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Danseront-ils le sirtaki ?

Retour en Grèce

Quand et comment sous la menace des loups ?

mercredi 15 février 2012, par Picospin

Ces Grecs, jadis inventeurs d’une philosophie de haut niveau, base et fondement de notre pensée occidentale si chère à nos illustres Ministres, reçoivent de toutes parts des critiques d’une extrême dureté et sont victimes d’intrusions multiples dans le management de leurs affaires politiques et économiques de la part d’Européens qui sont loin d’avoir tous revêtu des robes virginales pour se présenter devant leurs juges.

Chiens enragés ?

Si ce comportement de chiens enragés ou de loups en meute est unanimement accepté, c’est que l’on juge le pays déjà condamné, la sentence déjà prononcée et son exécution imminente. Ce comportement met en relief surtout la faiblesse insigne de sa gouvernance et l’état déplorable de son existence. Qui se permettrait autrement de traiter une communauté de plus de 10 millions d’habitants avec autant de morgue, de mépris et de critiques acerbes quand les touristes affluaient en masse sur des îles somptueuses, éclairées par un soleil alléchant et réparateur, intriguées et charmées par des nymphes sortant des ondes de la mer Egée même quand elle se révolte par le meltème, ce vent qui aidait les héros d’Homère à se déplacer de site enchanteur en joyaux étincelants sous le regard tantôt accueillant, tantôt vengeur de Zeus, irrité par le comportement indiscipliné et hostile de ses enfants. C’est cette attitude qui le met dans une colère véhémente et tempétueuse, jetant contre les ilots paradisiaques des navires en détresse à l‘instar des énormes et ridicules embarcations remplies de millions de voyageurs pressés de rencontrer Ithaque, cherchant à s’approcher des bijoux si généreusement offerts mais tout aussi dangereux à l’image des piquants sortis d’oursins accrochés aux rochers. Est-ce que la Grèce est « conduite à la mort », comme l’a dit le compositeur Mikis Theodorakis, qui avait rejoint les manifestants, dimanche 12 février, dans les rues d’Athènes ?

Austérité

Les Européens demandent-ils trop d’austérité au pays ? Voilà maintenant cinq ans qu’il est en récession, faut-il encore continuer dans cette politique « à l’allemande » ? Les députés grecs étaient bel et bien forcés. Mais ensuite ? Une fois l’aide reçue, une fois les élections passées, sans doute gagnées par la Droite nouvelle, où va la Grèce ? Lui est-il possible de retrouver un chemin de croissance ? Lequel et quand ? Exaspérés par les promesses non tenues depuis deux ans, les envoyés de la troïka sont devenus intransigeants. Cette fois-ci, ils veulent mettre le pays dans un corset. Les services du ministère allemand des Finances ont même imaginé une vraie tutelle, un « commissaire à la Grèce » qui serait venu de Bruxelles prendre carrément le pouvoir. Et pour s’assurer du bon remboursement des aides européennes, dont doute si fort l’opinion allemande, il aurait créé immédiatement un compte spécial où tomberaient en priorité les recettes fiscales. Les dépenses pour l’administration grecque n’auraient été satisfaites qu’une fois ce compte spécial rempli. Le problème, ont compris peu à peu les Européens, est la non-existence de l’Etat grec. Les abus, les fraudes, les « niches » sont partout au pays d’Ulysse. La ruse fiscale est une philosophie. Platon et Aristote doivent se retourner dans leur tombe s’ils en ont une ou chercher refuge auprès des déesses accueillantes tout fraichement sorties des eaux ensoleillées et réchauffées par Phébus infatigable. Beaucoup d’argent est arrivé de Bruxelles pour construire des hôpitaux flambant neufs… avec des médecins de piètre qualité. Le pays, qui compte un nombre record de pharmaciens et de docteurs par habitant, dépense 2,4% de son PNB pour une santé médiocre.

Évaluateurs

Cette affirmation mérite d’être évaluée comme on le fait de plus en plus en France qui se prend pour juge et partie dans une Europe où ce pays cherche sans y réussir faire la loi comme autrefois. Les Européens ont exigé de faire la police. Entre autres, ils ont demandé au gouvernement de couper 1 milliard d’euros dans les remboursements de médicaments. Au total, ils veulent ramener les dépenses globales à 1% du PNB … en un an ! Bien évidemment, ce fut impossible. On ne transforme pas un pays comme ça. La santé est une illustration des périls de la médecine européenne. La population reste contre ce qui lui est imposé, elle continue de tricher et les politiciens de même. Comment se permettre de critiquer l’application de la santé publique dans un pays alors que les juges vivent dans un hexagone qui peine à remplir sa surface par une densité médicale appropriée et également répartie des régions riches aux zones les plus pauvres. Cette fois, en échange d’un deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros (des prêts, faut-il le rappeler) et d’un abandon de 100 milliards d’euros de dette par les banques internationales (70% de leur créance), la Grèce a été sommée de prendre de nouvelles mesures d’une austérité sans pareille. Le salaire minimum diminué de 22%, les retraites complémentaires amputées d’un quart, 150.000 emplois supprimés dans la fonction publique en trois ans. Le plan est que le déficit primaire (avant versement des intérêts) repasse en positif cette année, afin de stabiliser la dette puis de commencer à la réduire à partir de 2013 : elle reviendrait de 180% cette année à 120% en 2020. Beaucoup d’économistes considèrent que c’est peine perdue. Après n’avoir « rien compris au problème grec », les Européens augmentent la dose d’une thérapie inadaptée.

Récession attendue

Ils s’obstinent dans la mauvaise direction. La Grèce va connaître une cinquième année de récession. Le chômage concerne la moitié des jeunes et un quart de la population dans son ensemble. Les Grecs ont perdu entre 20 et 50% de leurs revenus. C’est dire, répliquent les médecins bruxellois, combien les Grecs vivaient très largement au dessus de leurs moyens depuis leur entrée dans l’euro. C’est juste. Le Smic est en Grèce de 20% supérieur à celui de l’Espagne et de 35% à celui du Portugal. Il est donc normal de le ramener au niveau de la productivité du pays. La médecine est sévère mais c’est le traitement le mieux adapté à une situation considérée à juste ou injuste titre comme si grave qu’elle nécessite des amputations, des coupes sombres et une réduction drastique des dépenses, même celles concernant les remèdes désormais rendus inefficaces par l’intensité du mal. Sinon, quelle autre solution ? Faire un trait plus large sur les dettes, y compris publiques, pour adoucir l’austérité ou, à tout le moins, raccourcir sa durée. Le pays peut retrouver un semblant de calme, une fois les élections passées. Mais peut-il vivre dix ans sous ce régime sans que les partis populistes ne l’emportent un jour ou sans insurrection ? L’autre possibilité est la sortie de l’euro : le gouvernement revient à la drachme et fait au passage défaut sur toutes ses dettes, il repart de zéro. Les Grecs devraient vivre une baisse encore plus forte de leur niveau de vie mais, sans doute, cette thérapie de choc-là durerait moins longtemps. Le débat sur cette option dramatique et ses conséquences ne va pas se refermer, au contraire. Le jugement est sévère et pessimiste. Peut-être, notre journaliste a-t-il raison de jouer aux apprentis sorciers avant d’aller se reposer auprès des jolies nymphes chantant le sirtaki ?

Slate