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Est-il jamais parti ?

Retour du cinéma italien

De "Senso" à la reviviscence des sens

mercredi 3 novembre 2010, par Picospin

A ce propos, il est intéressant de remarquer que le vieux film culte de Visconti « Senso » avec la merveilleuse Alida Valli réapparait sur nos écrans sans que personne ne trouve à y redire, simplement parce que cette œuvre rappelle à chaque instant l’intensité des sens retrouvée sur chaque image des metteurs en scène et en images, artistes avant tout et créateurs avant d’être des animateurs de scènes dont on a moins besoin que d’artistes, sinon de virtuoses.

Sens...interdit ?

C’est justement de sens qu’il est question dans cette œuvre cinématographique déroutante par ses outrances, ses contradictions, ses fractures représentées par la société milanaise parvenue à un degré de culture qu’on lui pardonnerait aisément en raison de son gout pour la manière de dresser une table de salle à manger pour des convives habitués aux agapes et éclairés par tableaux et mobilier, tapis et revêtements de sol fastueux mais restant toujours dans les limités de la discrétion. Tel n’est pas le cas des agents qui s’agitent avec leurs passions et leurs tourments dans ces décors milanais où trône la cathédrale d’où l’on apprécie d’autant mieux la musique exceptionnelle de John Adams, immense compositeur américain qui prête à l’opéra naturalisé italien ses sonorités modernes tout en restant confinées et conformes aux œuvres des Puccini, Verdi et autres charmeurs des 19è siècles.

Agitation à l’Opéra

Au milieu des agitations de personnages dévorées par la passion, la caméra cherche désespérément de se frayer un passage qu’elle finit par trouver dans la macrophotographie sortie de l’insecte pour s’arrêter sur le nombril, le mamelon, le grain d’un épiderme, la ride d’un sourcil, le frémissement d’une posture. A l’intérieur de ces rôles pris, affabulés, incarnés dans toute l’acception du terme, les femmes tirent, comme toujours leur épingle du jeu avec un talent, une jouissance, une réalité, une concrétisation bien supérieure à celle des hommes qui initient la passion sans jamais l’accomplir comme sait le faire Tilda Swinton, merveilleuse et grande actrice, parfaite incarnation de la féminité racontée au jour le jour dans ses incarnations successives d’amante et maitresse d’un moment sous les feuillages et les rayons du soleil puis de mère éplorée, culpabilisée et coupable de s’être laissée aller comme elle le fit en en un seul moment d’extase, copie collée de celle qu’elle devait rencontrer plus tard entre les bras d’un cuisinier dont on se demande bien ce qu’il fait là si ce n’est mettre l’eau aux bouches.

Stabilité des repères

Les repères sont nécessaires à la stabilité bien plus qu’aux soubresauts de l’agitation des sens. Sur ces acteurs du drame, puisqu’il y a mort d’homme, cette tragédie mise en musique sous la forme d’un opéra, veillent en permanence la fidélité, la constance, l’immuabilité, signature d’une maison, d’une famille égarée dans sa peine, sa souffrance, ses deuils qui a besoin qu’on travaille sur elle.

Instabilité des sens

Sans ce retour, la vie risque de devenir invivable, au moment où recroquevillée sur elle-même comme escargot dans sa coquille, la prima donna se jette sur le lit vide de son fils après l’avoir fait dans les bras du cuisinier des sentiments métamorphosés en mets amoureusement préparés pour satisfaire l’ego. Une perspective singulière sur des représentations qui ne le sont pas à travers les prismes de la représentation, du visible à l’écran, de la vision des sens et du regard de l’amour….Amore.

Film italien de Luca Guadagnino avec Tilda Swinton, Alba Rohrwacher, Pippo Delbono, Edoardo Gabbriellini. (1 h 58.)

Questionnement éthique :

1. Comment est-il possible de mesurer l’intensité d’un sentiment ou d’une émotion chez l’homme et chez l’animal ?

2. Quel est son degré de fiabilité ?

3. Chez l’homme, l’intensité et les caractéristiques d’une émotion ne peuvent être rapportées que par le souvenir qui en reste. Comme on peut difficilement recourir à un autre moyen d’évaluation que celui rapporté par l’individu concerné et que ce rapport est basé sur la mémoire, n’est-il pas légitime de s’interroger sur la validité de cette présentation ?

4. Comme dans le cadre de l’affectivité, la traduction des sentiments passe nécessairement par l’introspection et le verbe, dont la phase finale passe par une sélection de qualificatifs plus que par une évaluation quantitative. Quelle est la validité et la précision de ces évaluations subjectives ?