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Rififi post électoral

vendredi 22 juin 2012, par Picospin

L’ambiance n’est pas meilleure du côté de l’élément mâle si l’on se rapporte aux batailles souvent coriaces entre prétendants aux couronnes disponibles entre Tontons flingueurs " à l’UMP. La victime du 20 juin a été François Fillon, qui voit Christian Jacob, proche de son rival Jean-François Copé, accéder à la présidence du groupe à l’Assemblée. M. Jacob qui aime citer Audiard : " Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche.

Politiques locales

Pendant ce temps, dans les Hauts-de-Seine, les élus UMP se demandent comment régler son compte à Patrick Devedjian. Son crime est de n’avoir pas licencié, en 2009, sa directrice de cabinet, Marie-Célie Guillaume, comme le lui avait demandé Nicolas Sarkozy. Cette jeune femme a publié le 14 juin un roman à clés fortement médiatisé, Le Monarque, son fils, son fief, qui a déclenché la fureur de l’ancien président. Autre ouvrage polémique, celui de l’ancienne ministre Roselyne Bachelot, qui classe ses déplacements de campagne avec M. Sarkozy parmi ses mauvais souvenirs, et critique sa dérive droitière. De l’autre côté malgré la satisfaction discrète dont fait preuve la sagesse d’un Président à l’opposé des tics et agitations exacerbées de son prédécesseur, une certaine effervescence règne au sujet des dérapages incontrôlés de personnes accédant à une certaine forme de pouvoir aussi provisoire que peut l’être l’incandescence qui prélude aux feux de la passion même si elle touche des quinquagénaires parvenus au faite de la gloire, de la respectabilité, des prérogatives et de la réussite, du moins dans l’attente des effets de cette dernière. Quant à une autre représentante du genre féminin, elle est encore plus coriace que les autres et ne laisse rien passer sous le masque enjoué et bienveillant d’une ancienne Ministre de la Santé qui voulait préserver celle des Français au point de prévoir pour chacun d’eux des doses si considérables de vaccin antigrippal qu’une partie des stocks accumulés a du être revendue à la Principauté de Monaco qui n’en avait nul besoin ou quelques émirats du golfe persique dont le PIB suffisait largement à combler un déficit inexistant et à assurer aux enfants du désert des doses de vaccin suffisantes pour le poids d’un éléphant.

Des vaccins par milliers

Je lui laisse la parole dans ses mémoires d’où l’on peut extraire des jugements sur son entourage dont je laisse l’initiative de la critique. Le président monopolise la parole, alors que le moment est venu de laisser les gens s’exprimer, rapporte-t-elle. Nicolas Sarkozy ne voit pas que ces gens ont apporté de nombreux petits papiers sur lesquels des questions sont griffonnées. Ils repartiront sans avoir pu les poser. (...) Tout au long du quinquennat, j’ai pu mesurer l’influence néfaste des communicants, qui ont transformé les visites prétendument de terrain en des simulacres de rencontres aseptisées (...) dont toute spontanéité est évacuée, toute aspérité gommée. Alors que les militants UMP font la claque à la sortie (...), les habitants du lieu sont maintenus à distance (...). De l’art et de la manière de transformer un citoyen bienveillant en antisarkozyste prêt à mordre. " A longueur de pages, l’ancienne ministre relève les erreurs politiques de son candidat. " Je ne suis pas de ceux qui taxent systématiquement d’homophobes ceux qui refusent le mariage homosexuel, mais je ne supporte pas les argumentations faussement compassionnelles. " Sur ce sujet, la phrase de M. Sarkozy : " Je comprends les douleurs et je ne veux pas les stigmatiser " la fait bondir. " Je ne vois pas en quoi le fait d’être homosexuel constitue en soi un malheur ", s’offusque-t-elle." Pyromane "" Maladie ", " incendie " sont les métaphores utilisées par Mme Bachelot pour décrire la droitisation de la campagne de M. Sarkozy. Elle rappelle les mots de Claude Guéant : " Toutes les civilisations ne se valent pas. " " Prend-il la mesure des conséquences néfastes de ce type de déclaration pour la réélection du président ? C’est un pyromane qu’il faut faire taire ". Je suis persuadée que notre pays aspire à l’apaisement et à la réconciliation. Ce n’est pas la voie qu’a choisie mon champion. "

