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Les dessous des formes géométriques d’un tapis d’Orient

Salon du Livre : un salon de lecture ou un champ de bataille

Un boycott et la planche du salut tombant sur l’autorité

samedi 15 mars 2008, par Picospin

Dans le premier cas, les destinataires étaient les porteurs du message messianique le plus ancien, celui parti du temple de Jérusalem 3 fois détruit. Dans le second, les cibles s’étaient diversifiées face à l’hégémonie romaine, seule dépositaire de la vérité monothéiste.

Conflit

Il se trouve que de nos jours un conflit s’est élevé entre des frères ennemis qui avaient l’habitude de vivre en paix et de partager les mêmes valeurs. Comment l’éteindre ? On pensait que le rassemblement de deux communautés si proches et parfois si éloignées sous le ciel de Paris pouvait avoir lieu sous le regard « bienveillant » du Livre. Ce fut le contraire qui apparut. On était presque au bord de l’autodafé, acte de foi imaginé par les Inquisiteurs consistant à brûler des livres considérés comme païens, blasphématoires ou immoraux et qui se terminait avec éclat par un jugement et une exécution conduisant à la destruction du coupable par le feu.

Les "bienveillants"

Cette cérémonie fut reprise quelque 400 ans plus tard par les Nazis qui trouvaient sans doute que la destruction par le feu est le moyen le plus radical de faire disparaitre une civilisation, une culture, un savoir, une pensée. Malheureusement pour les Juifs, ces incendies allumés au niveau symbolique furent relayés par des crémations et des massacres par balles et par gaz. Cette fois, on rebroussa chemin pour s’arrêter au boycott considéré comme une attitude libre, volontaire, teintée d’idéologie pour refuser systématiquement de consommer les produits d’une nation. Fallait-il remonter le temps de près de 1000 ans pour atteindre un Moyen Âge au cours duquel Maimonide bavardait avec Platon et Aristote sur la prophétologie après avoir invité à sa table Fârâbî, Avicenne et Averroès.

Après l’autodafé

En ce temps là, les gens s’écoutaient, laissaient parler, ne s’emparaient pas d’un micro virtuel pour couvrir de leur voix celles des autres. Ils se mirent à dépecer les qualités d’un prophète, l’entendement, les mœurs, l’imagination, l’audace, la divination, la capacité à diriger. On se mit à espérer parmi le peuple jusqu’au moment où il s’aperçut que les philosophes médiévaux n’étaient pas des hommes des lumières perce que ces temps n’étaient pas encore arrivés et que de ce fait ils ne cherchaient pas encore à la répandre, à éduquer la masse à la connaissance rationnelle ou à l’éclairer. Ils ne cessèrent d’enjoindre aux philosophes de garder secrète la vérité reconnue par la raison et de la taire à la masse dont ce n’est pas la vocation. Quelle déception  ! D’autant plus que nos sages continuaient d’affirmer ou de « prophétiser » que la Révélation ne peut pas être comprise seulement comme une action miraculeuse de Dieu car si c’était le cas elle serait soustraite à la compréhension par l’homme.

Prophète

Elle ne s’accomplit par le prophète, homme exceptionnel, que parce que en même temps, il est un homme comme les autres. Par qui croyez-vous que cette réflexion a été faite ? Par un dénommé Maimonide qui s’appuyait alors sur l’enseignement de nos trois sages Musulmans invités à partager les nourritures de la sagesse. Etait-ce bien la peine de déchirer le merveilleux tapis tressé en formes géométriques parfaites qui s’étalait sous les pieds des convives et d’où était exclue toute représentation de l’homme ? Cette dernière devait revenir au galop, non pour reprendre à la table de travail des négociations sur le signifiant et le signifié du Dieu unique mais pour fourbir des armes de destruction et de mort. Que le livre les emporte à jamais dans les grottes de Quoumran pour les cacher au regard des hommes, voilà qui serait sa tâche la plus noble. Quitte à les ressortir au jour du jugement dernier, de la fin des temps et de la résurrection…


Bouretz P. Témoins du Futur. Paris : 2003. Essais, Gallimard