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Retour et recentrage des ainés

mercredi 14 avril 2010, par Picospin

Comme en France rares sont ceux qui se portent candidats à une prolongation du tempe de travail, le gouvernement est aux abois qui est décidé à régler l’épineux problème des retraites dans un laps de temps assez court pour ne pas engendrer de la part de la population une hostilité sinon une révolte susceptible de compromettre durablement les chances de réélection du parti du Président. L’opposition a senti venir le vent.

Une vie bonne

Elle a fait siennes les déclarations lénifiantes sur les avantages de la vie à la française. Elle a réussi à augmenter significativement les chances de survie dans de bonnes conditions d’une majorité de Français. Dans cette course à la longue vie, les femmes jouent le rôle le plus important face à des hommes qui respectent moins fidèlement les consignes du gouvernement. La retraite se doit d’être heureuse sinon longue en raison de la surveillance rigoureuse et rapprochée dont ils sont l’objet et malgré quelques couacs inévitables dans l’histoire de la médecine de ces dernières années. N’oublions pas les difficultés à organiser correctement la vaccination contre la grippe A. Si elle fut initiée par l’OMS, elle fut appliquée du bout des lèvres et dans la plus totale incohérence par les autorités chargées de l’organisation de la prévention. Oublions entre temps le fameux principe de précaution dont tout le monde a la bouche pleine. Il constitue un parachute de qualité qui maintient en l’air la plupart des décisions, de entreprises de recherche, des projets scientifiques.

Abri

Elle constitue un fabuleux abri contre l’initiative derrière lequel se cachent ceux qui préfèrent dormir et rêver. Par ces temps de froid, mieux vaut s’enfouir dans les édredons que de rester au contact des paillasses susceptibles de résoudre les énigmes de demain. Qui a pris la plume ou l’ordinateur pour communiquer ainsi : Martine Aubry qui a saisi ou à laquelle on a fait saisir l’opportunité, la chance de sauter à pieds joints sur une occasion unique de rebondir face à la passivité, à la langueur au peu d’enthousiasme pour la marche en avant d’une frange importante de la société qui aurait besoin de se reposer après les efforts intenses, prolongés et parfois violents qu’elle aurait accomplis pour participer à l’effort de survie commun de la nation. De fardeau, les seniors, noble attribut sont devenus le « soutien de la société », …un atout et une nouvelle façon dynamique de concevoir l’existence à l’autre extrémité de la vie. Derrière ces vues futuristes, nécessairement optimistes, se dessine un projet de vie plus actif, d’insertion plus optimiste dans une société qui ne saurait céder au découragement mais qui se doit de faire face aux difficultés. Après tout, ces dernières ne sont pas constamment aussi rédhibitoires que certains veulent bien le dire.

Retour à la surface

La France, comme nombre de pays européens décimés, écrasés, anéantis par les conflits successifs et rapprochés a préféré redresser son échine courbée ou tordue pour refaire surface. Elle a offert un tuteur aux colonnes déformées par le temps et l’érosion, placé des béquilles pour soutenir la marche en avant et accéléré un moteur bien fatigué après les effusions de sang qui ont vidé les corps meurtris de deux générations vouées à la guerre, à la mort, aux blessures encore ouvertes, aux cicatrices indélébiles et aux traumatismes psychiques. Toute cette panoplie de lésions, de plaies béantes, a laissé des séquelles encore vivantes, des souvenirs incorporés et des mémoires qui continuent d’agir sur le vouloir vivre et compromettent les chances de reprendre goût à la vie, à l’effort, à l’activité, à recharger des batteries vidées de leur plomb ou de leur lithium. Pour compenser ce qui s’était décompensé au fil du temps, les gouvernants souhaitent remettre les seniors au centre de leur dispositif de maintien et de croissance de la société. C’est dans ce sens que l’on devine les nouvelles tendances d’un parti rénové qui cherche à déplacer les valeurs pour ne pas condamner à l’inactivité, au chômage et à l’aboulie tous ceux que la roue de la vie conduit à l’inactivité, à l’immobilisme, à la stagnation, facteur de sclérose, d’oisiveté et d’inertie.

Adoucir, ralentir, ritualiser ?

Adoucir, ralentir, adapter qualité et « vitesse » de vie aux capacités des êtres humains dont on n’oublie trop souvent qu’il s’agit moins de machines performantes que « d’artistes de l’existence ». Prenant plus nettement et plus radicalement position en faveur des éléments les plus fiables de la population, comparés aux plus jeunes, réacteurs de violence plus que d’efficacité, les nouvelles propositions se dirigent vers une exigence de douceur et de lenteur, de soin plus que de fouets, de bien être et de joie de vivre plus que de rugosité, de solidarité réconfortante plutôt que d’expulsion des ainés du monde des vivants. Le programme est séduisant, le projet radieux à condition d’être crédible, de pouvoir être soutenu par des finances et une économie saines et une société « réhumanisée » puisant son sens dans la structure et le but de la vie plutôt que dans un écoulement passif du temps qui remplace les âmes et les corps par une horloge ou un sablier.