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Les clés d’un mystère

Retour sur l’affaire Lambert

A quel saint se vouer ?

mercredi 17 juin 2015, par Picospin

Au pied de son lit, des batailles ont lieu qui opposent ses parents les plus proches dans l’attente d’une décision confiée à des juridictions, des spécialistes de la spiritualité et les plus hautes autorités des états. Les enjeux tournent autour de la vie et de la mort.

Acharnement

Ils sont à la mesure de l’acharnement montré par les uns et les autres pour se disputer les modalités de la fin de vie d’un être humain qui pose plus de questions à ceux et celles qui lui survivent que ne sont capables de résoudre des corps constitués appelés à son chevet pour décider de son sort. Ce dernier est parvenu à une extrémité au-delà de laquelle persistent les mystères de son état de conscience, de l’ampleur de ses lésions neurologiques et de l’impossible bilan des réactivités de sa conscience. Dans les stratagèmes utilisés par certains membres de sa famille on est allé jusqu’à mimer des comportements normaux envers l’écosystème de sa vie. On a pris des photographies de son visage dont l’apparence simulait des réactions normales au discours de ses interlocuteurs.

Une illusion ?

Cette relation donnerait l’illusion d’un comportement normal en face d’une sollicitation venue d’ailleurs. Son objectivation à l’aide de photographies permettrait de considérer son comportement comme s’approchant d’un rapport en cours de normalisation avec le monde extérieur. Munis de cette documentation, les parents du patient se sont arrogés le droit de disposer de la « personne » de leur fils comme d’une personne normale ou proche de l’être sinon de le devenir dans la perspective d’un retour à la vie relationnelle à défaut de l’être ou de le devenir sous l’influence de forces spirituelles. Leur puissance état inconnue, voire illimitée, il ne leur semblait pas aberrant d’en espérer des retours inattendus à une normalité, une validité, voire une validité susceptible d’être entérinée par les plus hautes instances du droit.

Ouverture d’un 2è front

Les parents de Vincent Lambert n’ont jamais fait mystère de leur intention de tenter tout ce qui était en leur pouvoir pour éviter l’arrêt des traitements de leur fils. Ils ont ouvert un front médiatique avec une vidéo le montrant sur son lit d’hôpital, images qui ont suscité ou ressuscité le débat. Ils ont, aussi, sur le front juridique, lancé une procédure parallèle à celle engagée auprès de la Cour européenne des droits de l’homme qui vient d’autoriser l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielles du jeune homme en état végétatif. Les avocats de Pierre et Viviane Lambert estiment que l’établissement n’a " aucun droit de retenir un patient " et réclament son accueil dans une unité spécialisée pour les patients en état végétatif chronique et paucirelationnels, comme la maison de santé Amreso-Bethel à Oberhausbergen, près de Strasbourg.

Un droit ?

Pour faire valoir leur demande en droit, les parents soulèvent la question de fond par laquelle il est demandé de savoir qui a la capacité de représenter Vincent Lambert, puisqu’il ne peut (plus) donner son avis ? " Nous allons invoquer une vieille jurisprudence de la Cour de cassation de 1955 et faire valoir que Pierre et Viviane Lambert, ainsi que son demi-frère David, sont désormais les trois protecteurs naturels de Vincent dans la mesure où son épouse Rachel est partie refaire sa vie en Belgique depuis deux ans et ne s’occupe plus de lui ", explique l’avocat des parents. Est-ce une manière de délégitimer la conviction et les actions tentées par cette personne et d’une certaine manière la justification de sa position morale en faveur de son époux ?

Abandonné ?

Ce dernier serait « abandonné » sous le prétexte que les liens matrimoniaux, voire affectifs qui l’avaient lié à son épouse auraient été automatiquement rompus du fait de son attitude contraire aux usages avec une personne ayant perdu au moins une part non négligeable de sa présence au monde. On ne sait si cette affaire qui a pris un aspect plus juridique que médical et en tout cas moins humain servira de thème d’’enseignement dans les facultés de droit, de médecine ou de philosophie. Pour le moins, elle pourrait être servir de jurisprudence au cas où d’autres situations aussi exceptionnelles seraient soumises à la réflexion et au jugement des autorités compétentes.
On ne sait pour l’instant qui elles désignent.