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Face aux quatre

Sarkozy, le pragmatisme anglosaxon et le concret

Une belle soirée ?

samedi 7 février 2009, par Picospin

Au lendemain d’un discours que pouvaient voir et entendre des millions de Français, le Président Sarkozy a expliqué sa politique, disséqué les mesures prises et à prendre, insufflé courage, persévérance et foi en l’avenir. Il était d’autant plus écouté qu’il y allait des intérêts particuliers des personnes aux aguets devant leur poste dont l’écran s’aplatit et s’amincit en proportion des revenus octroyés par fabricants, salariés, payeurs de toutes sortes, consommateurs anonymes, entreprises soulagées de la taxe professionnelle.

Pragmatique

Le terme le plus à la mode, celui qui revient le plus souvent dans les discours, les commentaires et les critiques, c’est celui de pragmatique, ou le nom correspondant à l’adjectif, pragmatisme. Que veut-il dire ? Pas grand chose si on cherche dans cette qualification une direction dans laquelle s’engouffrer pour approfondir une démarche rationnelle permettant de guider ses sens et le sens de sa réflexion vers la révision d’une attitude, d’un comportement, d’une réflexion susceptible de s’opposer à celle plus construite de projet, plan, stratégie même si on dote ceux-ci d’une marge de maneouvre plus ample que celle de la rigueur extrême, de la fidélité à des dogmes ou d’une application stricte de lois ou de règlements. Le pragmatisme serait donc une attitude qui s’adapte à la réalité et qui préfère la pratique, une soumission au réalisme ou à la doctrine selon laquelle n’est vrai que ce qui fonctionne réellement. C’est une doctrine philosophique consistant dans la justification de l’idée par ses effets. Pour en donner des exemples, il suffit de s’adresser à Aristote avant Voltaire pour des raisons uniquement chronologiques. Le premier affirme que "Si le libre arbitre n’existait pas, les hommes ne pourraient plus être loués ni blâmés, ce qui ne peut être toléré. » Le second a inventé la fameuse formule qui consiste à expliquer que « si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », ce qui revient à dire qu’il existe parce que sans Lui il n’y aurait pas d’ordre possible dans l’humanité. Plus près de nous, on a proposé de démontrer la vérité du catholicisme par son efficacité sociale. On attribue l’origine du pragmatisme à Peirce, James Dewey et Mead auxquels certains tentent d’ajouter Hegel pour le rôle qu’il aurait joué dans la création de l’un des courants les plus féconds de la philosophie américaine du XXe siècle et de définir une position sa position à la hauteur des défis de l’épistémologie, de la philosophie de l’esprit, de la théorie de l’action, de la théorie esthétique et de la philosophie politique contemporaines.

L’agir de Hegel

Si ces définitions sont volontairement complexes et ne s’appliquent pas toujours à l’utilisation de ce concept philosophique répercuté dans le domaine du politique, elle permettent de se faire une idée sommaire de la conception simple sinon simpliste que se font les profanes de ce mode de pensée précédant l’action. Il s’agit là d’interprétations non métaphysiques de Hegel privilégiant les thèmes du primat de l’agir historique sur la connaissance et la socialité de la raison. On comprend à cette lecture qu’un homme comme Sarkozy ait sauté à pieds joints dans cette mode américaine en raison de l’adéquation entre ses vues d’homme politique sur les stratégies à adopter et les liens affectifs et intellectuels qui le lient à la culture d’Outre-Atlantique. Ce qui l’éloigne pourtant de cette conception qui connecte la pensée avec l’action pourrait être son affection pour l’ego qui le pousse à parler et à agir en son seul nom plutôt qu’à celui de la collectivité qui l’a mandaté pour cela. Est-ce pour toutes ces raisons qu’il a voulu montrer aux Français qu’il y avait bien un pilote dans l’avion pour conduire la France au travers de la crise "la plus grave depuis un siècle" (...1929 ?), même si le cap n’est pas clairement défini ? Si les fidèles supporteurs du Président sont rassurés comme l’est Dominique Paillé, porte-parole de l’UMP : "Ce que nous avons apprécié ce soir est à la fois la grande volonté de Nicolas Sarkozy de sortir de la crise, et le chemin clair qu’il a tracé et expliqué aux Français. Cela ne peut qu’avoir rassuré nos concitoyens." Cette opinion est assurément plus favorable que celle de Michel Wievorka, sociologue à l’EHESS, qui déclare que "Cette fois, le ton était plus convenable, moins méprisant et brutal. Ce sont deux images de lui qu’il nous offre" tout en déplorant que "Nicolas Sarkozy ferait mieux de regarder la place de la France dans la vie internationale de la recherche.

Evaluations

Ce n’est pas avec ces évaluations-là qu’on va donner envie aux chercheurs français de mieux chercher et et de mieux trouver » et de conseiller au Président de ne pas « se planter un peu » en confondant "éducation nationale" et "enseignement supérieur et recherche", qui ne relèvent pas du même ministère. Viril mais correct, le chef de l’Etat a précisé que "reculer c’est pas une honte"... avant d’annoncer que "ça ne se produira pas". Du pragmatisme, navigation sur internet ou toutes voiles dehors comme un concurrent heureux du Vendée Globe, le Président qui survole tout peut se laisser glisser à la demande, celle de son public à la valeur qui lui a été la plus réclamée « Monsieur le Président, dites nous du concret et ne nous laissez pas aller à la tentation de l’abstrait auquel nous ne comprenons rien ». Le concret dit quelque auteur de dictionnaire, c’est le matériel, le palpable comme les billets de banque qui sont distribués aux banques en détresse, le pratique, le réaliste, le vrai. Et le Président de s’écrier : « Mon Dieu, montrez leur le chemin du visible, du réaliste et du réel ».