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Santé, activité et apprentissage tout au long de la vie

lundi 25 janvier 2016, par Picospin

Celle-ci n’est pas donnée d’emblée mais résulte d’un effort permanent pour affronter les conséquences de l’entrée dans le grand âge et la retraite. Cet effort, Spinoza l’appelle « conatus ». Il signifie pour lui toute chose qui existe effectivement ou réellement et absolument et qui s’efforce de persévérer dans son être pour conserver, sinon augmenter la puissance d’être.

Appétit

Elle peut être appelée aussi appétit qui se manifeste sous la manière d’être de la matière en tant que puissance d’agir pour produire des effets et d’esprit en tant que puissance de penser. Cette stratégie devient d’autant plus exigeante en investissements volontaristes qu’avec l’allongement de la longévité, s’annoncent de longues années de vie dans une inactivité relative. Ces prévisions s’accordent avec les perspectives d’un doublement de la population atteignant l’âge de 80 ans à l’horizon de l’an 2050. Cette élévation considérable s’applique aussi pour la proportion des gens âgés de plus de 65 ans par rapport à la catégorie de la population jeune comprise entre 15 et 64 ans qui va passer de 25 % à 50% entre cette année et 2050. En restant dans le cadre du « vieillissement normal », la relation entre le fonctionnement cognitif et l’avancée en âge suggère que la majorité des personnes ayant plus de 60 ans montre des déclins liés à l’âge dans les fonctions cognitives, comme la mémoire, l’attention, la perception, la résolution de problèmes, la vitesse de traitement de l’information ou encore l’acquisition et la rétention de nouvelles aptitudes. Ces déclins cognitifs ont des implications importantes dans le cours de la vie qui tend versa sa fin. Les capacités cognitives contribuent pour l’essentiel à la qualité de vie des personnes âgées.

Stratégies

C’est la raison pour laquelle développer de stratégies afin de maintenir ou d’améliorer le fonctionnement cognitif aux âges avancés de la vie devient un enjeu de santé publique. La nutrition, la consommation de tabac, la prise de médicaments, le niveau de santé et d’éducation modulent les effets du vieillissement sur la cognition. Ces facteurs sont susceptibles de retarder ou d’accélérer l’évolution du vieillissement. Un des moteurs impliqués dans le maintien ou l’amélioration des multiples aspects du comportement et du fonctionnement physique ou psychologique de la personne âgée est la pratique régulière d’activités physiques. Elle est aujourd’hui considérée comme un élément important sinon majeur dans la gestion de la santé et de la prévention des effets du vieillissement. Dans la modernité, se développe un domaine de recherche dont l’objectif est d’étudier l’influence de l’activité physique sur le vieillissement des fonctions cognitives. La multiplication des méthodologies utilisées et l’accumulation des données empiriques devraient permettre de tirer de nouvelles conclusions sur les relations entre activité physique régulière et acuité intellectuelle et dessiner des perspectives pour améliorer notre connaissance de ce phénomène. Ce dernier pourrait bien ressortir à une stimulation neuronale capable de réagir sur les sécrétions synaptiques. C’est ce que suggère l’effet antidépresseur observé au cours et au décours de l’activité physique.

