Un autre regard sur les questions éthiques
 

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Education

Les assoiffés d’éthique
Soif d’éthique
Y aura-t-il assez d’eau pure pour étancher cette soif ?

Article rédigé par Picospin le mercredi 25 mars 2009

La crise a saisi les esprits, interrogé les responsables, les politiques, les juristes sur les causes possibles et les conséquence envisageables de l’épisode actuel qui, par un effet de cartes à jouer et de boomerang a progressivement envahi tous les champs d’activité des nations et réduit brutalement les revenus des individus, des plus riches aux plus pauvres.



Dérégulations

Comme il est habituel en ce cas, ce sont ces derniers qui paient le tribu le plus lourd à la dérégulation économique et financière et, derrière elle à une baisse de plus en plus évidente de la morale et de la déontologie, à un recul du débat éthique et à un laxisme des mœurs. Hier c’étaient des employés, généreusement appelés du terme anglais de « trader » d’une entreprise bancaire qui étaient mis en cause pour escroquerie, aujourd’hui c’est une entreprise de véhicules électriques qui menace de fermer ses portes mettant à la rue des centaines d’employés, avant-hier c’est une ONG israélienne qui accuse des éléments de l’armée d’avoir eu des comportements contraires aux lois élémentaires de l’humanité, en ce moment même, des voix et non des moindres s’élèvent contre les prétentions démesurées de dirigeants de banques qui ont l’impudeur de réclamer à un monde économique et financier exsangue des stocks options pour leur seul bénéfice. Devant ce que l’on peut appeler un effondrement général des conduites, les gouvernements cherchent à faire front, veulent redresser une situation dramatique qui jette les pauvres dans la rue, expulse les salariés et laisse pantois des gens qui s’interrogent sur les causes d’un drame aussi brutal, susceptible de remettre en cause les fondements mêmes du capitalisme. Les gouvernements eux-mêmes, indignés ou faisant semblant de l’être, par les allocations que se font à eux-mêmes les dirigeants des grandes entreprises sous forme de primes concrétisées par les stocks options, cherchent à les réduire à une quantité raisonnable sans provoquer la colère, l’exaspération, l’irritation des autres employés plus modestes agacés par la démonstration de tant d’inégalité.

Réactions

Devant ces réactions déchainées du peuple, tout le monde fait appel à une remise en cause d’un capitalisme, peut-être parvenu au terme de ses capacités à organiser le monde. On souhaite plus d’égalité, condition primordiale d’un retour pacifique au vivre ensemble harmonieux. Le médiateur proposé pour ce retour à la paix civile serait un renforcement de la moralité dont le précurseur pourrait bien être l’éthique, cette partie de la philosophie qui prétend régir les relations entre les hommes à l’aide d’une réflexion commune capable de proposer, mais non d’imposer les règles de conduite dans les situations les plus tendues.

Fondements éthiques, moraux et philosophiques

Pour éclairer cette définition, essayons de consulter les philosophes dont les conceptions, réflexions et opinions de sages se sont penchées sur cette thématique. Aristote place en tête de la pratique de l’action le bonheur provenant d’une activité humaine, élaborée par une âme douée de raison, après un choix consécutif à une délibération alimentée par des éléments tirés de la connaissance et tendant vers le bien prêt à offrir des fins diverses. Avant d’aller plus loin, il est urgent de déterminer la signification de la morale face à l’éthique d’autant plus que ces termes ne sont différenciés que par leur origine grecque et latine. Toutefois, l’éthique se range plus délibérément dans le cadre de la réflexion par une déconstruction des règles de conduite, une tentative d’en défaire les structures et d’en démonter l’édification pour descendre jusqu’aux fondements cachés de l’obligation à partir desquels elle vise à jeter les bases des prescriptions et des jugements moraux. Pour le dire autrement, l’éthique interroge, met en doute et à distance ce que la morale a solidifié en prescriptions à partir d’un élan créateur. Tout récemment, le Président de la République vient d’insister sur l’impérieuse nécessité de moraliser les affaires, la conduite des entreprises, les rémunérations des patrons et les parachutes dorés qui les font s’envoler dans le monde de la volupté des biens matériels. L’affaire ne date pas d’hier puisque c’est déjà en 1970 que Jacques Monod a écrit « Aucune société ne peut survivre sans un code moral fondé sur des valeurs comprises, acceptées et respectées par la majorité de ses membres ».

Des avis éclairés ?

C’est aussi l’avis de la majorité des gouvernants actuels depuis Angela Markel jusqu’à Barack Obama en passant par l’incontournable président de la République qui pense et dit la même chose même si c’est parfois sur un ton encore plus ferme. Pour trancher le débat, convoquons les influences de Spinoza, Kant, Nietzsche, Wittgenstein ou Heidegger dont les opinions sur la morale risquent d’être contestées en raison de son attachement dans le passé aux préceptes du grand Reich nazi. Pour établir et fixer leur conception de l’éthique Spinoza, comme Nietzsche, Kant ou Levinas font appel à la causalité, à la puissance de la vie, de la joie et du désir auxquels vient se joindre le principe responsabilité de Platon et plus récemment de Hans Jonas qui laisse la divinité hors de cause pour responsabiliser l’homme de son choix puis pour l’assumer. De la sorte, ce dernier ouvre une perspective visionnaire aux générations du futur dont l’humanité actuelle porte l’entière responsabilité. Après la disparition des idéologies marxistes léninistes, une suite ou une substitution devait leur être servie. Ce fut accompli après une inclinaison de l’utilitarisme fondé sur la notion du plus grand bonheur pour le plus grand nombre vers les principes de justice de l’Américain John Rawls qui exprime un idéal rationnel où toute augmentation de l’avantage des plus favorisés est compensée par une diminution du désavantage de ceux qui le sont moins. A l’heure où les écarts des revenus dans le monde ont atteint leur apogée, il est tentant pour les dirigeants des pays démocratiques de confisquer cet idéal pour le peuple dont ils ont endossé la responsabilité.




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