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Retour d’euthanasie

jeudi 19 avril 2012, par Picospin

Cette fois, une nouvelle lumière nous vient moins des étoiles et du soleil que d’un rapport 2011 présenté par « L’observatoire National sur la Fin de Vie » sous la signature de son Président, le Pr Régis Aubry et du Dr Gérald Kierzek, Urgences Médico-chirurgicales, médico-judiciaires, SMUR Hotel Dieu Cochin. Cette publication vient à point nommé se mêler aux évènements actuels les plus sensibles en France qui mêlent élections présidentielles puis législatives, publication d’un ouvrage sur la santé des Présidents le 10 avril et commentaires variés du grand public sur la mort reçue par les uns, les mourants et celle donnée par les soignants, membres des réseaux des soins palliatifs et qui manifestent toujours autant de réticence à transformer leur mission de médecin, prédestiné à guérir en bourreau réquisitionné pour donner la mort.

Élections

Fallait-il que les combats de chefs, les deux candidats les plus proches de l’élection justifient le dévoilement des opinions, des enquêtes, des réflexions sur l‘art de mourir et incitent à revenir sur un débat qui semble continuer à agiter l’opinion nationale sans doute aiguillonnée par les mesures prises dans le cadre du suicide assisté dans la Confédération helvétique voisine qui attire par cette activité des ressortissants venus de France pour subir une mort programmée inaccessible par d’autres moyens et surtout en d’autres pays comme la France elle-même qui interdit cette opération. Que dit ce rapport attendu par les uns, considéré comme inutile et sans objet pour les autres ou réfuté par les troisièmes ? Entre les candidats qui sont favorables à l’aide active à mourir et ceux qui sont hostiles au moindre changement de la loi Leonetti, qui interdit l’acharnement thérapeutique, Gérald Kierzek, médecin urgentiste, appelle à la fin de vie des débats électoralistes sur l’euthanasie. Le débat sur la légalisation de l’euthanasie vient de refaire brutalement surface à l’occasion de récents coups médiatiques et politiques qui occultent malheureusement et dangereusement la réalité juridique et de nos pratiques médicales sur la fin de vie. Le sujet est trop grave pour céder aux dérives électoralistes clivantes de type droite-gauche. Bien que redondant depuis quelques mois, le sujet reste d’actualité et continue d’intéresser le peuple, peut-être en souvenir de l’hécatombe provoquée par la canicule de 2003 qui avait précipité dans la mort chez et dans la solitude 15.000 personnes âgées, surtout dans la région parisienne qui avait jeté sur les routes des vacances une multitude d’automobilistes plus soucieux de rafraichir leurs corps surchauffés dans mers, océans et mares que de veiller sur la santé de leurs ancêtres.

Débats

A l’approche des élections présidentielles, on assiste à une cristallisation du débat entre la droite et la gauche, sans pour autant qu’il y ait unanimité dans un camp ou dans l’autre. Il y a d’un côté la mesure du candidat socialiste, François Hollande, qui propose de légaliser l’euthanasie et de l’autre, le président sortant, Nicolas Sarkozy, qui a argumenté dans le sens contraire. Doit-on se féliciter que le statut des plus fragiles figure au cœur des débats de la présidentielle, je suis aussi attristé de voir cette question prisonnière du clivage gauche-droite. Il devrait en effet être très consensuel de dire qu’il faut accompagner les personnes dans leur fin de vie en respectant leur dignité, plutôt que de passer à l’acte en levant l’interdit de « tuer ». C’est un mot fort, mais l’euthanasie qui est proposée est quand même un empoisonnement et c’est comme cela que ça se passe déjà aujourd’hui dans certains pays étrangers. J’espère par ailleurs que les décideurs pourront mieux cerner la signification du mot « dignité », qui fait actuellement l’objet d’une guerre des mots. Il faut reprendre les termes qui ont été détournés et oser dire qu’une injection létale est indigne de l’être humain. Le terme d’euthanasie indique qu’il existe des cas où la mort est pour celui qu’elle concerne un bienfait car elle vise à faire cesser la vie d’une personne atteinte d’une maladie grave, généralement incurable et mortelle à brève échéance et qui provoque des souffrances vaines, une dégradation physique et mentale irrémédiable qui constitue pour les proches une souffrance morale intolérable.

Euthanasie : qu’est-ce ?

