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Elections américaines

Rôle et place de la Religion aux Etats-Unis

Une étude sociologique à propos des religions

mardi 5 février 2008, par Picospin

Et tout cela pour la quête de l’Amérique qui a du le fasciner au point de consentir au sacrifice d’un si long voyage en vue d’un si bref séjour. Imaginez : 9 mois seulement, certes bien remplis puisque accompagnés de mondanités, de rencontres, d’invitations, de causeries agréables, de présentations officielles d’où notre héros du moment tire des renseignements décisifs sur les mœurs, les usages, l’esprit et le caractère d’une nation.

Des notes

Cet enseignement, il le notera intégralement et fort intelligemment sur des carnets chronologiques et alphabétiques portatifs classés par thèmes dont il identifiera l’interlocuteur sous forme d’un portrait hâtivement et grossièrement esquissé. Et les thèmes ? Quels peuvent-ils bien être qui intéressent à ce point ce navigateur inexpérimenté dans les voyages en bateau mais très connaisseur dans de nombreux domaines comme la politique, la démocratie, la révolution, le droit, l’administration. Parmi ces thèmes, il en est un qui le passionne : c’est celui de la religion à l’américaine dont l’organisation, les croyances, les rituels, la philosophie sont si différents de ceux que l’on peut constater dans la vieille Europe en général et en France en particulier. Comment la voit-il dans ce pays lointain à la surface incommensurable qu’il a pourtant l’occasion de parcourir dans nombre de ses recoins, de New York à la Nouvelle Orléans, d’est en ouest et du sud jusqu’aux confins du Canada. Pour lui, les immigrants américains ont apporté dans le nouveau monde un christianisme démocratique et républicain. Qu’est-ce à dire ? Sinon que dès le début, politique et religion se trouvèrent d’accord même au moment où l’Irlande a déversé sur le territoire américain une population catholique qui forme la classe la plus républicaine et la plus démocratique.

Depuis l’Irlande

Ces caractéristiques sont liées aux fortes affinités pour l’égalité des conditions parce que dans cette religion, le prêtre s’élève seul au-dessus des fidèles, tous égaux au-dessous de lui qu’il s’agisse du savant, de l’ignorant, du génie ou du vulgaire. S’il y a une multitude de sectes, qui diffèrent par le culte qu’il faut rendre au Créateur, toutes s’entendent sur les devoirs des hommes les uns envers les autres. Ce qui importe à la société c’est moins que tous les hommes professent la vraie religion mais qu’ils en professent une, d’autant plus qu’ils confondent christianisme et liberté. Que faire dans ces conditions d’un peuple maître de lui-même s’il n’est pas soumis à Dieu ? Lorsqu’une religion ne cherche à fonder son empire que sur le désir d’immortalité, elle peut viser à l’universalité. Mais quand elle s’allie à un gouvernement, à un pouvoir politique, elle augmente sa puissance sur quelques-uns et perd l’espérance de régner sur tous. Qu’en est-il de ces questions, plus de 150 ans plus tard, à la veille d’une confrontation politique entre démocrates et républicains pour la conquête de la présidence des Etats-Unis ? Les valeurs morales traditionnelles y restent prédominantes, surtout dans les états où l’évangélisme prédomine.

Morale et démocratie

L’héritage du parlementarisme anglais a eu des effets durables sur les présidents américains qui prêtent serment sur la Bible ce qui n’est ni obligatoire ni surtout inscrit dans la constitution. Le financement public à toute Eglise a été interdit pour favoriser le pluralisme religieux. On propose de corriger la constitution pour omettre toute référence à Dieu et d’un autre côté de supprimer celle qui se réfère aux Lumières qui serait inspirée par des impies, des agnostiques ou des déistes. Pourquoi ne pas profiter de toutes ces occasions pour promouvoir un Grand Architecte de l’Univers qui donne aux hommes la vie, la liberté et autorise la recherche du bonheur. La seule source du pouvoir vient du consentement des gouvernés. Les préférences des électeurs ne sont pas partout les mêmes. Il suffit de s’éloigner du centre du pays, du sud et du Middle West pour s’approcher des états de la côte est ou de la Californie pour que l’intérêt des électeurs quitte les préoccupations religieuses au profit des préoccupations normales pour tout citoyen quel que soit son origine : l’économie, la protection sociale, l’immigration.

Des banderoles et la Cour Suprême

Si, dans les états du sud, les Républicains sous la banderole des Nixon, Reagan ou Bush obtenaient les suffrages des blancs sudistes, il en fut de même du dernier démocrate élu sur ce territoire : Jimmy Carter, chrétien régénéré, baptiste, qui eut l’outrecuidance de vouloir arrêter l’exemption fiscale accordée aux écoles confessionnelles pour enfants des classes blanches moyennes. Ce que la droite déteste par-dessus tout, c’est la Cour Suprême, antre de juges progressistes qui osent invalider la loi sur l’imposition de la prière à l’école et interdisent les citations de la Bible et les prières inaugurant les matchs de foot et la remise solennelles des diplômes. Pire, ( !) cette Cour reconnaît le droit à la contraception, à l’avortement. A mesure que les votes des primaires se déplacent vers l’ouest et le nord-est le poids des votes religieux s’allège au profit d’électeurs modérés qui sont loin de vouloir rendre la nation au Christ et de créer une théo-démocratie capable d’éteindre l’héritage des lumières pour promouvoir la fondation de « l’irreligion », équivalent d’une constitution sans dieu.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que l’antagonisme passé entre la France et les Etats-Unis est susceptible de provenir de l’opposition radicale entre la laïcité de la première et la tendance religieuse dans la seconde ?

2. est-ce que l’origine du peuplement américain par des Européens chassés de leurs terres pour des raisons économiques mais aussi religieuses peut à lui seul rendre compte de l’attachement de cette nation à la pratique de la religion ?

3. Est-ce que ces différences d’attitudes envers les religions sont capables d’expliquer les conflits de programmes d’enseignement scolaire entre créationnisme et darwinisme ?

4. Comment comprendre l’admiration à peine déguisée de Tocqueville pour le fonctionnement de la démocratie et le scepticisme développé actuellement en France à l’égard de la politique américaine dans le monde ?


Sources :
Tocqueville : De la démocratie en Amérique. Bouquins Robert Laffont, Paris : 1986
Bourcier N. Dieu, la grande question américaine. Le Monde : 3.2.08.

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