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Sacré ADN ou l’ADN est-il sacré ?

samedi 13 octobre 2007, par Picospin

Toujours mystérieuse pour un grand nombre d’entre nous, la molécule appelée ADN qui signifie Acide Désoxyribo-Nucléique fait toujours couler beaucoup d’encre sinon de salive. Sa notoriété vient de son utilisation élargie depuis qu’une personnalité politique l’a placée au centre d’une discussion animée sur le problème de l’immigration.

Transmissions

De simple transmetteur biologique de l’hérédité, il a gravi tous les échelons de la renommée, de la notoriété, de la célébrité et de la médiatisation pour s’installer confortablement au sommet de la hiérarchie scientifique, éthique sinon héréditaire d’où il contemple avec satisfaction, délectation et fierté le rôle majestueux qui lui est confié par les milieux politiques, scientifiques, juridiques ou administratifs du pays. Si aucun Président ne lui a confié une mission importante à l’instar de celles dévolues en toute amitié et confiance à diverses personnalités issues de l’opposition plus que de la majorité, des célébrités se sont penchées sur son berceau alors que son existence est reconnue depuis longtemps et ses tâches prises en considération par des stars de la science, de l’éthique, sinon de l’historiographie tant il représente le chainon d’une hérédité qui relie chacun d’entre nous du présent, sinon du futur, au passé.

Un autre paradoxe français

Dans ces conditions, il n’est pas outrancier de parler d’une réaction paradoxale des Français qui viennent d’être interrogés par le quotidien « Le Figaro » sur l’utilité de pratiquer un test ADN pour accepter ou refuser les conditions d’un regroupement familial. Depuis plus de trois semaines, la question de l’ADN est au coeur du débat politique. Cette suggestion, un amendement d’origine parlementaire à la loi Hortefeux sur l’immigration, offre à la gauche l’espoir de se refaire une santé. Mais elle sème également le trouble au sein de la droite et du gouvernement.

Eaux troubles

Deux anciens premiers ministres, Édouard Balladur et Dominique de Villepin, ont demandé la suppression de cet article. Pas moins de quatre ministres, dont trois issus de la gauche, ont publiquement critiqué cette disposition. Le chanteur Enrico Macias a demandé au président de la République de revenir sur cette « idée honteuse ». Lundi soir, le secrétaire d’État à la politique de la Ville, Fadela Amara, a même utilisé le terme de « dégueulasse » envers ceux qui « instrumentalisent » l’immigration. Pour 12 % des sondés, c’est un des « événements marquants » de la semaine. Le sondage se penche sur une autre polémique liée au projet de loi : la qualification par le premier ministre, du mot « détail » pour l’amendement instaurant les tests ADN. Cette fois-ci, la polémique a été portée par l’opposition et par les associations - ce qui a amené le premier Ministre François Fillon à dénoncer « la police des mots » et la « culture d’intimidation » de la gauche. Selon le sondage, 64 % des Français estiment que les propos du premier ministre ne sont pas choquants. « On voit là un décalage entre une polémique politique et l’état de l’opinion ».

Remous

Enfin, 63 % des Français veulent que l’on permette aux sans-papiers de bénéficier de l’hébergement d’urgence. L’article 21 du projet, qui revient à remettre en cause cet accueil, a suscité des remous au sein d’associations comme Emmaüs France, la Fondation Abbé Pierre ou le Secours Catholique, mais aussi, par la voix de Martin Hirsch au sein même du gouvernement qui a laissé entendre que cette disposition serait finalement retirée. Dans son ensemble, la loi sur l’immigration est approuvée par les Français. Pour 75 %, elle va favoriser la lutte contre l’immigration clandestine, et pour 73 % la lutte contre le travail clandestin. On la crédite également de favoriser la situation de l’emploi en France et, dans une moindre mesure, d’aider les immigrés à s’intégrer.

Contradictions

Le texte concernant le fameux amendement est en contradiction avec la loi de bioéthique de 2004 qui considère que l’on peut être père ou mère par le cœur, le désir, la transmission des valeurs mais pas nécessairement par les gènes. Dans son avis, le Comité Consultatif National d’Ethique explique qu’il ne saurait être question pour lui d’introduire dans le droit pour les étrangers quelque chose qui n’est pas accepté pour les Français. Le Conseil Constitutionnel ne devrait pas hésiter longtemps avant de lui emboîter le pas pour déclarer inconstitutionnel un texte qui distingue les droits fondamentaux des enfants légitimes et illégitimes et qui accepte que des principes moraux essentiels pour une famille française deviennent subalternes pour une famille étrangère. Les personnalités sollicitées par le Président de la République pour entrer dans le gouvernement ou y accomplir une mission spéciale peuvent-ils cautionner par leur présence une politique de maitrise de l’immigration qui s’opposerait aux principes éthiques fondamentaux de notre société ? Jusqu’où peut aller la solidarité gouvernementale pour ces invités de la dernière heure ?