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Des démocraties balayées ?

Retour des vieux démons

Pourquoi l’immigrant est-il un ennemi ?

mardi 26 avril 2011, par Picospin

De pays à pays, des distinctions sont impératives pour décrire un phénomène qui mêle la sanction de la classe politique, le rejet de la mondialisation, sinon la peur des conséquences sociales de la crise. Ces mouvements ont en commun deux ennemis : l’Europe et l’étranger.

Invasions

Le premier est, aux yeux de ces « vrais populistes », responsable de l’invasion du second. En période de crise économique, ces mécanismes réactionnaires n’ont rien de très surprenant, dont les exemples fourmillent dans le passé. A tel point que l’esprit court aisément au souvenir des années 1930, avec la peur, aussi mal dissimulée qu’exagérée, de voir des conséquences identiques se répéter à partir de causes différentes. L’échafaudage en perpétuelle construction de l’Union européenne y met beaucoup du sien pour s’attirer les foudres des nouveaux tribuns nationalistes. La crise économique serait-elle la vraie raison de cette flambée que certains n’ont pas hésité à qualifier de national-populiste ? Ou alors l’immigration, dont l’Europe est devenue désormais le premier continent d’accueil ? Ces faits ont certes alimenté un phénomène pourtant plus large, qui doit être analysé comme un repli identitaire au moment où la globalisation produit tous ses effets.

Mondialisation coupable

La liberté des échanges et la libre circulation, l’augmentation de la compétition économique internationale, la redistribution des rapports de forces dans le monde, l’ouverture et donc la vulnérabilité, aux produits, idées et technologies, le vieillissement de la population européenne et les nouveaux équilibres démographiques qui font pencher le curseur vers de nouveaux continents, inquiètent les vieilles démocraties à qui on ne cesse de ressasser par ailleurs qu’elles sont en « déclin ». Sur trois sujets majeurs, la défense de la monnaie unique, l’intervention en Libye et la gestion de la question migratoire, l’Europe est divisée, face à des partis situés plutôt à gauche par leurs propositions, d’un rejet fort des élites, du capitalisme et des « banquiers et des patrons », accusées d’être les artisans d’une mondialisation qui détruit les emplois traditionnels et expose leur pays à des périls qui pourraient être évitables à condition de promouvoir une politique de fermeture des frontières.

Nationalismes

En ce sens ils sont tous nationalistes, au sens le plus exact du terme, magnifiant l’Etat-nation comme le seul véritable rempart contre un prétendu « complot mondialiste », qui vise à l’enrichissement de quelques uns sur le dos des peuples en niant leurs racines et leurs spécificités. Ils manifestent donc un euroscepticisme violent, accusant la construction européenne d’être le « cheval de Troie » de la mondialisation et l’élément le plus destructeur des consciences et des réalités nationales. Ce repli égoïste, largement irréaliste au regard de ce que sont devenus les échanges et l’économie mondiale, plaide pour une fermeture des frontières, l’instauration de droits de douane et souvent la fin de l’Euro. La partie de ping-pong que Paris et Rome jouent depuis quelques jours sur le dos des migrants tunisiens en fournit un nouvel exemple. S’il ne s’agissait pas d’êtres humains, il y aurait dans cette dispute entre un président en mal de satisfactions érotiques et un autre frustré de gloire politique quelque chose de cocasse.

Sur les plages de la mer

Comme ces deux représentants des pays de la Méditerranée discutent moins de solutions appropriées que de moyens de renvoyer des bateaux, de gérer sans les résoudre les questions posées par les répercussions de la révolution tunisienne et du conflit libyen, ils tentent de se « refiler » un bébé qui, fragile et médiocre nageur, risque de tomber dans l’eau salée de la « Mare Nostrum ». Les raisons de ce naufrage collectif tiennent essentiellement à des raisons électoralistes. A Londres, Rome, Paris ou Berlin, il s’agit moins de froisser l’électeur dont dépend la survie politique du gouvernement que la personnalité et la fonction de Catherine Ashton et des gouvernements qui l’ont nommée. Si la peur a changé de camp à Tunis ou au Caire, en Europe, elle gagne du terrain, en dépit de son PIB classé premier dans le monde, de son système de protection sociale, de son cadre juridique, riches en garanties pour les droits de la personne. Ces évidences sont devenues invisibles dans un débat public où règne un étrange aveuglement, incapable pour le moment de faire lâcher prise à un populisme de pacotille susceptible de faire reculer les avancées démocratiques et la Pax Europe ana acquise au prix de beaucoup d’intelligence, de foi, de dévouement et d’abnégation par des hommes à peine sortis de l’horreur pour tenter de s’élever vers des cieux plus cléments d’où avaient surgi les effets « collatéraux » des bombardements intensifs imposés par des ennemis obtus campés sur des positions archaïques.

Des peurs

On aurait tendance à avoir plus peur à Helsinki qu’à Carthage. Comme la question migratoire constitue un enjeu considérable, international par nature, en matière d’immigration, l’angélisme et le populisme sont les meilleurs moyens de ne pas résoudre la question, c’est à dire en réguler les modalités, ce qui impose des contrôles d’un côté de la mer mais exige aussi sur l’autre, d’investir politiquement, économiquement et socialement. L’Union européenne ne fait pas suffisamment la preuve d’une prise de conscience assez pertinente de ce phénomène. Elle ne peut plus se contenter de gérer l’ouverture du continent, mais doit être le moteur de sa promotion dans un monde en pleine accélération. Pour rester crédible, sa piètre communication, ses divisions à l’international et ses disciplines doivent au plus vite être corrigées, ou plus exactement mieux assumées et davantage expliquées.

Inquiétudes et désolation

Elle ne saurait, sans danger, continuer à n’envoyer aux Européens perturbés et inquiets, qu’un seul message « punitif », celui de la rigueur, des économies, de la baisse des salaires et des garanties sociales. Elle doit être le cadre de solidarités plus démonstratives autour d’objectifs ambitieux et réalistes de croissance et de redressement économique. Elle pourrait ainsi adresser un message d’espoir, justifié par les atouts d’une Europe qui garde de puissants leviers d’action sur la scène mondiale, une économie forte, un niveau et une qualité de vie sans équivalent dans le monde développé. Le plan Marshall ne fut pas une œuvre de charité, mais un investissement économique pour les États-Unis, alliant pacification et développement. Un projet, pas un repli.

Questionnement éthique :

1. Comment concilier démocratie et dérive des populismes vers de solutions extrémistes ?

2. Que est le rôle du dépit, de la frustration et de l’abandon de toute confiance dans les gouvernants dans la réaction excessive vers l’extrémisme de droite ?

3. Quelle est la responsabilité dans les chutes des démocraties de ceux qui ne cessent de critiquer la mauvaise gestion de l’état par des gouvernants régulièrement élus dont les capacités sont contestées et l’honnêteté discutée ?