Activité physique

Ce dernier a d’ailleurs été proposé comme prévention et traitement de la dépression pour remplacer les effets exercés par certains produits pharmacologiques sur les états dépressifs. Leur consommation atteint une progression exponentielle dans la population en général, de la française en particulier que l’on dit atteinte d’une forte proportion d’états dépressifs. Comme cette tendance a également été constatée chez les personnes âgées dont un grand nombre verse dans la tendance dépressive, les chercheurs ont établi un lien entre les patients de cette tranche d’âge et leur état psychique en fonction de l’intensité de leur activité physique . L’action positive de l’exercice sur la diminution de la dépression n’est plus niée par personne. Elle serait liée à la sécrétion d’endorphines et de sérotonine. L’une des conséquences de l’effort physique prolongé est de permettre d’enrayer, au moins provisoirement, le flot incessant de nos ruminations, angoisses et soucis. Au bout de vingt à trente minutes de pratique, surgissent des pensées positives, voire créatives. C’est l’effet élévateur de l’humeur dû à l’exercice, qui modifiant l’irrigation sanguine, produit des pics d’hormones psychologiquement stimulants. L’effort soutenu fait sécréter des endorphines, mais toute activité physique stimule la dopamine, ce neurotransmetteur essentiel de l’action et du plaisir. C’est là le vrai pouvoir antidépresseur de l’exercice, plus durable que celui des endorphines. Dans cet état, les soucis sont toujours là, mais on les voit d’une autre façon dans la mesure où la prise en compte de tout évènement générateur de préoccupation excessive est considérée avec un certain recul. Activer le corps joue sur le cerveau émotionnel. L’important est de trouver les activités physiques que l’on a envie de pratiquer avec plaisir . Cette étape étant franchie, est-il possible de passer à la suivante ? Elle consiste à la faire suivre d’une réponse radicalement différente de celle dans laquelle étaient engagées les générations précédentes dont une infime minorité s’attelait à l’acquisition de nouvelles données. Il s’agit maintenant d’organiser des solutions d’ordre social et éducatif, centrées sur la prédominance de l’apprentissage.

Retraite

Cette orientation dans la vie du retraité n’est ni évidente, ni majoritaire dans la catégorie de population impliquée dans cette attente moins que dans ce besoin. La classe d’âge et la catégorie de personnes qui se dirigent vers ce besoin d’activité se recrutent à l’intérieur de la catégorie des professionnels ayant atteint un degré élevé d’éducation. Celles-ci n’ont nul besoin qu’on leur explique les avantages de l’apprentissage et de l’activité intellectuelle quand elle est soutenue par l’exercice physique. Les efforts pour le pratiquer à un rythme soutenu avec une fréquence suffisante se heurtent aux perceptions négatives grandissantes du grand âge. Cette impression joue un rôle d’autant plus néfaste que le pouvoir des séniors sur les mœurs de la société décline constamment, particulièrement en ce qui concerne leur influence sur les nouvelles générations. D’où une situation qui ne contribue guère à éclaircir et renforcer leur éventuelle incitation à intervenir dans la société. Dès lors que les « jeunes » retraités considèrent leur situation comme une pure question de choix entre le volontariat et le loisir, l’entrée dans une retraite passive ou l’étude, leur faible attirance pour cette dernière ne les incite guère à aborder la voie exigeante des efforts à déployer pour évoluer dans une carrière intellectuelle substitutive. La solution de facilité existe : elle consisterait à adopter un paradigme dans lequel seraient ignorés les droits des personnes âgées à remplir les conditions indispensables à l’engagement dans une vie réactivée et épanouissante. Ce faisant elles négligeraient les énormes avantages de l’apprentissage qui rejaillissent non seulement sur chaque individu mais sur la société tout entière, l’économie et la vie politique comme ils le font sur la vieillesse dans son ensemble.

Quel apprentissage ?

Se pose ensuite la question des matières proposées à l’apprentissage. David Istance propose de se référer à l’apprentissage en tant que recherche d’une acquisition d’une part et de l’autre apprentissage comme devenir. Dans le premier cas, il s’agit d’acquérir des connaissances dans le contexte d’une éducation formelle. La seconde définition se rapporte à un projet de changement dans lequel apparaissent les notions de construction et de reconstruction. Quels sont les changements prévoir et à mettre en oeuvre pour affronter les conditions, objectifs et moyens de poursuivre sa vie en prévision de l’arrivée du grand âge et de son accueil avec une âme optimiste. Ce dernier apporte avec lui une série de questions et de problèmes relevant de la santé, des relations familiales, des engagements réciproques, apparaissant pour la première fois dans l’existence. L’apprentissage tardif s’accomplit le plus souvent à la suite de la recherche de sources renouvelées, se présentant en dehors du système scolaire ou universitaire. Les occasions de s’instruire se multiplient à travers les disponibilités grandissantes des cours offerts par les voies de l’informatique mais aussi des enseignements prodigués dans les sites d’excellence représentés par universités et grandes écoles.

