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Santé et sommeil : bien dormir ? Une gageure quand on considère l’efficacité problématique des somnifères

jeudi 25 octobre 2007, par Picospin

La meilleure façon de récolter des renseignements sur la qualité du sommeil des gens est d’en demander des détails aux personnes âgées. C’est qu’en effet le sommeil commence à se détériorer à l’âge moyen de la vie et ne cesse de continuer dans cette voie. A la lumière des nouvelles recherches sur ce thème, il semble bien que cette impression soit erronée.

Une détérioration généralisée

La diminution de la qualité du sommeil ne se produit pas à cause de l’âge mais bien en raison des maladies intercurrentes et des médicaments utilisés pour les traiter. Plus il y a de troubles chez les adultes âgés et plus le sommeil perd de ses qualités. Il suffit de les observer pour se rendre compte que ceux qui sont en bonne santé ont rarement des problèmes de sommeil. L’insomnie dessine ainsi un cercle infernal car à son tour elle contribue à miner l’état général. Plus les adultes ont des problèmes de sommeil et plus leur santé se détériore. La douleur en particulier rend le sommeil plus difficile, surtout celle qui survient au cours de la vieillesse comme les dorsalgies et l’arthrite. Pour savoir ce qui se passe réellement, des chercheurs se sont demandé ce qui se passait en matière de sommeil et de douleurs chez les personnes qui n’étaient pas insomniaques. Si l’on sait que les modalités du sommeil se modifient avec le temps, on ne connaît pas son évolution au cours du temps chez les personnes en bonne santé.

Evolution de la qualité du sommeil au cours du temps

Quelle ne fut pas la surprise de découvrir que les modifications du sommeil n’intervenaient pas à l’âge moyen de la vie mais bien plus souvent entre 20 et 60 ans. Comparées aux adolescents et aux jeunes adultes, les personnes qui ont atteint un certain âge et ceux qui l’on dépassé, dorment un peu moins longtemps chaque nuit d’un sommeil toujours plus léger. Ces variations n’interviennent guère pour l’endormissement qui reste facile quel que soit l’âge. Contrairement à leur attente, les investigateurs n’ont mis en évidence ni augmentation de la durée de la somnolence diurne ni retard du début de la mise en place des rêves. Les adultes jeunes sains dorment 95% de la nuit pour ne se réveiller que lors du déclenchement de la sonnerie du réveil. A 60 ans, ce profil se modifie un peu dans la mesure où après cet âge, le sommeil est interrompu pendant de très brèves périodes.

Les opposants au sommeil : les douleurs

Les difficultés surgissent quand s’installent des circonstances qui réveillent les individus comme l’apnée du sommeil, le syndrome des jambes sans repos ou des ennuis urinaires. Les problèmes qui sont maintenant soumis à une étude plus approfondie sont ceux qui concernent les relations entre la qualité du sommeil et la douleur. Quand le sommeil est fragmenté, les circuits empruntés par la douleur le lendemain matin ont changé. Cette dernière est plus difficile à maîtriser et ses localisations déclenchées spontanément comme les maux de tête, les douleurs de dos étaient plus nombreuses. Si l’on passe une nuit plus longue, l’effet est inversé. Quand on a affaire à des jeunes gens en pleine santé, ceux-ci déclarent qu’ils ont constamment sommeil et qu’ils ont de la peine à satisfaire ce besoin impérieux. Si on les maintient au lit en sommeil quelques heures de plus, leur sensibilité à la douleur diminue dans les mêmes proportions comme le ferait un comprimé de codéine. A le lumière de ces études, les investigateurs ont nettement changé d’avis sur les problèmes du sommeil. Si le sommeil est différent selon l’âge, il n’est pas normal d’éprouver des troubles du sommeil quand on vieillit.

Que faire contre l’insomnie ? Quand on manque de rêves ?

