Ethique Info

Accueil > Culture > Retour de Marciac : un long moment de bonheur

L’invention du jazz : Marciac-Marsalis

Retour de Marciac : un long moment de bonheur

Jusqu’où ira-t-il ?

samedi 8 août 2009, par Picospin

Il est dommage qu’il ne se soit pas produit ou qu’il n’ait pu le faire au sommet d’une des innombrables collines qui ponctuent ce lieu enchanteur mais toujours débordant d’activité à l’instar des orages qui ne cessent de gronder en ces lieux magiques.

Mousquetaires

Peut-être est-ce la raison secrète qui a poussé notre chevalier d’Artagnan à venir y accomplir ses exploits et maintenant à y brasser une bière à faire tourner toutes les têtes, même les plus solides avec ses 8° d’alcool qui terrassent les cerveaux les moins fatigués et diluent dans l’ivresse les idées les mieux construites après avoir été déconstruites selon la formule chère à notre regretté Derrida, autre maitre d’un haut lieu de le pensée, l’EHESS, lisez Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales d’où j’ai eu l’honneur en son temps de sortir diplômé et docteur après l’avoir été des facultés de médecine entourant le « Grand Paris ». Comme chaque année, le jazz a pris place en ces lieux bénis où des percussionnistes et souffleurs en tous genres se sont emparés des diverses estrades mis à leur disposition par une population en délire, prête à les accueillir pour 15 jours de délectation infinie et d’ivresses sonores. L’autre soir, mon dernier en ces lieux d’allégresse, eut lieu une rencontre dans le temps entre le plus moderne des inventeurs de la musique de jazz et l’un de ses pionniers les plus solides, les mieux ancrés dans la terre des ancêtres de la Nouvelle Orléans, Sidney Bechet, pour ne pas le nommer qui a fertilisé la terre de France de ses accents du jazz créole à plusieurs reprises, puisque venu une première fois pour aborder les rives du Vieux Continent, au lendemain de la première guerre mondiale, il y est revenu lors de la deuxième pour y planter le plus solidement et le plus profondément, les racines des arborescences ultérieures des plantations auxquelles travaillèrent d’arrachepied les esclaves noirs d’importation africaine.

Souffleur à St Germain

C’est ainsi que le célèbre musicien et animateur du saxo soprano est venu souffler dans les boites de Saint Germain les accents dramatiques, larmoyants, déchirants émis par les travailleurs de force avant qu’ils ne traduisent en sonorités poignantes et lancinantes la douleur morale et physique de leur condition et de leur position courbée aussi bien physique que morale. Issu d’une famille aisée et mélomane, Sidney Bechet joue de la clarinette dans l’orchestre de son frère puis dans des clubs de la Nouvelle-Orléans. Jusqu’à la fin des années 1920, il évolue dans des formations d’improvisation à trois voix (trompette, trombone et clarinette), joue à dans nombre de capitales européennes pour, à partir de 1930, abandonner la clarinette en faveur du saxophone soprano dont le son plus puissant lui permet de s’imposer comme meneur. C’est à Paris qu’il décide de se fixer mais est forcé de quitter la capitale d’où il est expulsé en 1932 à la suite d’une rixe qui tourne mal. C’est en France que Sidney Bechet devient une vraie vedette après un triomphe au Festival de jazz de Paris de 1949, son mariage sur la Côte d’azur en 1951 et la remise de son disque d’or en 1955 qui font de lui une star adorée du grand public.

Clarinette et saxo soprano

Clarinettiste hors pair, c’est pourtant au saxophone qu’il s’est imposé. Des morceaux comme ’Petite fleur’ et ’Dans les rues d’Antibes’, mêlant blues du Mississipi et pas de danse européens, ont fait du jazz man de la Nouvelle-Orléans un symbole des années 1950. C’est ce lien ténu par la longue durée mais solide par ses implications musicales qui a été évoqué au cours du dernier concert offert par le grand Wynton Marsalis au public médusé et heureux de Marciac. Notre animateur vedette a eu l’élégance de convoquer et de présenter à cette occasion mémorable des musiciens de son entourage, plus aptes que d’autres à évoquer les plus grands moments de l’ère de l’après guerre, lorsque la France détruite était à l’affut des apports étrangers aussi bien au niveau culturel qu’au stade commercial lorsque le plan Marshall a contribué si fortement à la reconstruction d’un pays rasé physiquement, artistiquement et moralement, aidé si intensément par les artistes venus de l’étranger chercher sur le vieux continent ce qui manquait dramatiquement au leur.

Symbiose

A cet égard, la symbiose entre Bechet et son activité à Paris, Antibes, Juan les Pins, les inventions du génial Django Reinhardt et la fondation du festival de Marciac par le Français Guy Lafitte et l’Américain Bill Colman ont puissamment contribué à faire pousser les racines, les feuilles et les « petites fleurs » de Bechet que ce soit d’abord à Paris et sur la Côte d’Azur, plus tard dans les tournesols du Gers.