’institution publique ou privée qui lui sert de lieu d’activité professionnelle, de mode de relation et d’échange avec la majorité de ses semblables embarqués dans le même navire voguant vers la même destination aussi bien à l’aller qu’au retour.

Une véritable responsabilité ?

La responsabilité sociétale (ou sociale) des entreprises (RSE) est un « concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions avec leurs parties prenantes sur une base volontaire »1. Énoncé plus clairement et simplement, c’est « la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable »2. La RSE résulte de demandes de la société civile (associations écologiques et humanitaires) d’une meilleure prise en compte des impacts environnementaux et sociaux des activités des entreprises, qui est née, notamment, des problèmes d’environnement planétaire rencontrés depuis les années 1970. La RSE est donc la déclinaison pour l’entreprise des concepts de développement durable, qui intègrent les trois piliers environnementaux, sociaux, et économiques. Elle a été à l’ordre du jour du sommet de la Terre de Johannesburg en 2002, auquel ont participé de grandes entreprises des secteurs de l’environnement et de l’énergie. La RSE tend à définir les responsabilités des entreprises vis-à-vis de ses parties prenantes, dans la philosophie « agir local, penser global » Il s’agit donc d’intégrer le contexte mondial et local dans la réflexion stratégique. Le Principe responsabilité de Hans Jonas part de la question « pourquoi l’humanité doit exister ».

Fragile humanité

L’existence de l’humanité dont l’impératif semble aller de soi, n’est plus du tout un fait assuré de nos jours. Au contraire, par son énorme pouvoir qu’il a avant tout grâce à la technique moderne, l’homme a désormais les capacités de s’autodétruire en peu de temps — c’est pourquoi il y a ici une nouvelle question qui doit entrer dans le domaine des considérations éthiques. En se référant à sa philosophie de la biologie, Jonas fonde l’impératif que l’homme doit exister, vu qu’il a, comme tout être vivant, une valeur absolue qui lui est inhérente et qu’il s’agit par conséquent de protéger quoi qu’il en coûte. Dans la pratique, cela signifie que doit être interdite[réf. souhaitée] toute technologie qui comporte le risque — aussi improbable soit-il — de détruire l’humanité ou la valeur particulière en l’homme qui fait qu’il doit exister. Hans Jonas désigne cet impératif par la formule in dubio pro malo. Cela veut dire que s’il y a plusieurs conséquences possibles de l’emploi d’une technologie, il faut décider en fonction de l’hypothèse la plus pessimiste. C’est pour cette prescription que Hans Jonas a souvent été accusé d’être hostile à la technique et à son progrès. Il a cependant refusé ce reproche. Il a même vu la nécessité de faire progresser la technique afin de pouvoir trouver des remèdes aux dégâts déjà causés par elle. Mais à condition que la technique et la recherche soient pratiquées dans un cadre défini et sous des conditions contrôlées, afin d’éviter qu’il n’en résulte des effets négatifs.

Le savoir

Il s’agit moins de délivrer un savoir sur ce qu’il faut ou ne faut pas faire que d’enseigner les fondements sociologiques, humanistes et philosophiques, voire anthropomorphiques qui donnent à l’enseignement de l’éthique tout son sens quand il s’agit de se référer à elle au moment de fournir les arguments à la prise de telle ou telle décision susceptible d’engager le présent puis l’avenir de l’humanité. Cet enseignement fournit les données nécessaires et souvent aussi suffisantes pour raisonner sur les éléments permettant de prendre une décision ou d’en formuler les motifs.

Objectifs

La confrontation de ces données doit permettre au jeune étudiant de se forger le schéma de pensée qui pourra le guider dans se réflexion, vers l’objectif à atteindre qui est de démêler, classer, rationaliser, expliciter les raisons permettant de construire la logique la plus adaptée à une confrontation avec la réalité qui consiste à apporter la réponse la plus juste, la plus efficace, la plus utile à l’œuvre entreprise en commun. Cette dernière partie est plus généralement destinée à revêtir à cette éthique d’un manteau utilitariste, très en vogue dans le monde anglo-saxon. D’aucuns proposent d’installer dans les écoles de commerce et de management une base de données qui permette en toute logique et en toute morale d’appliquer un jugement de ce type dès lors qu’on a affaire à un questionnement qui oblige à rendre une décision moralement acceptable dès lors que cette dernière se place avant le carrefour qui permette de gérer la complexité dont la gestion reste le souci le plus quotidien des responsables d’entreprise, autrement dit de groupes humains embarqués dans la confrontation entre choix des techniques, rentabilité et implication de l’humain.