Une publicité diffusée à la télévision pour promouvoir un somnifère décrit des rêves qui impliquent Abraham Lincoln, un castor et un plongeur. Si vous avez envie d’essayer un de ces produits, tenez compte du fait qu’il ne vous endormira que 7 à 16 minutes plus tôt qu’un placebo et qu’il n’allongera la durée de votre sommeil que de 11 à 19 minutes. Ces résultats décevants n’empêchent pas les consommateurs de dépenser 4,5 milliards de $ par an pour les somnifères. Les personnes qui prennent ces médicaments croient qu’ils ont de meilleurs effets que ceux qui sont affichés par les laboratoires qui les fabriquent. Toutes les études lancées dans cette perspective vont dans le même sens. Les médicaments raccourcissent le temps d’endormissement de 13 minutes seulement ce qui n’est pas toujours conforme à l’avis émis par les fabricants des somnifères. Bien qu’on ne constate ni amélioration de la quantité ou de qualité du sommeil ni de celle des conditions du réveil, ne soit constatée, les personnes qui sont assujetties à la prise régulière de ces produits expriment très souvent leur satisfaction de leur absorption.

Des récepteurs identiques ?

La plupart d’entre eux agissent au niveau des mêmes récepteurs que ceux qui sont en jeu dans l’angoisse. Quand cette dernière diminue, les patients ont l’impression qu’ils se font moins de soucis sur les conditions de leur endormissement. L’autre élément qui joue sans doute un grand rôle dans ces améliorations est ce qu’on appelle l’amnésie antérograde. Les somnifères diminuent les capacités à se souvenir. Quand les personnes soumises à ces produits se réveillent, ils ne se souviennent plus de leurs difficultés de trouver leur sommeil. De ce fait, ils se sentent mieux. Le sommeil produit un état proche de l’amnésie ce qui explique que l’on oublie souvent au réveil les cauchemars vécus pendant le sommeil. Certains noctambules qui frisent souvent de dangereuses situations pendant leur sommeil croient qu’ils ont passé une bonne nuit. Une de ces personnes qui croyait dormir du sommeil du juste s’est réveillée un matin avec une côte cassée alors qu’elle était persuadée qu’elle avait passé une excellente nuit après avoir absorbé un somnifère. Un de ces derniers, appelé « Halcion » avait en son temps, au début de sa mise sure le marché provoqué des troubles importants chez les voyageurs en avion. Ils se plaignaient en effet d’amnésie appelée l’amnésie des voyageurs qui consistait à se perdre après leur atterrissage. Si la plupart des ces médicament sont dans l’ensemble bien tolérés, certains sont la cause d’effets secondaires mineurs comme une sensation désagréable dans la bouche.

Une fidélité aux vieilles recettes

C’est la raison pour laquelle la plupart des médecins restent fidèles aux vieilles benzodiazépines qui n’ont pas encore trouvé de meilleurs successeurs. Les patients qui ont peur de prendre des somnifères se tournent vers des produits conseils en pharmacie comme le Tylenol ou l’Advil. Les antihistaminiques qui ont la réputation de rendre les gens somnolents ne sont pas de véritables somnifères. Ils peuvent être la cause d’une sédation prolongée le lendemain après leur absorption. Un des derniers médicaments mis récemment sur le marché, le Rozerem, a au moins un avantage sur les autres c’est de ne pas altérer la formations des souvenirs. C’est sans doute le meilleur des somnifères pour les personnes âgées qui éprouvent des troubles du sommeil et souffrent en même temps d’amnésie. On voit par là combien il est difficile de trouver l’hypnotique idéal et d’inventer la pilule magique qui n’a pas encore été trouvée.

Questionnement éthique :

1. Quelle est la signification de la question souvent posée entre amis : « avez-vous bien dormi ? »

2. Le bon sommeil est-il une réalité ou une illusion ?

3. est-ce que les laboratoires qui fabriquent des médicaments et surtout des somnifères seraient dans l’obligation de divulguer leur faible efficacité dans le cadre des somnifères ?

4. Est-ce que la découverte récente de cette inefficacité relative n’incite pas à utiliser des placebos qui pourraient être nettement coûteux et avoir moins d’effets secondaires ?
5. Est-ce que cette relative « tricherie » est honnête et éthique vis-à-vis du patient qui fait confiance dans le rôle positif joué par le médicament ?


Source : The New York Times : Saul Stephane : Les somnifères n’ont qu’une efficacité réduite mais restent très populaires.

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