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Manifestations d’angoisse ?

Se défiler du défilé ?

De la peur à la colère

vendredi 30 janvier 2009, par Picospin

C’est ainsi que commence l’article du Monde consacré aux manifestations de ce jour qui se sont terminées en fin de soirée par des heurts entre les forces de police et quelques manifestants dont l’identité n’a été ni révélée ni soulignée.

Des Français choqués

Si les enquêtes ont révélé que les Français apparaissaient profondément choqués par la crise mais sans désir d’en rajouter, aujourd’hui, le pays est en colère. Pour le gouvernement, la période est rude car les banquiers annoncent des résultats positifs pour 2008, alors que l’Etat vient de leur accorder plus de 20 milliards d’euros de soutien. En outre, certains banquiers et industriels rechignent à jouer le jeu du donnant-donnant que veut leur imposer le gouvernement, en se crispant sur les bonus. Cela alimente dans la population un profond malaise assorti d’un sentiment d’injustice qui peut déboucher tôt ou tard sur une révolte. Pour certains la France, grâce à ses amortisseurs sociaux, semble résister mieux que certains de ses voisins proches ou lointains. Si pour une bonne partie de Français cette crise n’est pas seulement économique et sociale mais avant tout morale, entre temps on a oublié l’homme, privilégié le profit et perdu le sens. Le montant des sommes perdues par les banques et l’ampleur des sommes engagées par les Etats dépassent l’entendement au point que lorsqu’ils en parlent entre eux, les Français se trompent souvent, évoquant des millions au lieu de milliards. A leurs yeux, le monde est devenu complètement fou.

Repères et dérapages

Lorsqu’il n’y a plus de repères, toutes sortes de dérapage peuvent se produire. Nicolas Sarkozy avait fustigé les dérives du capitalisme financier mais il a en même temps ouvert une séquence de dramaturgie pour se présenter comme le sauveur non seulement de la France mais aussi celui de l’Europe dont il a assuré, non sans brio, la direction dans le cadre des rotations imposées par la réglementation. La plupart des médias se sont mis à parler de la crise avec un vocabulaire anxiogène sans que le discours global s’articule autour d’un récit cohérent. Dans le vide actuel, en l’absence d’un plan structuré par le gouvernement et son chef le politique doit construire un discours de sortie de crise, donner du sens et une perspective. Il peut le faire en s’appuyant sur les valeurs montantes – l’écologie, la croissance durable, la quête de solidarité, la mobilisation des énergies, de l’inventivité, des restructurations plus que des réformes dont on se gausse en oubliant que cette activité n’est pas un but mais un moyen dont la réalisation présente moins un caractère d’urgence que de logique, de rationalité et de cohérence – et en tenant compte de ce que disent les Français.

Une submersion

Ceux-ci ne pensent pas que l’Etat pourra relancer la machine et pour cause car la crise a submergé les gouvernements, menaçant même certains de faillite. Ils le voient comme un brancardier qui va soulager les blessés mais ils n’attendent pas de lui – qui a laissé la société dériver – qu’il les sauve. Ils ont compris que les individus avaient la capacité d’agir, en s’adaptant aux exigences d’une écologie de nécessité qui permette de préserver la rareté des ressources en réduisant les besoins après la période d’euphorie et de surconsommation des périodes fastes de l’après guerre. Encore faut-il que le politique organise cette autre manière de vivre, qu’il la canalise et ouvre une perspective sur le nouveau monde susceptible de naitre du précédent qui a tant de choses à rattraper. Au plus fort de la crise, lorsqu’il a agi sur le plan national, européen et mondial, le Président a réussi puisqu’il est parvenu à rassurer et à entraîner. Mais, depuis janvier, son comportement est devenu anxiogène par l’empilement des réformes, la surenchère de paroles et d’initiatives, la noyade des réformes dans le chaos ambiant. Au lieu d’ouvrir un horizon, M. Sarkozy continue de rester collé à l’instant et de prendre des instantanés de la vie comme si le passage du temps n’existait pas. Les syndicats remplissent bien leur fonction de catharsis, d’exaltation du sentiment de révolte mais ils ont du mal à être perçus comme crédibles lorsqu’il s’agit d’aider le pays à sortir de la crise. Quant à l’opposition socialiste, encore dépourvue de doctrine, de véritable projet de vie politique et sociale elle s’imagine qu’il suffit de jouer sur les possibles bienfaits et les rythmes de la consommation pour tirer le pays d’affaire. La solution est loin de tenir exclusivement dans les soins à apporter à la crise sociétale et économique. L’ordonnance consiste à prescrire la refonte du contrat moral et social pour se libérer d’une vision de gouvernance trop économiste et quantitative, toujours capable de contaminer le politique.

Gouvernance

Après les défilés des constituants de la société active et militante, les têtes pensantes se sont enfermées dans les locaux de France Télévision pour échanger des propos souvent peu amènes et un peu tendus et pour terminer sur une question qui ne paraissait pas essentielle dans le contexte de la crise mondiale, des réunions au sommet des montagnes suisses des plus riches de la terre, du projet de sauvetage de l’Amérique et du monde par un Obama en excellente forme. Il s’agissait plus simplement de savoir si notre Président de la République caractérisé à ce moment capital par sa taille semblable à celle Bonaparte ne lui ressemblait pas trop par son désir de pouvoir, d’initiatives renouvelées, de bombardement incessant des adversaires politiques. Voilà la véritable question, le seul enjeu valable qui dépassât tous les autres du moment. Il est vrai qu’il était l’ouvre du dernier livre d’un de nos derniers excellents débatteurs. Il s’agissait comme vous l’avez sans doute deviné d’Alain Duhamel qu’on retrouvait à cette occasion tout frais et dispos, sans âge ou hors d’âge comme le meilleur des cognacs.