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Que doit-on enseigner ?

Savoirs scolaires

Quelle voie pour les apprentissages ?

lundi 30 mai 2016, par Picospin

Il s’agit de former leurs cerveaux à la réception des savoirs indispensables à les projeter dans la vie professionnelle mais aussi à celle des relations sociales pour en faire un moyen de vie productif, entre utilisation équilibrée de la raison et des affects.

Des objectifs

Le but est de créer une dynamique sans heurts, une énergie sans violence et un rapport apaisé entre les divers segments d’une population de plus en plus diversifiée par l’origine, la culture et la tradition. Pour répondre aux questions que se pose avec angoisse une population aux abois, des rassemblements comme Terra Nova se sont emparés des thèmes de l’éducation, de l’apprentissage, de la formation et de la culture. Il s’agirait volontiers dans ce dernier cas de l’acculturation, terme plus approprié pour former les plus jeunes éléments d’une unité langagière à l’échange par le verbe.

Dérives

Dans cet esprit, n’est-il pas temps de redresser les dérives incriminées dans l’utilisation intempestive des nouvelles technologies de l’information ? En font partie les messages émis et reçus à parti des smartphones et autres procédés d’échanges écrits ou parlés si l’on peut désigner comme tels les mots déformés, les abréviations issus des appareils électroniques, les vocables et onomatopées qui tiennent trop souvent lieu de mots ou de signifiants et signifiés.

Crise de l’Éducation

D’aucuns ont baptisé la situation actuelle de « crise de l’éducation ». La plupart des pédagogies sont basées sur des théories du développement cognitif et tentent de répondre à la question du comment l’enfant apprend mais peu, pourquoi il le fait. Du cognitif, il est facile de renvoyer au conatif, ce qui mobilise le cognitif dont la plasticité adaptative est configurée par la culture ou les cultures.

L’homme, être de désir

De là, il est plus aisé de passer à la notion de désir plus qu’à celle de connaissance pour suivre les voies tracées par Spinoza qui propose de se référer à une « libido sciendi. » Cette ouverture sur un autre aspect de la volonté de survie remet en vigueur le combat entre inné et acquis dans lesquels interviennent la transmission et la créativité. Sans mentionner les inégalités génétiques attribuées à des handicaps sociaux.

Développement identitaire

La situation se complique dès lors que référence est faite ou supposée au développement identitaire dont le développement cognitif dépendrait. Sans évoquer aussi la vieille lune pédagogique selon laquelle curiosité et désir d’apprendre sont tellement prégnants qu’ils donnent naissance à la nécessité de satisfaire le principe de plaisir à extraire de soi-même par une sorte de maïeutique.

La pression extérieure

Mais aussi sous l’influence d’une pression extérieure, le désir du milieu appréhendé par un processus d’accommodation. S’il est répétitif, il conduit à la maturation, à une mutation, sorte d’intériorisation devenue inconsciente. Cette étape ne se déroule qu’à la condition expresse de se rendre maitre de la résistance opposée au désir d’apprentissage qui affecte davantage les adultes que les jeunes dans la mesure où les premiers se heurtent aux représentations déjà élaborées et susceptibles de parasiter l’apprentissage.

Savoir déjà

Si l’on croit savoir, on n’apprend plus, formule qui dans le langage de Mark Twain se traduit par « ce n’est pas tant ce que le gens ignorent qui pose problème mais ce qu’ils savent et qui n’est pas vrai. »
L’enjeu de l’apprentissage est celui d’une confiance publique renouvelée dans l’école, confiance dans un « système », pensé dans sa globalité et non plus « par appartements », par niveau de cursus sans penser les autres en même temps, donnant toute sa force à l’idée révolutionnaire de « culture commune » ; confiance en des contenus d’enseignement, reconnus responsables face aux besoins d’élèves en développement dans une société donnée ; confiance en des méthodes publiques d’élaboration de ces contenus et dans les compétences rénovées des professeurs, dans une redéfinition ambitieuse de leur identité professionnelle.

Tronc commun ou options ?

On a opposé les idées de collège unique, de tronc commun, de socle commun à celle des enseignements optionnels, en analysant ces derniers sous l’angle de ruses parentales pour contourner la carte scolaire ou constituer dans les établissements des classes de distinction sociale : il est temps de sortir de cette opposition et d’accéder à une conception moins intégriste du socle commun, qui ne rejette pas toute idée d’enseignements au choix, en fonction de goûts ou de découvertes, mais en fasse même un élément formateur.

Que choisir ?

Le choix suppose qu’il s’applique à tout le monde, sinon il devient discriminant, s’il est réservé aux « bons élèves », qui pourraient décider selon leurs goûts, tandis que les autres n’auraient qu’un menu imposé. Qu’apparaisse clairement aux élèves la distinction entre le tronc commun et l’optionnel ; que les choix n’entraînent pas automatiquement un nouveau marquage social pour ceux qui visent un enseignement nouveau (pouvant s’éloigner des intitulés disciplinaires et rejoindre ce qu’acquièrent les enfants de milieux favorisés hors l’école, comme des enseignements instrumentaux), mais aussi ceux qui peuvent viser un approfondissement pour les élèves qui ont telle inclination (l’idée d’enseignements parallèles proposés à plusieurs niveaux est familière en Angleterre ou en Finlande, où, même à l’examen, l’élève peut décider de concourir à tel ou tel niveau, ce qui est une forme d’auto évaluation.

