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Nouvelles actions des mouvements ouvriers

Séquestration, esclavage et sortie d’Egypte

Des répliques mesurées ?

samedi 11 avril 2009, par Picospin

Le président OBAMA organise ce soir, à la Maison Blanche, le second Séder pascal en invitant des amis et des collaborateurs juifs à sa table pour y parler de la sortie d’Egypte.
La valeur symbolique de cette invitation et l’occasion à laquelle elle doit sa naissance, dépassent de très loin le cadre d’une simple invitation à dîner.

De l’esclavage à la liberté

Les historiens biblistes se demandent si cette sortie d’Egypte a vraiment eu lieu vers 1400 avant notre ère. Ils émettent les doutes les plus sérieux sur les renseignements donnés par l’historiographie biblique… C’est leur droit et nous ne sommes pas loin de partager leurs réserves. Mais la valeur symbolique de la Pâque n’est, elle, guère sujette à caution car elle fête le passage de l’esclavage à la liberté. Or, le président OBAMA est issu, en partie, d’une lignée d’hommes qui furent réduits en esclavage en raison de la couleur de leur peau, et a même reçu, dans sa tendre enfance, un enseignement religieux dans une madarsa d’Indonésie. Cette catéchèse musulmane a bien dû laisser quelques traces dans les strates les plus archaïques de son âme . Nous avons donc affaire à un homme dont le destin a croisé, de très près, l’esclavage, la servitude et l’oppression, trois choses qui sont dûment combattues dans ce récit biblique de la sortie d’Egypte. L’enseignement religieux doit quitter le fanatisme pour retrouver sa marque d’universalité qui est inséparable de son essence première. La religion, disait Averroès, est la première éducatrice de l’humanité : c’est elle qui a accompagné les premiers pas de l’homme dans sa découverte de la transcendance et de l’absolu. Or, la valeur suprême de l’humain, c’est d’être libre. En cette veillée pascale, les hommes comprennent qu’ils sont nés pour être libres, pour déterminer eux-mêmes leur destin, qu’ils ont aussi un aujourd’hui et pas uniquement un demain ou un après-demain. Sans le dire vraiment, c’est la fête de l’espoir messianique qui domine les veillées pascales : l’homme, quel qu’il soit, doit se souvenir de son statut d’ancien esclave, même s’il s’agit d’une fiction historique, car cela lui permet de vivre ses espérances hic et nunc. Le messianisme ne doit pas rester le rêve éveillé d’un groupe d’hommes, il doit s’étendre à l’ensemble de l’humanité, sans distinction de race ni d’appartenance religieuse. Il doit conduire à élargir le sein du patriarche d’Abraham, celui-là même qui fut le découvreur du monothéisme et le fédérateur de l’humanité en quête de rédemption.

L’esclavage se porte bien

Or, près de deux millénaires après la sortie d’Egypte, l’esclavage continuait de bien se porter sous de nombreuses latitudes, ce qui prouve que la leçon de la liberté doit être sans cesse répétée. Des hommes continuaient d’opprimer d’autres hommes, de les acheter et de les vendre comme de vulgaires marchandises… Aristote lui-même, le précepteur d’Alexandre le Grand ne disait-il pas que l’esclave est simplement un outil … doté de la parole. Ce n’est donc pas sans raison que les grandes solennités reviennent chaque année, confirmant cette appréhension cyclique du temps. L’homme ne retombe que trop facilement dans la barbarie. Et aujourd’hui, l’esclavage en soi n’a pas disparu, il s’est simplement métamorphosé, épousant les exigences du temps. Les femmes, par exemple, n’ont pas toutes réussi leur sortie d’Egypte, cette Egypte imaginaire devenue la quintessence de l’oppression et de la soumission. C’est toute cette symbolique qui est enfermée dans une solennité qui gagnerait à être plus universelle. Toute fête, toute solennité religieuse ou laïque, comportait, dans l’esprit de ses concepteurs, une certaine spiritualisation. C’est une soif inextinguible de liberté qui assaille les travailleurs, employés, salariés de certains établissements au point que, dépassant la simple grève, ils en viennent à prendre en otage leurs dirigeants pour les obliger à négocier et obtenir un partage équilibré des ressources.