Des résistances

Celles-ci rencontrent encore des résistances de la part des étudiants âgés. Ils rencontrent des difficultés à se plier à la discipline régnant dans les institutions chargées d’enseigner et d’actualiser. Le problème est plus sémantique que réel car parler d’éducation n’est pas autre chose que se référer à un enseignement prodigué dans le cadre d’un environnement organisé et de programmes dispensés avec d’autres enseignés. A ce projet de vie se heurte souvent l’état physique des candidats prêts à accepter un nouveau mode de vie. L’arrivée dans le vieillissement exige courage, ténacité, volonté et forme physique adaptée aux aléas de la vie active avec ses contraintes et les efforts qu’elle impose. L’entrée dans le « vieillissement actif » est sans doute facilitée par une étroite connexion à établir avec des partenaires engagés dans le même combat pour une fin de vie dynamique et féconde. C’est celui à mener pour que la dernière tranche de vie se déroule dans la joie de la connaissance, le plaisir de la participation à la modernité, l’assurance de conserver des relations psychiques, intellectuelles et sociales avec la jeunesse pour lui transmettre les flambeaux de l’enthousiasme, du courage et de l’ambition. Ces motifs auront une puissance de persuasion plus prégnante que ceux du recours à la simple stratégie qui se réduirait au seul apprentissage. Ce dernier serait moins fécond s’il exclue le contexte d’humanité fraternelle et empathique qui le soutient.

Un autre partenaire : la lecture

Il s’appuie sur l’élargissement de la diffusion du livre dont les frais d’impression se réduisent avec la multiplication des lecteurs et le développement des ouvrages diffusés par l’électronique. Plus isolés que les populations jeunes, les personnes âgées y cherchent des motifs d’espérer, des pistes de réflexion, le soutien de l’histoire et les occasions de rencontre avec des personnes et des livres dans les sites, bibliothèques et librairies où ils sont disponibles. Au sein de la solitude, ils trouvent les clés d’une activité créatrice de sens lorsqu’il semblait s’évanouir, des repères quand ils s’estompaient ou des impulsions lorsqu’elles s’épuisaient et qu’il fallait en recevoir d’un autre esprit. C’est en tout cas ce que conseillait Marcel Proust à « l’esprit paresseux », sujet à la neurasthénie et qui pourrait bénéficier de l’intervention venant d’un autre pour qu’il puisse se produire au fond de nous-mêmes. Ainsi, le livre devient le médiateur privilégié de l’acquisition des connaissances et de l’actualisation des messages qu’elle porte. Dans la modernité, il n’est pas le seul à remplir ce rôle. Il est assisté maintenant par toutes les autres modalités de transport, de transfert des représentations mentales, des jugements, des données devenues pour une partie de ces dernières les big data. L’avenir nous dira quels enseignements pourront être déduits du traitement par les technologies de l’information de ces données massives qui nécessiteront d’énormes ressources dans la recherche et développement pour être servies au consommateur pour être réduit à un niveau de compréhension acceptable, accessible à son cerveau. On commence à utiliser les termes de soins, de thérapie par la bibliothèque pour désigner les services rendus par le livre à l’esprit vacillant de l’homme en général. N’est-il pas sélectivement indiqué pour l’âge fragile de la vieillesse qu’il peut aider à renforcer, sous réserve que l’être vieillissant ait conservées intactes ses capacités à saisir le sens de ce qu’il lit.

