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Retours de flammes

samedi 1er septembre 2012, par Picospin

En chemin, elles ont abandonné quelques véhicules délabrés, brûlé quelques feux déjà rougis par la honte mais insuffisamment incandescents pour mettre le feu à un environnement encore indifférent aux mouvements des populations, aux gaz échappés et à la surveillance des radars attrapant souris comme chats en goguette.

La crise

Sur le bord des routes, les peuples frappés de plein fouet par la fameuse crise qui abat les pauvres, gratifie les riches et glorifie les puissants s’écartent avec déférence pour laisser passer les convois de la victoire, ceux qui ont bénéficié des amortisseurs sociaux garantissant la protection sociale, le bien-être sinon la joie de vivre absente des préoccupations des dirigeants du passé. A ceux du présent et de l’avenir à d’endosser les responsabilités, à payer pour un arriéré accumulé pendant 5 ans qui freine les velléités de préparer des lendemains qui chantent pour les générations qui ont grandi - trop vite ? - mais peinent à s’insérer dans la société du logos, de la parole perdue, aujourd’hui à peine esquissée du bout de lèvres qui n’osent plus s’ouvrir pour énoncer ses projets, sa flamme vacillante et ses angoisses. Pourtant, les conditions de la reprise ne justifient ni pessimisme, ni mélancolie, encore moins de nostalgie.

La cité

La cité, écornée par des années de rumeurs insensées, de paroles mal maitrisées et libres de contrôle, retrouve des couleurs, moins tricolores que vivaces, agitées d’incantations à la gloire du sport national, enrichi en médailles d’or brillant au firmament du culte du corps bien plus que celui de l’esprit. Tout au moins, ce dernier a-t-il réussi à montrer puis à démontrer qu’une voiture japonaise dont les éléments sont assemblés dans l’hexagone et les accessoires fabriqués à l’intérieur de ses limites est apte à revendiquer le terme flatteur de made in France avec plus de chances de succès que des automobiles authentiquement françaises qui, elles, ont l’inconvénient et le malheur d’être fabriquées en terre étrangère. L’activité avait été si intense autrefois qu’après cette longue période d’agitation, de fièvre et de transports, de mots sans suite, d’adresses incongrues, le calme qui la suit inquiète, interroge et finit par faire douter. Il faut agir, maintenir un cap, n’importe lequel pourvu qu’il mène quelque part ou nulle part. l’habitude avait été prise des interventions à répétition, des invectives, des adresses ambiguës, des ricanements sournois des sous-entendus interrogateurs.

Fables

L’affabulation, le bouche à oreille le cédaient en permanence au muthos, disqualifié du point de vue du vrai dans son contraste avec logos, multiforme comme Protée et désignant des réalités aussi diverses que les anciennes théogonies et les nouvelles cosmogonies, à l’heure où l’espace est reconquis par les hautes technologies des vaisseaux spatiaux imaginés ailleurs mais pourvus de lentilles made in France pour la plus grande joie des habitants de ce pays, autorisé par ce biais à participer à la gigantesque aventure de l’exploration du cosmos. Le muthos se propage moins comme une forme particulière de pensée que comme l’ensemble de ce que véhicule et diffuse, au hasard des contacts, des rencontres, des conversations cette puissance sans visage, anonyme, insaisissable qu’autrefois Platon nommait Phèmè, la rumeur.

Quelles intentions ?

Aussitôt dit, aussitôt fait, les intentions suffisaient à faire et à défaire successivement ou en même temps ce que désirait le peuple, au hasard de ses caprices, de ses désirs du moment ou de ses aspirations voilées. De la sorte l’action se dédoublait à chaque instant pour une phase de construction sans plan ni réel projet suivie de la déconstruction du même. L’illusion était parfaite, de se regarder dans un miroir renvoyant ces deux images pour en définitive n’en faire qu’une et au final aucune. Après cet entrainement régulier des esprits et des convictions, l’idée d’appliquer un seul plan donnait le vertige, tant on le voyait sauter dans le vide sans parachute et s’y perdre près du néant. Heidegger a fait souvent référence à l’être humain pour la mort. Pourrait on espérer qu’il le devienne pour la vie. A condition d’y croire et de tout mettre en œuvre pour qu’il y parvienne.