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C’est ce qu’a fait un comité d’entreprise extraordinaire qui avait pourtant, après des incidents, été transféré dans un hôtel de la ville mais des salariés ont fait irruption dans la salle, interrompant les discussions. Peu après, le président du groupe suisse, estimant qu’il n’y avait "ni dialogue ni respect", a annulé sa rencontre avec les syndicats prévue la semaine prochaine. C’est ce qui s’est passé à l’usine de Dijon, où travaillent 384 salariés, est occupée et bloquée depuis mercredi. Selon la CGT, la direction a déjà fait venir les huissiers à deux reprises pour constater ces blocages. Selon les syndicats, un expert a été désigné pour analyser le plan social. Le président du groupe a dénoncé "une action illégale qui pénalise les clients, les salariés qui veulent travailler et le site lui-même". Il a demandé à la direction de l’usine de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour "rétablir une situation normale". Un groupe suisse a acheté l’usine Nestlé de Dijon le 1er juillet 2007 avant d’annoncer, début 2009, la suppression d’une centaine de postes dans cette usine bourguignonne, en arguant "la perte de deux contrats importants" et un marché du chocolat qui stagne depuis deux ans.

Dirigeants enfermés

A Bruxelles, des responsables de Fiat se sont retrouvés enfermés quelques heures dans un bureau, pressés par leurs employés de négocier les conditions de leurs licenciements, avant de pouvoir finalement repartir sans problème. En début d’après-midi, le ton monte avec les employés et l’envoyé de Fiat s’enferme dans un bureau à l’étage avec deux responsables de la concession. Selon la direction, les employés empêchent l’émissaire de repartir pour l’Italie tant qu’ils n’auront pas obtenu des négociations. Face à cette nouvelle forme d’opposition aux lois syndicales, les gouvernements peinent à trouver des solutions compatibles avec le maintien d’une activité régulière et harmonieuse et la poursuite de négociations pacifiques sensées aboutir à des solutions pérennes, efficaces pour tous sans risque de démembrement des liens sociaux.

Questionnement éthique :

1. L’origine de la servitude est attestée, dans une zone s’étendant de l’Égypte à la Mésopotamie, depuis environ 1300 ans av. J.C.

2. Les religions Juive, Catholique et Musulmane ont reconnu et justifié l’esclavage, à des degrés divers, dès son origine.

3. L’esclavage est né en Afrique puis s’est étendu au pourtour méditerranéen. Le développement de l’Amérique est responsable, entre le XVII e et le XIX e siècle, de la déportation de 15 à 20 millions d’êtres humains.

4. L’esclavage est officiellement aboli depuis 1848 en France, 1865 aux États-Unis, 1962 en Arabie-Saoudite et 1981 en Mauritanie.

5. « L’esclavage salarié » apparait actuellement du fait que des salariés se retrouvent contraints d’accepter des contrats injustes dans leurs termes. C’est dans ces conditions que l’esclavage moderne est né. Les salariés sont obligés d’accepter des conditions de travail proches de l’illégalité avec des salaires de l’ordre de 622 euros pour 20 H par semaine des postes sans statuts , sans avenir, sans tenir compte de leurs compétences, de leurs diplômes, de leur capacité, de leurs expériences, contrats sous traitants bon nombre de postes supprimés dans le but de réduire le coût du travail et en accroître sa déréglementation.

6. Nous vivons dans une société où le travail n’empêche plus la pauvreté, une société qui génère de la pauvreté par ces contrats aidés, une société où une personne sur cinq est à la fois pauvre et salariée. Ces contrats aidés cherchent à briser toutes les solidarités, renforcent le repli sur soi des individus, nourrissent désespoirs et atteinte des consciences, et peuvent donner à ces travailleurs précaires le goût malsain de l’auto flagellation. C’est un mode de fonctionnement où la plupart de ces salariés sont trop accablés pour réagir car ils ont peur de perdre leur emploi, ils subissent le harcèlement moral, sont sujets au stress et éprouvent une immense frustration. "L’esclavage moderne" commence à exploiter les facultés psychiques ! La généralisation de la précarité, qui pulvérise les libertés et rétablit la servilité en contraignant un nombre croissant d’individus à la sous-activité, crée des catégories de "sous-citoyens" qui se perdent dans l’apathie.

7. La précarisation sème les graines de la violence civile et peut mettre en action les forces les plus obscurantistes de la société.

8. N’est-il pas de notre devoir de mobiliser la société pour éviter que ce qui arrive à l’un ne puisse arriver à l’autre dans l’indifférence et l’inertie car tous deux, loin de protéger donnent à l’employeur ou à l’État plus de conviction et plus de vigueur pour exercer le pouvoir et accentuer la pression sur les salariés particulièrement au cours des périodes de crise.

Cet article a été publié le Samedi 14 mars 2009 à 19:08 par gaechter
dans les Catégories : éducation, handicap, discrimination - exclusion, témoignages, services publics, tout-économique, précarité, travail, conditions de travail, Société.