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Quel prix payer pour la sécurité ?

Sécurité dans les avions : nudité des passagers à travers un filtre de sûreté.

Nouveaux équipements sécurisés dans les aéroports

vendredi 24 octobre 2008, par Picospin

Le portique de sûreté de l’aéroport se perfectionne au point de s’apparenter à une cabine qu’on imaginerait rencontrer plutôt dans un sex-shop que dans les aéroports. C’est la raison pour laquelle la Commission Européenne de Bruxelles souhaite que les députés européens se prononcent sur l’opportunité de généraliser ces scanners corporels à tous les aéroports européens après sa mise à l’essai dans le seul aéroport de Schiphol à Amsterdam en Hollande.

Technologie

Ces appareils utilisent des ondes millimétriques (UHF) pour traverser les habits et dessiner en 3D le corps apparaissant ainsi artificiellement dévêtu des passagers lors de l’embarquement dans les avions. Cette technologie, sans danger, permet de détecter les armes ou les explosifs dissimulés, que ne signalerait pas le détecteur de métaux classique. En particulier, une lame en composite ou en céramique, des liquides ou du plastic modelé sur le corps, entre les seins d’une poitrine généreuse, par exemple, apparaissent grâce au scanner alors qu’ils ne sont pas visibles sur les images fournies par les équipements actuellement en service. Ce scanner corporel possède au moins deux atouts. Le premier est celui de la vitesse d’acquisition de l’imagerie qui est de l’ordre de 3 secondes et la 2è qui consiste à obtenir une image nettement plus précise du corps du passager ce qui implique une détection sans faille de tout objet susceptible de constituer un danger pour les autres passagers et l’équipage de l’avion lors des vols Le passager pénètre dans une cabine, lève les bras, puis ressort. Cette procédure simple et quasi instantanée permet d’éviter les opérations, parfois considérées comme humiliantes, comme celle de se mettre en chemise, d’enlever sa ceinture, ses chaussures ou ses bottes, sans parler d’une éventuelle fouille corporelle instituée tous les dix passagers. Avec le scanner corporel, l’opérateur et lui seul, placé dans un local fermé, voit les formes du corps présent dans la cabine. On imagine, certes, les dérives possibles comme l’appel à la « perspicacité des collègues » lors de l’apparition d’une personne aux apparences attrayantes. D’un point de vue éthique, les choses les conditions de « visualisation » peuvent être vues sous un angle différent.

Possibilité de dérives ?

Ces appareils permettent de voir tous les détails du corps et de ses organes comme le craint un député social - démocrate bavarois qui voit dans ce repérage technique l’illustration de la « paranoïa possible de certains ministres de l’Intérieur européens des Vingt-Sept face aux risques éventuels du terrorisme. Les implants mammaires, en particulier, peuvent être identifiés. Cet argument n’est apparemment pas décisif si l’on en croit un opérateur spécialisé qui affirme que qu’on peut modifier les réglages de manière à rendre floues certaines zones sensibles comme celle de la poitrine et du bas-ventre. La définition maximale de l’image pourrait alors n’être utilisée que s’il y a un doute sur la présence d’un objet insolite dans ces zones. Le commissaire européen aux Transports, n’a encore pris aucune décision d’autant plus que le scanner corporel ne devrait pas être rendu obligatoire du fait qu’il constitue surtout une alternative aux fouilles manuelles. Liberté entière sera laissée à tous les passagers de choisir entre une file rapide - celle des scanners - et celle plus classique, plus routinière mais aussi plus lente du scanner. Des appareils sont déjà en place à Londres-Luton, Amsterdam-Schiphol et Zurich. Un scanner corporel a été installé à Nice mais n’est pas encore en service. D’autres sont prévus à Roissy-CDG dès que la réglementation sera formalisée. Aux États-Unis, les dix aéroports les plus importants ont été équipés de scanners corporels, ce qui y a provoqué aussi de vives polémiques. Ces réactions hostiles ne devraient pas empêcher les autorités américaines de prévoir l’installation de 30 appareils supplémentaires dans les meilleurs délais c’est à dire au plus tard avant la fin de l’année.

Questionnements

1. Fondements de l’éthique

La question de la dignité humaine est au coeur de l’entreprise philosophique puisque c’est en elle que se décident les fondements de la morale et de l’éthique. Le recul des vérités proposées par les systèmes de pensée rend plus urgente la nécessité d’un accord universel unique minimal autour d’un principe commun à toute l’humanité, même si la reconnaissance du pluralisme des croyances et le respect des cultures s’imposent comme un défi incontournable. Quelque chose est dû à l’être humain du seul fait qu’il est humain. Pour Aristote et Platon, Augustin et Pascal c’est l’intelligence qui fonde la dignité humaine. Saint Bernard et Thomas d’Aquin insistent sur la liberté, sans toutefois contester les Grecs sur le fond. La noblesse de l’être humain vient de ce qu’il est intelligent et au principe de ses actes, c’est-à-dire libre, en quoi il est à l’image de Dieu. Kant fonde la dignité sur la valeur absolue des personnes. Pour lui, l’être humain est infiniment au-dessus de tout prix. Sans reconnaissance de la part d’autrui, cette dignité perdrait son sens et c’est ce qui, selon Hegel, explique que ce désir de reconnaissance puisse aller jusqu’à l’exposition à la mort. La dignité humaine ne tient-elle pas au fait d’être reconnu par l’autre comme porteur d’une qualité dépassant la vie même ?

2. La vie dépassée

La reconnaissance de la dignité d’autrui, de sa valeur absolue, concerne la personne au sens le plus profond. Nous sommes au plus près du « visage », tel que présenté par Lévinas qui affirme que le sens de l’humain est donné par la conscience morale, par cette exigence de nous-mêmes à l’égard de nous-mêmes qui nous fait pressentir qu’en causant injustement du tort à autrui, c’est immédiatement à nous-mêmes que nous faisons du tort. Dans une perspective dualiste la dignité serait le fait de l’âme. Peu importe l’état en lequel se trouve un corps humain vivant, lui et l’âme ne font qu’un, tout et parties, quelle que puisse être la condition apparente, parfois très diminuée, du corps. Selon que la vie d’une personne sera jugée conforme ou non à ce que l’on a posé au préalable comme vie de qualité, la personne sera jugée digne ou indigne de vivre. Pour qualifier, il faut quantifier, alors que la dignité humaine n’a rien à voir avec la quantité.

3. Disposition de soi

L’autre versant de la dignité est le droit de disposer de soi-même en fin de vie dont le corollaire est l’intrusion du droit dans le champ de la morale qui conteste le principe stoïcien qui place la liberté de la personne au fondement de son autonomie. La dignité humaine est irréductible à ce dogme de l’être humain autofondé. L’appropriation de cette dernière fait reculer le veto de l’être au profit d’une reconnaissance de l’être lié par quelque chose qui le dépasse, c’est-à-dire par un sens commun, comme la transcendance divine (Plotin), la fraternité humaine et le refus de l’inacceptable. Les chrétiens résument son sens par l’Incarnation par laquelle le Christ Sauveur confirme dans toute leur plénitude les droits de l’homme en le restaurant dans la dignité qu’il a reçue du seul fait d’avoir été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.