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Retour sur la fin de vie et les modalités du mourir

lundi 23 juillet 2012, par Picospin

Il se trouve qu’une loi dans ce domaine existe qui avait été autrefois proposée par un député de la majorité politique précédente et dont la rédaction et les premières modalités d’application avaient plutôt recueilli une opinion favorable de la part d’une majorité de Français. Cette approbation ne signifie nullement qu’elle puisse être étendue universellement et que probablement des adaptations, voire des correctifs méritent d’être apportées en fonction des conditions culturelles, religieuses, philosophiques et politiques de l’ensemble de la nation concernée.

La liberté comme valeur

L’auteur de l’article rédigé à ce sujet et publié dans le quotidien « Le Monde » s’appuie sur la valeur de la liberté pour justifier son approbation de la Loi Leonetti, compromis intelligent entre des positions extrêmes qui doivent être conciliées pour le bien-être du vivre ensemble et l’obtention d’un certain degré de sérénité sur les questions fondamentales associées à l’obligation du mourir et à la manière ont est envisagée a réalisation pratique. Le rédacteur de l’article en question s’appuie aussi et surtout sur la nécessité absolue de réaliser l’objectif premier des soins palliatifs qui consiste à calmer la douleur, objectif principal sinon absolu des soins palliatifs dont par ailleurs tout le monde déplore la faiblesse des moyens mis à leur disposition et en particulier l’insuffisance des moyens budgétaires nécessaires et suffisants pour être en mesure de pratiquer une médecine palliative de qualité partout et à n’importe quel moment. Notre auteur, professeur de Médecine, s’en prend aux lobbys religieux susceptibles de s’opposer à l’interdiction absolue du meurtre, par ailleurs réalisé sur une large échelle dans d’autres circonstances plus triviales dans nombre de pays, de communautés, de législations où la liberté individuelle, le choix personnel ne sont ni respectés ni approuvés pas plus que l’est la caractère sacré de la vie foulé officiellement au pied par les condamnations à mort.

Inégalités

Il s’en prend à l’inégalité des choix de vie et de mort même en France où la liberté de solliciter l’assistance au suicide n’est permise qu’aux plus nantis, tous ceux qui ont la possibilité et le loisir de se rendre à l’étranger pour y bénéficier des lois locales concernant le choix de leurs propres modalités de fin de vie. Peut-être est-il allé trop loin dans la sémantique lorsqu’il confond déchéance et dignité, importance des souhaits anticipés, allusion à la fraternité et à son devoir de soulager le malade incurable à tout prix, y compris celui de l’assistance au suicide malgré la réticence de certains médecins à aider à sa réalisation. Cette assistance constitue bien la pierre d’achoppement de l’aide au mourir et la question essentielle de son application. Aucun médecin digne de ce nom ne saurait se dérober au devoir catégorique d’apporte ses soins à un malade. En revanche tout le monde comprend que des refus voire des freins puissent être ressentis au moment où l’acte de donner la mort repose sur les seules épaules fragilisées d’un médecin pris en otage entre son métier de soignant et celui, radicalement opposé, de donner la mort même si cet acte a reçu l’aval des représentants de la profession médicale et de ceux de la loi.

Oxymore ?

S’agit-il dans cette conjoncture d’un oxymore où il serait exigé de la part du soignant de se muer instantanément en bourreau, cet officier de police investi au nom des lois de la nation de déclencher le processus combien irréversible de la mort pour une personne qui, loin de la mériter, a cherché désespérément de lui échapper. Devant cette aporie, quelles solutions proposer sinon celles de former les médecins à s’occuper autant de la mort que de la vie, ultime contradiction d’une profession difficile, complexe, où la vérité a le plus grand mal à se faire jour et qui ne cesse de poser à l’individu investi de cette responsabilité une responsabilité en perpétuelle évolution après des pesées quotidiennes entre bien et mal qui creusent les rides, ôtent le sommeil et envahissent de perplexité les agents d’une profession qui a de plus en plus de mal de procéder aux choix adaptés, aux solutions les moins agressives et les mois risquées pour parvenir avec le malade à un accord aussi satisfaisant pour l’éthique de l’un que pour la morale de l’autre.

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