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Et si on reparlait du problème majeur de la vie à créer et de la mort à donner ?

Retour à la demande d’aide à l’euthanasie

A propos d’un suicide programmé dans la solitude

samedi 5 avril 2008, par Picospin

Peu de personnes, de journalistes, d’hommes politiques ou de membres de la société civile sinon religieuse ont insisté sur le fait que cette demande d’assistance au suicide n’était pas justifiée uniquement par la douleur mais aussi et surtout par la souffrance provoquée par l’image déformée du visage que le miroir renvoyait à cet être humain défiguré. C’est pour toutes ces raisons et pour en avoir déjà discuté dans ce site que nous nous proposons de revenir sur la question de l’assistance au suicide. Ce problème continue d’agiter une société qui ne sait comment faire pour concilier l’aide à la vie et l’aide à la mort. L’interdit de tuer reste le tabou fondamental de nos sociétés qui ont pour mission de protéger la vie, de la conserver aussi longtemps que possible et de ne jamais en raccourcir le cours.

Opinions d’évêques

Les évêques de France n’ont pas apprécié le débat soulevé par la demande de Chantal Sébire de bénéficier d’une aide active à mourir. Leur président, le cardinal André Vingt-Trois, l’a fait savoir, mardi 1er avril, lors de l’ouverture, à Lourdes, de l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France. "Une récente campagne a été orchestrée, une nouvelle fois, pour faire passer dans l’opinion le sentiment qu’il y aurait urgence à délivrer légalement un permis de disposer de sa vie. En réalité, il s’agirait d’un nouveau permis de disposer de la vie de son prochain, disons-le simplement : d’un permis de tuer", a-t-il déclaré.

A quoi servent les soins palliatifs

"Sournoisement, le travail admirable des équipes de soins palliatifs a été discrédité. Honteusement, des milliers de personnes gravement atteintes ont été soupçonnées de ne pas avoir le courage de la "dignité". Frauduleusement, la requête de reporter la décision de sa mort sur la société a été présentée comme un progrès humain." Or, ajoute l’archevêque de Paris, "la société n’a pas vocation à organiser la mort : ni celle de l’enfant à naître, ni celle du grand malade en phase terminale, ni celle des vieillards en fin de vie".

Lobbying

L’opposition de l’Eglise catholique à l’avortement, à l’euthanasie, aux manipulations génétiques et à la demande d’accorder un statut juridique à l’embryon n’est pas nouvelle. Au moment où se profile à l’horizon la révision des lois sur la bioéthique en 2009, les évêques sont déterminés à faire entendre leur voix comme le suggèrent leurs travaux à Lourdes qui sont consacrée aux moyens d’exercer ce "lobbying" dans la société et auprès des élus. "Si les évêques peuvent aider les parlementaires à une réflexion plus large, dégagée de la pression ambiante, cela peut faire avancer le bien commun", a déclaré Mgr Vingt-Trois, à l’issue d’une session de formation sur "les débuts de la vie humaine", organisée en février pour une soixantaine d’évêques, sur la centaine que compte la Conférence.

Progès de la science

Confrontés aux progrès scientifiques, les évêques doivent "revisiter les principes à partir desquels l’Eglise fonde son point de vue", a dit Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque d’Albi et président de la commission doctrinale de la Conférence.

Qu’en pense la société laïque

L’opportunité de ces prises de parole est débattue au sein même du monde catholique. Selon un sondage Ifop réalisé les 6 et 7 ma rs auprès de 959 personnes, et publié le 22 mars dans La Croix, 65 % des catholiques pratiquants estiment que "les autorités religieuses ne devraient pas prendre position publiquement sur les grands enjeux de société".

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les institutions doivent nécessairement participer au débat sur les grandes questions existentielles de notre société ?

2. Doivent-elles entrainer dans le sillage de leurs avis et opinions, de leurs concepts sinon de leur dogmes les profanes qui peuvent se situer soit parmi les égarés, soit parmi les perplexes, soit parmi les ignorants ?

3. A qui appartient la mission de les instruire, de les éduquer de leur apporter les connaissances nécessaires à construire une opinion objective, rationnelle, débarrassée des scories de l’émotionnel, des croyances, voire des superstitions ?

4. Plutôt que de légiférer "à la française" ne pourrait-on essayer de recourir aux exemples du droit anglais qui traite les problèmes au cas par cas, en faisant intervenir la jurisprudence ?