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Euthanasie : suite

Résultats de l’enquête belge sur l’euthanasie

Un procédure maintenant légalisée

samedi 31 mars 2012, par Picospin

Si un certain nombre de médecins estime que cette démarche est difficile à effectuer, pour d’autres elle s’avère très difficile à pratiquer et d’autres encore jugent qu’elle ne pose aucun problème. Certains soignants vivent très mal le fait qu’une euthanasie puisse être pratiquée dans leur unité de soins.

Réticence souvent, enthousiasme jamais

Progressivement cette pratique tend à entrer dans les mœurs que le soignant l’accepte ou en refuse l’exécution, quitte à la réaliser avec réticence. Cette loi exige du temps pour être acceptée et une réflexion éthique approfondie si on ne veut pas être soumis à la pression et à la culpabilisation provenant du malaise ressenti à l’occasion de la réalisation de ce geste. Ni les soignants, ni les médecins, ne sont obligés de participer à un acte d’euthanasie, devant l’imminence duquel on rencontre des refus, une peur panique, sinon des velléités de fuite. Dans la pratique, on rencontre des médecins traitants, des oncologues ou neurologues qui connaissent leur patient de longue date et sont d’autant plus sensibles à la souffrance de leur patient qu’ils ils refusent de l’abandonner au stade ultime de la maladie. C’est plutôt le soutien de leurs collègues pour vivre cet acte le moins difficilement possible, en respectant leurs patients et en prenant soin d’eux qu’ils réclament dans une situation difficile, douloureuse, émotionnellement exigeante, parfois ingérable. Des soignants affirment qu’ils sont dans un état particulier, paisible, planant pendant 2 à 3 jours qu’ils vivent difficilement et dont ils ressentent les répercussions, les implications
Personnelles qui peuvent aller jusqu’au renoncement de pratiquer un acte dont personne ne sort intact a fortiori s’il se répète. La "souffrance" des soignants prend, ici, tout son sens dont on recueille des témoignages poignants. La dépénalisation de l’euthanasie a fait bouger les limites de son exécution et va continuer à le faire dans des domaines parfois moins familiers, comme le don d’organe.

Une expérience pénible

Cette expérience, difficile et pénible dans le contexte d’une éthique narrative, a permis de fédérer des personnes soignantes dans une mesure inimaginable et de faire supporter cette démarche qui reste difficile et angoissante. L’objection de conscience ou la clause de conscience doit être respectée sous réserve d’envoyer les patients chez un médecin en accord avec la pratique de l’euthanasie. Même si la loi a été votée en 2002, beaucoup de médecins ignorent encore ou du moins ne savent pas encore comment cela se passe. Pour les autres, nous sommes confrontés à des médecins spécialisés ou étiquetés ‘Dr Euthanasie’. En cas de refus de pratiquer l’euthanasie, on peut imaginer la difficulté pour le médecin de famille comme pour le patient de rompre la relation de confiance, ainsi que la crédibilité de la médecine en général. Certains médecins et en particulier les généralistes perçoivent les pressions qui s’exercent sur eux par l’intermédiaire du phénomène de culpabilité, notamment par le biais des dénonciations par des militants de l’ADMD qui pointent dans leurs journaux semestriels (magasine Kaïros) les mauvaises pratiques de certains médecins. L’euthanasie n’est pas une pratique anodine, qu’elle implique des émotions violentes, plus ou moins fortes selon l’attachement ou le lien crée entre soignant et soigné
La grande souffrance psychologique des médecins ou des soignants observateurs ou auteurs d’ actes d’euthanasie conduit souvent à une mise à distance encore plus grande avec le patient sinon une fuite. Il y a eu beaucoup de souffrances de la part des infirmier(e) dans l’accompagnement des patients entrant dans leurs services pour être euthanasiés, surtout lorsque la décision d’hospitaliser avait été prise sans concertation avec les soignants. La conséquence du passage à l’acte reste pénible pour la majorité, malgré l’aide solidaire de confrères choisis, sinon dûment sélectionnés.

Comment sont pratiquées concrètement les euthanasies autorisées par la loi ?

La variété des actes tels qu’exposés indique probablement une absence d’unicité des pratiques, y compris sur la procédure pharmacologique, laissée à l’appréciation du médecin, alors même que la moitié des procédures sont effectuées par des généralistes au domicile. Il existe des kit d’euthanasie en pharmacie pour la pratique des euthanasies à domicile, ou en maison de retraite. Quand l’acte d’euthanasie a été décidé, une date est fixée, en accord avec le patient. Le patient décide des personnes qu’il souhaite ou non, auprès de lui. Les membres de l’équipe de soins qui le souhaitent, et qui sont acceptés par le patient sont présents. On ne peut obliger un soignant à participer. Le médecin qui a accepté l’acte, doit le réaliser lui même, et rester présent à côté du patient jusqu’au décès. La perfusion peut être placée par l’infirmière, mais c’est le médecin qui injecte les produits parmi lesquels le Dormicum, pour endormir le patient, le Diprivan et le Nimbex. La déclaration de décès est une déclaration de mort ‘naturelle’. Les euthanasies autorisées par la loi sont effectuées soit à domicile soit en milieu hospitalier. Il existe sur le net une "recette" concernant cette euthanasie. Les curarisants préconisés ne sont disponibles qu’en milieu hospitalier. La commission fédérale de contrôle de la loi et les instances professionnelles médicales et pharmaceutiques se sont mises d’accord sur une procédure type. Parfois une infirmière est présente, parfois un autre collègue (le 2ème médecin de la loi parfois) et toujours un proche. Le patient peut interpeller le médecin "vous n’avez pas su me guérir (ou vous avez fait telle erreur), alors vous devez me donner l’euthanasie". Le médecin n’avait pas remis en question cet "ordre" déguisé et s’est engagé à le faire comme pour réparer ses erreurs ou compenser son impuissance. En principe il y a un délai d’un mois, entre la demande et l’euthanasie, mais parfois on va plus vite. C’est le médecin qui juge, en fonction de l’état du malade. Si on a une détresse respiratoire, on n’attend pas un mois, on pratique l’euthanasie dès que possible. Cet acte est parfois pratiqué à la sauvette en exercice libéral, en en parlant à un confrère, notamment dans les maisons de retraite, moins souvent considéré comme problème sérieux que banalisé.

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