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Comment ?

Se construire

Quels outils ?

jeudi 13 janvier 2011, par Picospin

A la question, comment concevez-vous le projet de votre propre construction, la réponse, - s’il en existe une - est complexe en raison des forces en présence dans un conflit susceptible d’influencer le reste de la trajectoire qu’on a coutume d’appeler « vie » ?

Fondations

Aux fondations, on ajoute des stratifications faites des divers éléments qui, tels des pierres, des parpaings, du marbre entrent dans l’édification du bâtiment que d’autres appellent demeure ou temple. Ces fondations ne sont pas autre chose pour le vivant que l’inné et l’acquis à mesure de l’avancement ou des reculs, d’un édifice destiné à se hisser vers une complexification des tâches dont le caractère inextricable rebute la majorité d’entre nous. Cela n’implique pas que ce caractère soit observable dès la naissance puisqu’il s’agit d’un trait qui ne s’exprime que dans certaines conditions ou à certaines périodes au cours de l’ontogenèse d’un organisme. Le caractère biologique inné, déterminé dès la naissance, est contrôlé par des gènes ou désigne les traits qui dépendent du patrimoine héréditaire de l’espèce. Les instincts s’adressent à des comportements spécifiés par les gènes.

La relation, âme de l’éducation

C’est dans ce cadre que Martin Buber parle de la relation grâce auquel l’enfant s’exprime, s’expose, se pose en face du monde, ne le rencontre pas. « L’instinct de relation est le désir ardent que le monde devienne une personne qui nous soit présente, qui vienne à nous comme nous à elle, qui fasse choix de nous et nous reconnaisse tout comme nous le faisons qui se confirme en nous, comme nous en elle ». L’acquis désigne les caractères qui résultent des facteurs environnementaux et de ceux qui résultent de l’expérience, de l’apprentissage individuel ou collectif, lui-même lié à l’enseignement et à l’éducation. Cette distinction s’avère simpliste ne prend pas en compte les facteurs non-génétiques qui peuvent déterminer certains caractères biologiques avant même la naissance. C’est le cas de l’environnement intra-utérin dans le ventre de la mère chez les mammifères : lors de la gestation, l’embryon puis le fœtus sont confrontés des facteurs chimiques, les hormones, biophysiques tels que température, environnement sonore, esthétique ou lumineux, qui ont des conséquences sur son développement ultérieur.

Inné et acquis

Inné et acquis ne sont pas exclusifs l’un de l’autre : un trait peut avoir une composante génétique et être affecté par l’environnement. Il en est ainsi de la pigmentation de la peau humaine, contrôlée par des facteurs génétiques comme les mélanines mais aussi par le degré d’exposition aux rayons UV ce qui explique la diversité des couleurs de la peau chez une même personne en été et en hiver. Certaines espèces d’oiseaux reconnaissent de façon innée la silhouette d’un oiseau de proie planant dans le ciel, sans même n’en avoir jamais vu auparavant. En l’absence de stimulus approprié, c’est-à-dire en l’absence d’une telle menace, cette faculté reste "silencieuse". Ici, la faculté de réagir à la forme d’un prédateur est innée car transmise par l’hérédité et non acquise. En génétique moléculaire, on distingue les facteurs environnementaux, génétiques et épigénétiques, c’est-à-dire des facteurs qui, sans altérer la séquence des nucléotides portés par les chromosomes, modifient l’expression des gènes.

Matériaux de construction

Comment s’y prendre pour dresser la liste des matériaux disponibles pour une construction sensée durer toute une vie et que peu de projets parviennent à réaliser ? Les visions à court terme actuellement en vigueur dans la plupart des organisations publiques et encore plus privées rendent aléatoires tous projets d’importance ayant un impact sur l’adaptation du vivant à un nouveau monde. Sa lettre de mission doit mentionner la capacité à influencer les écosystèmes, la propreté de la planète et de son environnement où l’on circule entre les immondices comme dans les ports de marchandises. Toutes envisagent des plans élaborés pour durer bien moins longtemps que le spectre d’une vie même à un moment où celle de l’homme s’allonge proportionnellement aux progrès de la science, de la biologie, des technologies dont profite en premier lieu la médecine. Le maintien dans l’orthodoxie n’est-il pas le plus souvent assuré par la famille, les parents, les lignées ancestrales qui disent au nouveau né la ligne à suivre pour ne pas s’en éloigner ?

Stabilisation

Mais quand ces stabilisateurs, ces amortisseurs n’empêchent ni tangage ni roulis, il faut attendre que l’océan se calme à moins que le navire ne change de direction pour aborder la vague selon une nouvelle incidence. Ou bien encore se faire remorquer jusqu’au quai du port, à l’abri de la houle et des risées. Après quoi, on pourra réfléchir à la complexité du monde et de ses représentations. On pourra réaliser cette approche à partir de l’entre lacs du cerveau d’un hominidé. Grâce à la multiplicité de ses interconnexions neuronales, des réseaux permettant l’accès aux cibles appropriées émergeront du cône de croissance de l’axone pour se connecter à elles. A partir de cette réalisation, un système serait prêt à fonctionner pour pénétrer dans la complexité chère à Edgar Morin. Celle-ci pourrait atteindre des extrémités proches des contradictions dont l’une s’appliquerait à l’aporie de l’apprentissage qui pose plus la question du comment apprendre que du quoi apprendre. Comment peut-on apprendre si on ne sait pas déjà ? Si on le sait déjà, alors on n’apprend rien. Pourtant on apprend à nager, à conduire, à apprendre.

Prix de l’apprentissage

A quel prix ? Celui que certains refusent de mentionner car il se réfère à un système fermé. C’est celui de la boucle fermée sur elle-même dont un des maillons inexpugnable de la chaine est l’erreur. Pour l’ouvrir, il suffit de laisser entrer le loup dans la bergerie, en d’autres termes l’erreur. L’inventeur des fractales, M. Mandelbrot qui vient de nous quitter, disait que les grandes découvertes sont le fruit d’erreurs dans les transferts de concepts d’un champ à un autre, le plus souvent opérées par le chercheur de talent qui sait dans quelles conditions on peut les rendre fécondes, ce qui souligne la relativité du rôle de l’erreur et de la vérité. L’évolution de l’être humain vers sa maturité passerait pour René Girard par le désir mimétique, une idée force qui prône que l’homme n’est jamais à la source de son propre désir qui émanerait mimétiquement d’un tiers, médiateur constitué comme modèle et comme rival.

Mimésis

On ne désire que ce qu’un autre désire, chimie particulière qui explique la concurrence entre les hommes et rend compte de la violence qui affecte leurs rapports. Ce sont les cas de la vanité pour Stendhal, du snobisme chez Proust, de l’idolâtrie chez Dostoïevski, de l’héroïsme chez Cervantès. Quand dans une société se déchaine le mimétisme, les désirs tendent vers l’indifférencié aux dépens de la cohésion du groupe, de l’unité sociale jusqu’à l’extrême limite, lorsque les membres du groupe s’entendent pour se livrer à une catharsis collective grâce au sacrifice d’un bouc émissaire.

Un objet fractal ressemble à la surface du poumon (« en 2D ») repliée en une sorte de volume (« en 3D ») est statistiquement autosimilaire, c’est-à-dire que le tout est semblable à une de sparties. Il ressemble aux alvéoles du poumon, jusqu’à ce qu’il ait atteint la taille à partir de laquelle il cesse de se subdiviser de façon fractale, à la taille du libre parcours moyen de la molécule d’oxygène à température du corps.

IIè Partie : demain : René Girard : Le bouc émissaire. John Rawls : La théorie de la justice

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