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Retour d’euthanasie

Retour de l’euthanasie devant la scène politique, religieuse et philosophique et juridique

La vie ou la mort ?

mercredi 11 juin 2014, par Picospin

Pour résoudre ce problème on a convoqué devant le tribunal des témoins de choix dans l’espoir que leur témoignage, leur opinion, leur sentiment profond, intime aideront les jurés à se faire une raison sur les bonnes intentions du docteur qui risque une peine très forte, la prison à perpétuité pour les actes dont il est accusé. On entre par l’exemplarité de ce cas dans le cadre de la justice anglo-saxonne dans laquelle la casuistique compte plus que la loi.

Comment résoudre une énigme ?

Pour résoudre cette énigme, on compte sur les dépositions des experts dont on espère la venue pour qu’ils disent ce qu’ils pensent des agissements du médecin accusé de meurtre plus que d’actes charitables commis sur les personnes de ses malades pris en charge aux douloureux moments de la fin de vie et dont il cherchait à adoucir et abréger les souffrances physiques, psychiques et mentale. C’est ainsi que se présenteront à la barre un médecin représentant l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, un collègue qui avait aidé un jeune paraplégique à mourir, des personnalités appartenant à des cultures où l’euthanasie est autorisée, un ancien ministre de la santé, une députée socialiste qui avait autrefois déclaré être convaincue " convaincue que les intentions du docteur Bonnemaison n’étaient pas celles d’un meurtrier ou d’un empoisonneur mais celles d’un médecin qui a pris des responsabilités qu’il conviendra de juger ".

Une déclaration tonitruante

Cette déclaration précède celle d’un neurologue de l’Hôpital des Papes à Rome qui réclame l’interruption des traitements en fin de vie. « Je trouve absurde et violent que le destin d’une personne qui vit un drame aussi particulier, c’est-à-dire vivre intubée, soit choisi par quelqu’un d’autre, quelqu’un assis derrière un bureau. C’est violent, illogique, irrationnel, illégitime. C’est pour cette raison que nous avons déjà interrompu des traitements. » C’est en ces termes qu’un neurologue a lancé un nouveau pavé dans la mare des discussions sur la fin de vie ou le droit à l’euthanasie. Mais ils sont surprenants et gênants pour une partie de l’Italie. Cet éminent professeur dirige le service SLA d’une polyclinique catholique, l’hôpital des Papes. Dans cette structure conventionnée avec la sécurité sociale italienne, plusieurs souverains pontifes ont été hospitalisés comme Jean Paul II et aussi Benoît XVI. Pour relancer le débat sur la fin de vie et l’euthanasie et faire passer son message, ce neurologue a été interviewé par une association fondée par les familles des patients frappés par la SLA (Sclérose latérale amyotrophique) maladie neurologique dégénérative d’une extrême gravité dont le pronostic incite les médecins à laisser le libre choix aux patients atteints par cette maladie à « choisir si elles veulent vivre branchées à un respirateur ou partir, et dans ce cas nous devons les aider ». Il a ajouté, qu’il s’appuie sur « le code déontologique, les lois et l’éthique et qu’il y a un moment où il faut choisir entre la fin de vie ou la vie artificielle ».

Douleurs et handicap

Durant cet entretien, le neurologue a détaillé le tableau clinique et pronostique de la SLA, ses conséquences dévastatrices sur les patients et les progrès de la médecine durant les vingt dernières années. « La trachéotomie est une thérapie extraordinaire, une pratique non conventionnelle. Certains points doivent être respectés comme le consentement, l’efficacité du traitement qui doit être appropriée d’un point de vue clinique » Il a particulièrement insisté sur la souffrance provoquée par la trachéotomie, un point qui suscite une interrogation précise à son avis d’un point de vue éthique. Faut-il accepter la souffrance à tout prix même en fin de vie et sans espoir de guérison ? On comprend aisément que ces questions soulevées par un spécialiste employé par l’hôpital des Papes suscitent un certain malaise. Et surtout, relancent un débat que les lobbys catholiques tentent régulièrement d’enterrer. Les déclarations du neurologue sur les interruptions de traitement déjà appliquées dans son service ne vont certainement pas passer inaperçues sur le plan légal. Selon les membres des associations pour la vie comme pour certains experts, l’interruption est une façon cachée de pratiquer l’euthanasie, interdite en Italie.

Donner la mort, quelle légitimité ?

L’adéquation aux problèmes posés par la mort donnée continue d’interroger les responsables dont un membre éminent des autorités religieuses catholiques déclare que « les politiciens doivent faire vite pour modifier le cadre législatif. De mon côté, je n’ai pas peur, je choisis le bien du patient et je m’appuie sur le code déontologique et sur l’éthique. » Quelle différence y a-t-il entre un empoisonnement et une euthanasie ? À supposer qu’un empoisonnement soit considéré comme un geste charitable, quelle peine une cour d’assises doit-elle, peut-elle infliger à celui qui l’a commis, quand le Code pénal ne reconnaît pas l’euthanasie mais punit l’homicide volontaire de la réclusion criminelle à perpétuité ? La loi Leonetti admet un droit au « laisser mourir » mais proscrit, comme le serment d’Hippocrate, le geste qui provoque la mort à dessein. La justice reproche à Nicolas Bonnemaison d’avoir agi seul, sans concertation avec les autres médecins, et en dehors de la loi Léonetti sur la fin de vie qui stipule que « le médecin peut prendre le risque d’abréger la vie du patient en lui administrant une dose de soins palliatifs qu’il juge nécessaire à son confort, à condition d’en informer le patient et ses proches en concertation ».

Comment délimiter des frontières ?

« Accompagnement de la fin de vie, euthanasie : où est la frontière ? », interroge Me Dupin qui décrit le docteur Bonnemaison comme un « praticien », tenu de prendre des décisions rapidement. « Ces pratiques ont cours quotidiennement dans les hôpitaux français », soutient l’avocat. Jeudi, la commission médicale de l’établissement a rappelé son attachement au « cadre défini par la loi » dans l’approche de la fin de vie. « Un axe majeur du projet médical de l’hôpital », qui « doit être pensé de façon toujours singulière et collégiale », a tenu à rassurer la commission. Dans une volonté d’apaisement, « les qualités relationnelles et humaines » du docteur incriminé ont aussi été saluées. La législation actuelle est-elle adaptée ou non aux situations humaines et médicales de fin de vie ? Telle sera aussi la question. C’est la stratégie de ses avocats, depuis le début : orienter le débat dans cette direction. Le président actuel du CCNE, sera aussi entendu bien qu’aucun souvenir persiste qu’un président de l’organisme ait jamais été appelé comme témoin dans un procès pour apporter un éclairage d’ordre éthique, malgré le nombre élevé d’euthanasies effectuées en France, dont un grand nombre ne sont pas toujours réalisées à la demande des patients.

Projet à suivre et à conclure

" A l’Élysée, on affirme que " le projet n’est pas du tout abandonné ", sous réserve de trouver le moyen que la volonté du patient puisse être mieux entendue. Sur tous ces sujets, le rapport du CCNE est attendu comme le sont toujours en ces cas les voix capables d’apporter des solutions, de calmer les esprits, de diminuer les culpabilités et de rendre les débats sereins et pacifiés. Devant l’ampleur des problèmes à résoudre, l’intensité des débats dans les consciences et des confrontations idéologiques, tout le monde pense que rien ne presse et que le gouvernement n’a pas tort de prendre son temps pour ne pas heurter des susceptibilités à fleur de peau et d’âme.