Un trio mal inspiré

En cause, écrit-elle, le " trio mal inspiré " M. Guéant, Emmanuelle Mignon et Patrick Buisson, à l’origine d’une stratégie de division qu’elle considère comme " une faute sur le fond et une erreur sur la forme. Au passage, si vous voulez démasquer le véritable visage et les opinions de ce dernier, il n’est que de revoir le documentaire qu’il a produit sur la reconstruction de la France après le désastre de 1940. On y remarque ses citations mielleuses et plutôt laudatives sur les attitudes des Français et de Françaises pendant l’occupation au moment où le pays esquissait ses velléités de redressement moral, technologique et physique pendant que d’autres, moins courageux et inconscients de la réelle situation du pays se lovaient dans les bras et l’esprit de l’occupant d’alors, heureux de cette aubaine. Ces querelles de clochers, minuscules piaillements d’oiseaux dans un monde d’adulte, ne font que mettre d’autant plus en évidence l’arrivée sur le terrain de l’aide aux autres, de la mise à disposition par sympathie d’un soutien aux malheurs des plus vulnérables d’une nouvelle éthique, celle du « care », venue d’Angleterre et transportée en langue anglaise pour répondre de manière particularisée aux besoins d’une personne. Cette approche de l’éthique implique que la réponse aux besoins spécifiques de l’autre passe par un raisonnement contextuel et narratif plus que par l’application homogène de principes universels. Elle souligne aussi l’engagement du soignant et de l’entourage qui se sentent responsables de cette personne.

Arrivée du féminin

Cette initiative surgit au milieu de la querelle des philosophes dramatisée par Carol Gilligan, initiatrice de la révolution féminine consistant à opposer à l’éthique de la justice une autre forme de relation et de lien causal incarnée par la sollicitude. Pour aller plus loin, d’aucuns ont proposé de rapprocher l’un de l’autre les deux aspects de la justice et de la sollicitude pour en tirer le bien-être d’autrui, devenu par cette métamorphose une approche déontologique. Hegel s’oppose à l’universalisme abstrait de la justice tel qu’il s’exprime dans les approches individualistes de la modernité, dans le droit rationnel et dans l’éthique de l’obligation de Kant. Dès lors, le rapprochement proposé entre justice et benevolence rappelle la querelle, redevenue actuelle entre utilitarisme et déontologie. Pour rester dans le cadre serré de la discussion théorique d’où les applications pratiques conservent et créent leur propre rôle, on s’empresse de faire exploser les limites d’une éthique de la conviction qui exclut des fondations morales, comme irrecevable, toute orientation adoptée en fonction des conséquences. Cette voie serait trop dangereuse pour être suivie sans pause ni réflexion appropriée d’autant plus que la prudence minimale conseille d’éviter tout ralliement à une perspective purement conséquencialiste, tant il importe de ne pas limiter les droits et libertés fondamentaux des individus à des considérations d’utilité générale. C’est ainsi qu’a pu se construire une relation dissymétrique tenant compte du danger réel d’un aidant s’arrogeant le droit de définir les besoins de l’autre et que la préoccupation et le soin éventuel à assurer consécutivement à une personne dans le but de se sentir bien.

La rationalité peut-elle engendrer la violence ?

Qui pensait que cette relation asymétrique pouvait être mieux remplie par une femme que par un homme ? C’est bien la réponse à cette question unique mais fondamentale qu’il importe de creuser an profondeur devant le surgissement de nouveaux rapports de rationalité, d’affects et d’équilibre entre l’ancien maitre du monde, revendiquant sa position en tant que mâle et le nouvel équilibre en train de se mettre en place dans la cité.

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