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Quelle liberté ?

Soins palliatifs, liberté, ou euthanasie ?

Conditions d’une décision

lundi 26 mars 2012, par Picospin

On dirait qu’il prend le pas sur la vie au moment où cette dernière quitte le corps fatigué ou déchu du mourant dont on cherche à prolonger la vie par des soins « de confort. » C’est à ce carrefour qu’on s’intéresse à ses choix ce qui pose le problème de la liberté. Pour être en mesure de décider de son destin à ce moment de la vie, l’être humain doit disposer d’une entière liberté pour convoquer la mort ou décider de continuer à assumer une vie de plus en plus difficile, sinon douloureuse, inconfortable, sinon sans espoir.

Quelle liberté ?

Pour disposer pleinement de cette liberté, aucun élément qui en perturbe la continuité dans son objectivité et sa neutralité ne doit intervenir pour altérer le choix de continuer à vivre ou de décider d’une mort prochaine. L’interrogation sur la liberté porte sur la condition humaine, déjà posée par les grandes philosophies et qui s’enracine dans une expérience plusieurs fois vécue dans notre parcours sur terre. Sommes-nous libres de choisir entre certains possibles, y compris ce dernier offert par la nature, vivre ou mourir pour échapper quelques instants de plus à la souffrance, l’angoisse, les craintes millénaires ? Cette dimension métaphysique de la liberté renvoie à la terminologie du libre arbitre, des jugements de valeur en procédant à des distinctions morales entre le bien et le mal, l’honnête ou le malhonnête, le juste et l’injuste. Doit-on considérer que tout agent, auteur d’un acte est libre de choisir, d’agir plutôt d’une manière que d’une autre et qu’il était libre d’en décider autrement. Dans la mesure où ce choix existait, se présentait à lui, l’être humain – certains diront « contrairement à l’animal – avait la possibilité de faire autrement ce qui l’a conduit à agir en conscience, de manière intentionnelle et volontaire, il devient responsable de son acte. Est-ce que ce libre arbitre est vraiment le propre de l’homme, ce qui le distinguerait des animaux pourvus d’un système nerveux moins complexe du fait de connections synaptiques inférieures en nombre ? Ou ne serait-il qu’une illusion, cas auquel il faudrait soumettre l’homme au même déterminisme que celui auquel se trouve soumise la nature.

Enjeux

Des enjeux sont impliqués dans la question de la liberté exercée par un homme volontaire et libre qui cherche à initier des actions guidées, inspirées, travaillées par ses propres concepts. Ce sont les jugements de valeur, dans les registres de l’éthique, du politique, voire du juridique dont la validité ne saurait être accordée que dans la mesure où on attribue au décideur sa responsabilité plus que toute autre propriété inhérente à l’homme. Ce dernier est-il soumis à l’influence des conditions de sa vie, de son entourage, de son environnement, voire de la culture, sinon des lois de la nature ? Serions-nous encore placés sous la domination des philosophes de l’Antiquité qui limitaient la conception de la liberté ou du libre arbitre aux catégories de la vie politique, juridique, sinon de l’art de vivre, cette donnée si proche du concept actuel de mode de vie. C’est dans ce cadre que l’homme peut placer ses choix, en s’insérant au mieux, au plus près dans les contraintes posées, sinon imposées plus par la nature que par le hasard. On entre ainsi progressivement dans l’assujettissement aux prescriptions de la nature, à la dépendance à l’ordre du monde, au respect des ordres et commandements décidés par la physique, la chimie, les processus de transformation de la matière. N’est-ce pas déjà glisser vers la nécessité d’un effort de compréhension, de domestication de l’univers pour y faciliter notre intégration sans révolte ni souci de révolution mais avec la confiance accordée au scientifique et à l’être doté d’intelligence cherchant à construire son nid antre ciel et terre, entre glaciers et déserts pour s’y sentir à l’aise et y élaborer les outils nécessaires aux techniques les plus adaptées au confort de vie.

Visions du cosmos

Au-delà, se profile une vision plus étendue et plus profonde du cosmos, en particulier de notre planète terre que nous sommes invités à admirer plus qu’à souiller, à respecter plus qu’à détruire et à conserver pour la garder intacte à l’usage de notre descendance. C’est le mouvement amorcé par l’écologie récemment introduit dans le milieu de l’écologie et dont les habitants de la terre se sont forgé une opinion mal assurée, dubitative sinon sceptique. Le double mouvement envers cette donnée se décrypte dans une tendance conservatrice dans le sens de la protection et de la maitrise des phénomènes connus ou à découvrir mais en même temps dans un désir de rejeter vers les domaines les plus improbables et les risques les moins prévisibles tout ce qui n’est pas du ressort de la responsabilité humaine. C’est aussi une autre manière d’écarter les angoisses et peurs irraisonnées qui hantent la vie diurne mais aussi celle de la nuit avec ses cauchemars, ses rêves, ses peurs de mourir que l’on peut à la fois accepter car elles sont inscrites dans la destinée des êtres vivants mais aussi combattre par la recherche scientifique, la médecine, les mécanismes extraits de la biologie. Il s’agit moins de se révolter que de s’adapter aux conditions de vie offerte ici et ailleurs, si l’on suit les tendances des sciences et celles de l’homme aventureux, plus courageux et actif que précautionneux à explorer son univers. De fil en aiguille, à mesure que passe le temps et que les esprits évoluent, on en est arrivé à une seule et même conception de la liberté et de la volonté.

Projets de la volonté

Dès lors, il dépend de cette dernière de projeter, de planifier, d’espérer et d’entreprendre en vue d’un objectif fixé par l’entendement et réalisé à partir de programmes élaborés par les intentions pour réaliser une planification dans un temps donné qui se complète le plus souvent par une calendrier rarement tenu, plus imaginé que réel mais servant de guide à l’action, à la tension mise en œuvre avant l’exécution, point d’arrivée de la détente à la fin de l’action. Pendant cette période, les arbitrages ne cessent de se présenter aux choix considérés comme les plus judicieux, les plus aptes à apporter la réussite et à satisfaire la curiosité pour les lendemains. Est-ce que ces réalisations sont l’apanage, le fruit exclusif d’une liberté pure de toute influence, de tout guidage secret, de toute influence autre que celle de la seule volonté ? Des intervenants sont attendus à chaque croisement que représentent la culture, la mimésis, si chère à René Girard, imitation ou conformité à la mode, au courant majoritaire de l’art, de la pensée, du discours encore moins que l’éducation, force la plus redoutable rencontrée dès l’enfance, depuis que fut découverte l’intelligence de la nécessité, substitut commode emmenant avec lui le faux, l’erreur, les dérives consécutives à l’hérédité, aux inclinations ou aux penchants avant que n’apparaisse, cognant moins que frappant à la porte de la conscience, la manifestation de l’inconscience, introduite avec fracas par Freud.

Le nécessaire et l’intelligent

C’est sans doute en se débarrassant de toutes ces scories que l’homme intelligent, bientôt augmenté par les superstructures et apports de la technè pourra finir par se libérer de ses limites pour aborder en liberté restreinte, autant que la relativité du même nom, l’art de la discussion, premier et dernier pas vers l’altérité qui nous place au point de vue d’autrui. C’est de cette démarche que dépendra la décision finale, celle du vouloir vivre encore ou de la rencontre immédiate avec la mort. Plus que jamais, elle ne sera validée que par l’absence de toute interférence par les perturbateurs de la conscience, le mal-être, la douleur, l’inconfort sinon la dépression contredite par la vigilance.

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