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Scandale du plagiat : en est-ce vraiment un ?

mercredi 8 septembre 2010, par Picospin

Ce mot prend, en France particulièrement, une signification d’autant plus exceptionnelle qu’il marque aussi le retour des enfants à l’école de la République, la reprise de l’activité professionnelle des enseignants qui ont été « briefés » par des ministres de l’éducation nationale dûment choisis et sélectionnés par le pouvoir pour transmettre aux futures générations les connaissance nécessaires à la survie dans un monde tellement dur et compétitif que l’acquisition de la culture ne se fait pas selon le plaisir qu’elle procure mais en fonction de la place hiérarchique dans la société qu’elle est susceptible de procurer pour celui ou celle qui en devient dépositaire ou qui a la chance d’en hériter auprès de ses ascendants. En quoi consiste le plagiat ?

Définition du plagiat

Le plagiat consiste à s’inspirer d’un modèle que l’on omet délibérément ou par négligence de désigner. Le plagiaire est celui qui s’approprie frauduleusement le style, les idées, ou les faits. Le langage courant ne distingue pas en pratique entre le plagiat, qui relève de l’appréciation esthétique ou morale, et la contrefaçon, terme juridique, qui est un délit contre le droit d’auteur. Juridiquement, le droit d’auteur ne protège que la forme accomplie d’une œuvre, tandis que l’idée qui l’a inspirée et le style qui l’a mise en forme, ainsi que les informations elles-mêmes, restent « de libre parcours ». Cependant, la limite entre l’inspiration, l’imitation et la contrefaçon est parfois très difficile à déterminer. La meilleure façon de s’affranchir d’une accusation de plagiaire est de citer systématiquement les sources sur lesquelles son travail est fondé, ce qui est obligatoire quand on s’appuie sur le droit de citation. Les premières attentions portées au plagiat, perçu comme un phénomène préjudiciable, sont issues du monde littéraire. En matière intellectuelle les idées sont de libre parcours : tout le monde peut les reprendre. Mais le plagiat va au-delà : le plagiaire tente d’usurper une gloire indue en s’appuyant sur l’œuvre d’un autre auteur. Il emprunte sans le dire la forme de l’expression.

Un plagiaire ?

Le terme plagiaire apparait pour la première fois dans les épigrammes du poète satirique Martial qui se plaint à un ami que ses œuvres ont été appropriées par un autre et sont en servitude pénible, en rappelant quel est le véritable auteur : « tu ramèneras le plagiaire à la pudeur » (impones plagiario pudorem).[1]Diderot qualifiera d’ailleurs le plagiat comme étant « le délit le plus grave qui puisse se trouver dans la République des Lettres ». Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le droit d’auteur se forme dans sa conception moderne, et que le plagiat devient juridiquement distinct de la contrefaçon. Le terme prend son sens au XIXe siècle, et désigne alors les œuvres dont le caractère original n’est pas jugé suffisant pour les faire entrer dans la littérature. Avec le temps et le développement de l’impression à grande échelle, le plagiat n’empiète plus seulement sur les terrains de l’originalité ou de la moralité, mais également sur celui de la propriété. Le plagiat se retrouve aussi dans les sciences modernes, où il constitue une partie des fraudes scientifiques.

L’internet est arrivé (comme le beaujolais ?

L’arrivée de l’Internet dans les réseaux du grand public ouvre une voie royale de facilité, d’efficacité, de paraître au grand jour comme un personnage justement sorti du roman des plus inventifs, des plus imaginatifs en train d’atterrir sur le bureau de l’écrivain qui cherche désespérément le mot approprié pour se sortir d’une affaire mal engagée auprès du public dans l’angoisse des signifiants expulsés dans la nouvelle œuvre d’art et de l’éditeur évaluant le montant possible des recettes engrangées par le chef d’œuvre à venir. Autrefois, quand un mot manquait, qu’une définition échappait, qu’une phrase restait coincée dans l’étranglement de la plume d’oie ou de celle fabriquée par Parker ou Waterman, on se bornait à ouvrir un dictionnaire Larousse de poche pour qu’il indique sans tarder la définition du mot obscur ou mystérieux qui allait se révéler à l’ignorant. A l’issue de ce trop long moment d’angoisse, l’écrivain pouvait retourner à son œuvre, satisfait de ce qu’il avait trouvé, sa colère calmée par la satisfaction du désir exaucé et son espérance revigorée par la perspective d’un nouveau succès de librairie susceptible de renforcer ses chances de réception sous une quelconque coupole derrière laquelle se profile la vision narcissique d’une médaille accrochée par un représentant de l’état sur le torse bombé et la poitrine méritante du candidat à l’élection ou de l’auteur déjà élu. Recueillir sur Internet le renseignement nécessaire à l’accomplissement d’un projet de description ou d’explication d’un dispositif n’est pas nécessairement du plagiat.

Utilité du lexique

Quand on se sert d’un dictionnaire pour chercher l’équivalent d’un mot à traduire dans sa propre langue, opération qu’on appelle version ou que l’on s’apprête à faire l’inverse, peut-on parler de plagiat ? Quelle est la définition la mieux adaptée à ce terme moins en mode qualitatif qu’en critères d’ordre quantitatif ? Autrement dit, y a-t-il des caractères permettant d’introduire la notion de plagiat en se basant sur des « fondamentaux » tirés de la littérature, du style des grands écrivains français ou étrangers. Le développement de la recherche scientifique et les publications internationales qui les suit ont multiplié le nombre des affaires dans lesquelles l’antériorité des découvertes se trouve contestée et les résultats remis en cause. Les travaux scientifiques suivent une mode qui ne saurait être ignorée par la majorité des chercheurs qui sont embarqués dans des multitudes de protocoles souvent classés plus en fonction de la chronologie publiée que par l’originalité ou la consistance méthodologique des protocoles engagés.

La science ou la littérature ?

C’est dans ce secteur que le plagiat trouve son plein épanouissement et marque son importance par rapport aux phrases plus ou moins marquées des littéraires chez lesquels les enjeux occupent une place moindre dans la hiérarchie de la valeur des découvertes. A l’époque où le cancer reste la maladie de premier plan à combattre en raison de l’étendue et de la gravité de ses ravages, les équipes travaillant dans ce secteur sont engagées dans des duels sans merci en raison surtout des investissements consentis par les compagnies pharmaceutiques pour mettre au point la molécule la plus efficace, la mieux tolérée et la plus facile à fabriquer et à mettre sur le marché du médicament.