L’euthanasie est une action ou une omission dont l’intention première vise la mort d’un malade pour supprimer la douleur. L’euthanasie est une mort imposée qui s’oppose à la mort naturelle. L’euthanasie passive concerne le patient qui refuse l’acharnement thérapeutique. Indirectement, le médecin administre des médicaments (sédatifs, anti-douleurs, etc.) dont la conséquence non recherchée est la mort. Le "suicide assisté" (comme celui autorisé en Suisse) est la situation dans laquelle le médecin montre ou propose au patient conscient et en pleines capacités une méthode lui permettant de mettre fin à ses jours le plus sereinement possible. Les pays européens ayant autorisé la dernière forme d’euthanasie l’ont strictement encadrée, avec par exemple aux Pays-Bas les "critères de minutie" demandés par la loi. Au nombre de six, ils sont considérés comme remplis lorsque le médecin : 1. a acquis la conviction que le patient a formulé sa demande librement, de façon mûrement réfléchie et constante ; 2. a acquis la conviction que les souffrances du patient étaient sans perspectives d’amélioration et insupportables ; 3. a informé le patient de sa situation et de ses perspectives ; 4. est parvenu, en concertation avec le patient et compte tenu de la situation de ce dernier, à la conviction qu’aucune autre solution n’était envisageable ; 5. a consulté au moins un autre médecin indépendant qui a examiné le patient et s’est fait une opinion quant aux critères de minutie visés aux alinéas précédents ; 6. a pratiqué l’interruption de la vie avec toute la rigueur médicalement requise.

Défenseurs et adversaires

Les défenseurs de l’euthanasie se réfèrent à la souffrance du malade, à la façon dont sa maladie lui fait perdre une part de sa dignité ou de son autonomie. Ses adversaires récusent le fait qu’il soit possible et acceptable de porter atteinte à la vie parce qu’il constitue une valeur sacrée et partiellement mystérieuse du fait d’une évolution inconnue jusqu’à la fin. Certains juges appelés à se prononcer sur l’argumentaire et les répercussions sur la société de conduites proposées pour aider les suicidants estiment que sa décriminalisation amoindrirait la valeur de la vie contre d’autres qui se demandent quelle valeur il pouvait y avoir dans une vie sans choix de faire ce qu’on veut de sa propre vie. Enfin il fut avancé que les personnes handicapées incapables de mettre fin à leur vie sans assistance seraient discriminées du fait même qu’elles sont privées de choisir le suicide et de la possibilité de se donner la mort. Sans doute, cette solution permettrait-elle à certains de se soustraire radicalement à l’acharnement thérapeutique si bien installé autrefois dans la conscience du corps médical. Les tenants et acteurs des soins palliatifs défendent leur cause avant qu’elle ne soit attaquée. Ils visent à se rassembler autour d’un pôle de référence négatif pour établir et se conforter dans des normes qui définissent le nouveau groupe ainsi créé, son identification et pour asseoir sa place au sein des spécialités médicales, contre bien plus qu’avec le recours éventuel à l’euthanasie lorsque cette dernière s’impose comme ultime recours. Bien plus, cette attitude moins avec que contre s’est imposée en principe fondateur à l’opposé de la banalisation des actes d’euthanasie comme autrefois Hannah Arendt avait parlé de la banalité du mal à propos des camps de la mort nazis.

Professionnalisation

La profession de la médecine palliative a renforcé ses positions en relativisant ses succès plus que ses échecs par rapport à l’euthanasie qui reste une procédure d’exception qu’il n’appartient en aucun cas au monde médical de promouvoir. Jouant sur l’avenir de cette profession, ils sont en situation de se targuer des progrès accomplis dans ce domaine difficile comme le sont les avancées obtenues en réanimation où thérapeutique, pharmacologie, technologie s’unissent pour offrir au malade le meilleur condensé de la science, de la compétence et de l’expérience. C’est par ces progrès permanents, cet entrainement professionnel intensif et continu, l’entrée de ce segment dans le vaste ensemble de la médecine de pointe qu’est obtenue l’optimisation de l’interaction avec le contexte social, moral, politique et celui de l’opinion publique, enfin rassurée sur les nouvelles possibilités offertes aux institutions de veiller sur les plus faibles, les plus âgés pour surtout rassurer une conscience travaillée par la culpabilité de l’abandon des mourants. Une occasion de revendiquer une place spécifique au sein du monde médical.