Dégradations

Dès les débuts de la scolarisation, on laisse souvent l’espérance initiale de réussite de chacun se dégrader, avec pour conséquence une perte d’estime de soi, un refus d’apprendre, une pratique de « l’auto-handicap », autant d’obstacles pour les élèves à leur propre performance. Au lieu de laisser libre cours à cette évolution, ne vaut-il pas mieux apprendre à apprendre et faire de l’apprentissage des méthodes pour apprendre un objet d’enseignement explicite, à tous les niveaux et développer l’attitude réflexive des élèves sur leurs propres stratégies d’apprentissage condition sine qua non de la conservation de la confiance en soi et de l’estime de soi.

Parler ou écrire ?

Ces deux conditions impératives de la réussite dans la construction solide de soi s’appuient sur la valorisation de la relation orale au sein des sites d’apprentissage, de l’expérience acquise par la multiplication des débats, devenus un mode ordinaire de travail et de socialisation, à l’initiative des élèves ou des adultes. Ces indications ne doivent pas négliger de prôner la dignité de la langue maternelle de chacun en encourageant l’apprentissage par tous les enfants allophones des langues familiales ce qui donne une chance sérieuse d’adopter le bilinguisme, sinon d’utiliser les langues étrangères à l’école.

Du pratique aux pratiques

Ces innovations favorisent les enseignements sur la vie quotidienne et l’univers technique et industriel, les compétences pour vivre en permettant aux élèves de les acquérir sous formes d’ateliers consacrés à des domaines aussi variés que la gestion d’un budget, le rapport à la santé et au système de soins, le bricolage et les petits travaux domestiques, les démarches administratives et juridiques et le rapport à la consommation et à l’argent, ou la confection d’un repas.

Ouvrir des programmes

Elles ne dispensent pas d’ouvrir tous les programmes des différentes disciplines, à commencer par l’histoire et la littérature, de telle façon qu’ils s’adressent également à tous les élèves et qu’ils montrent la pluralité culturelle du monde, de développer l’apprentissage de la vie sociale, le bien-être à l’école afin de favoriser les compétences sociales, toutes les activités suscitant la coopération et l’entraide entre les élèves, comme celles favorisant le sentiment d’appartenance à une communauté éducative, en y associant élèves, professionnels de l’école et parents.

Philosopher ?

La philosophie doit trouver sa place dans l’enseignement de base pour tous, comme c’est déjà le cas dans certaines écoles primaires, grâce des ateliers car les enfants de tous âges cherchent à comprendre le monde, à trouver du sens à ce qu’ils vivent personnellement et dans leurs rapports à autrui. Elle peut les aider à prendre des distances par rapport aux opinions, à étendre et argumenter leur point de vue, à trouver des réponses par eux-mêmes plutôt qu’à fournir celles attendues par l’enseignant.

Donner du sens

C’est un espace où ils peuvent élaborer des réflexions critiques qui donnent du sens aux contenus d’enseignement, en s’ouvrant à des questions qui ne sont pas prises en charge par les disciplines scolaires (la mort, la morale, le droit). Un tel exercice est au service de l’égalité, en confrontant tous les élèves à la même forme d’éducation.

Former les formateurs

Cette dernière profiterait des améliorations induites par la formation épistémologique des enseignants sous réserve qu’ils comprennent le statut d’artefact des disciplines qu’ils enseignent et qui nécessitent une transposition didactique à partir des savoirs enseignés. La culture commune des enseignants serait obtenue par le décloisonnement des disciplines et l’instauration d’un objectif de culture générale par l’ouverture aux savoirs nécessaires à l’organisation des débats sur les nouvelles problématiques des sciences dures et humaines. Les apprentissages gagneraient à être renforcés par une connaissance renforcée des théories et pratiques permettant de comprendre comment les apprenants apprennent ou n’apprennent pas pour les aider à surmonter les difficultés de leur apprentissage .

Trop ou pas assez de travail ?

Beaucoup ou trop de travail pour rien ? Cette hypothèse n’est pas superflue. Dans de nombreux pays, ces questions ont été moult fois étudiées et appliquées pour en évaluer les résultats. Il est donc inutile de revenir en permanence sur ces interrogations alors que depuis longtemps des solutions ont été proposées et adoptées. Faut-il qu’en France, des milliers de commissions et d’experts se réunissent pour proposer des solutions qui ont partout trouvé des sites d’exploitations dont il suffit de recenser les résultats pour se faire une opinion sur leur validité ?

Maintenance

Quitte à ce qu’en cas de nouvel audit, les opinions changent, de nouvelles solutions sont proposées et d’autres programmes soient écrits en fonction des résultats déjà évalués. Les révisions et réactualisations doivent être prévues à une cadence rapprochée pour éviter que les systèmes ne s’enlisent dans un ronronnement inefficace et dangereux pour son caractère statique. C’est le danger qui guette une société en proie à l’anomie, à l’autosatisfaction sinon à l’arrogance.
D’après Calosci A. Éducation et identité, L’Harmattan
Gauthier RF, Florin A. Que doit-on apprendre à l’école ? Terra Nova, mai 2016