Santé physique et mentale

Il y faut une santé physique et mentale capable de transformer le contenu de la lecture en matière à réflexion, que cette dernière soit traitée dans la solitude de la méditation ou la pluralité des assemblées, groupes, réunions de personnes mettant à la disposition d’une communauté les acquis de leur savoir, culture et expérience. L’acuité de l’esprit ne doit s’évanouir sous aucun prétexte, faute de quoi l’entrée dans la vieillesse risque de tourner au drame, à la souffrance et à la prise de conscience d’une perte de l’estime de soi. C’est ce lent mécanisme du désinvestissement de soi qui crée le drame du vieillir, prélude au mal mourir qui effraie les soignants et met en fuite docteurs et anthropologues. A l’inverse, comme l’exercice physique rend le plaisir de vivre et favorise clairvoyance, discernement et lucidité, la lecture influence l’activité cérébrale plus spécialement dans les aires du cortex temporal gauche spécialisé dans la réceptivité du langage et des sensations motrices. Elle augmente la connectivité, la capacité des neurones à se connecter. La richesse et la densité de ces réseaux déterminent les propriétés de l’intelligence ou tout au moins de certaines de ses formes. Elles traduisent l’intensité de l’activité encéphalique et de ses répercussions sur la cognition et l’émotion. Les lecteurs sont plus optimistes, moins agressifs et plus enclins à considérer la positivité des actions que ceux qui lisent plus rarement . Cet optimisme se répand dans la vie sociale. Lire ne se résume pas à vivre dans la solitude, le repli sur soi ou la schizophrénie mais au contraire à s’épanouir dans l’ouverture à autrui, à l’empathie et à l’accueil des êtres humains. Il s’agit donc du creusement d’un espace dans lequel l’autre peut s’épanouir pour l’offrir au monde.

L’expérience du monde

En particulier cette action sert sur un plateau d’argent toute l’expérience du monde, accumulée au fil des ans et restituée grâce à la mémoire. Celle-ci est chargée de la coder et de la stocker en se servant des relais passant par les fonctions des synapses. Ces relais sont des intervalles entre les neurones où se déroulent des phénomènes constitués par des impulsions électriques qui parcourent les fibres nerveuses en secrétant une substance chimique appelée aussi neurotransmetteur. Celui-ci traverse l’espace synaptique et se lie sur la dendrite du neurone récepteur, extension branchée sur l’extrémité de ce dernier. Cette manœuvre permet de combler les intervalles dont il vient d’être question. Tout ce qu’accomplit le cerveau passe par la réalisation de ce phénomène devenu ainsi la transmission synaptique . En effet, il ne faut pas croire que les gens arrivent sur terre comme des machines préfabriquées mais comme des éléments collés entre eux par la vie. Celle-ci agit par l’intermédiaire de gènes différents et par le souvenir, l’imprégnation des évènements qui constituent une expérience différente l’une de l’autre. Ce qui n’empêche en rien le fait que leur expression soit traduite dans une langue commune ou différente. Les gènes ne rendent compte que de la moitié du trait particulier de notre personnalité. Pour important qu’elle soit, leur fonction n’est pas exclusive malgré son importance mais non sa prédominance. La discussion est loin d’être close si l’on ajoute à ce dossier les opinions de Locke et des sophistes grecs qui suggèrent que l’apprentissage à partir de l’expérience soit remplacé par l’existence d’un savoir préexistant. Il suffirait seulement de le réactiver puisqu’il est déjà présent dans le cerveau. Ce à quoi souscrit le neuroscientifique, J. P. Changeux, quand il affirme que l’activité neuronale consiste moins à créer de nouvelles connexions qu’à éliminer celles qui existent déjà. Y souscrit également le prix Nobel G. Edelman qui croit en la compétition permanente entre les synapses pour rester en vie ce qui favorise celles qui luttent pour leur existence au détriment de celles qui s’éteignent faute d’avoir été utilisées. Autrement dit, celles qui crachent ensemble s’allient pour agir alors que les autres meurent et se déconnectent définitivement.