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Les guerriers en sont remplis

Souvenirs de traumatismes et de stress

Comment s’en débarrasser ?

vendredi 11 juin 2010, par Picospin

Les souvenirs s’échappent parfois comme le voleur de pacotille qui emporte dans son sac les bonbons dérobés à l’improviste sur les devantures des petits commerces. Beaucoup se plaignent de ne pouvoir les rattraper lorsqu’ils s’enfuient au loin à une vitesse telle que plus personne ne peut leur mettre la main dessus

L’hippocampe

A l’inverse, d’autres souvenirs résistent à la fuite du temps et ne cessent de frapper à la porte de l’hippocampe, gentil animal qu’on peut contempler dans son immobilité aquatique à travers les hublots des musées ou les aquariums des particuliers. Un animal ancestral, en quelque sorte qui a du intriguer les successeurs de Darwin. Des hallucinations s’accrochent parfois à la conscience, à l’inconscience ou au subconscient des traumatisés « psychiques » victimes de stress insupportables parce que continuellement présents à leur imagerie, leurs représentations sinon les déformations de figures insupportables pour leurs évocations monstrueuses, leur présence figée comme l’œil de Caïn au-dessus du tombeau. Trop de mémoire tue la mémoire car elle prend la place du défilé des représentations devant un témoin ou spectateur subjugué par le passé et incapable de regarder l’avenir, encore moins le présent. Les hypermnésiques, tel est le terme qui est attribué à cette catégorie de personnes qui ne peuvent rien oublier, subissent une véritable dépersonnalisation.

Trop de mémoire ?

Leur mémoire, leur squelette mental est littéralement asphyxié par le nombre considérable des représentations qui ne cessent de défiler devant eux à un rythme tel avec une intensité si marquée qu’ils finissent par envahir tout l’espace intellectuel et psychique encore disponible pour métaboliser des concepts, apporter sa propre idéation, créer son propre univers. Faute de quoi, c’est toute la galerie des portraits et des ancêtres porteurs de science, de morale, de religion, de comportements qui envahit l’espace cérébral disponible pour son propre usage. Parfois, les images sont si puissantes, si proches, si imposantes dans leurs gros plans photographiés par des génies de la création artistique qu’ils viennent taquiner les réseaux neuronaux répondant par une augmentation du flux sanguin qui les alimente en énergie. Qui sait si Primo Levi, le meilleur témoin de l’intérieur de la Shoah ne s’est pas suicidé en tombant dans la cage d’ascenseur de son immeuble à Turin, 20 ans après la fin de l’holocauste par ce qu’il n’a jamais réussi à se débarrasser des images qui circulaient devant lui nuit et jour, à l’état de veille comme au cours du sommeil. Victimes de viols, témoins de massacres, accidentés de la route ou militaires sont bien souvent la proie de souvenirs traumatisants qui les paralysent au quotidien.

Insomnie et hallucinations

L’insomnie, les hallucinations, l’irritabilité voire la dépression sont des symptômes possibles de ce que les médecins appellent « syndrome de stress post-traumatique ». Pour toutes ces personnes, la découverte par une équipe internationale de la capacité d’une protéine à effacer un souvenir stressant est une source d’espoir. Des chercheurs ont appris à des rats à associer un bip sonore avec l’arrivée d’une décharge électrique, créant un réflexe de stress. Ils ont ensuite injecté un produit essentiel pour la mémorisation et l’apprentissage, dans une partie du cerveau du rat intervenant dans la formation de la mémoire émotionnelle. Confronté au même bip que précédemment, le rat n’a pas manifesté d’anxiété, preuve que le souvenir stressant « appris » avait été remplacé par un autre, n’incluant pas la notion de danger. L’exercice physique favorise la production de cette molécule. De la rapidité de la prise en charge du patient après un traumatisme dépend son évolution psychique dans les mois qui suivent. Dans cette expérience, le souvenir traumatisant est remplacé dans les 48 heures. cette découverte pose également un problème éthique.

Prévenir ou guérir ?

Car si l’on est capable d’intervenir aussi rapidement, on pourrait être tenté, à terme, d’administrer ce traitement à titre préventif, par exemple à des soldats entre deux interventions sur le terrain ». La quête d’une « molécule de l’oubli » permettant d’éviter que les traumatismes ne se gravent dans la mémoire intéresse les neurobiologistes depuis les années 1990. Plusieurs d’entre elles, dont le Propanolol, bêta-bloquant de base, ont déjà donné des résultats intéressants malgré un effet délétère sur l’hippocampe, structure particulièrement fragile du cerveau. Ces effets, ouvrant sur une visée thérapeutique, ne dispensent pas d’un accompagnement par une prise en charge psychologique. Est-ce que cette dernière est susceptible d’aider et de soutenir le processus de la reconnaissance, sorte de réactivation des traces pour favoriser la persistance de l’impression originaire ? Peut-on évoquer à cette occasion l’hypothèse de Bergson selon laquelle le souvenir nait dès le moment de l’impression d’une reviviscence des images ce qui accréditerait l’hypothèse de la préservation par soi d’une existence inconsciente du souvenir, de son cadre, de sa thématique et de l’ombre qui lui fait suite ?

Accéder au plaisir de la redécouverte

N’est-ce pas au plaisir le plus pur et le plus inattendu que l’on aurait accès, grâce à une persévérance qui permet d’édifier le projet d’un acquis pour toujours. On parle de rémanence pareille à celle d’un tube cathodique, de reviviscence, de trace psychique toujours susceptible de s’incliner vers l’oubli définitif, par effacement de traces, contrairement à l’oubli réversible. L’oubli nous fait peur parce que nous serions destinés à tout oublier, mais en même temps nous sommes si heureux de pouvoir lui arracher des bribes de passé. Devons-nous mettre un terme à l’analyse des us et abus de la mémoire dès lors que nous estimons cette procédure inutile, voire risquée et la remplacer par un devoir : celui de la mémoire destiné à terme à toujours prendre le pas sur celui de l’oubli.

Questionnement :

1. Pour Bergson, y a-t-il deux formes de mémoire : - ’la mémoire habitude qui rejoue le passé et le répète.

2. Elle n’est pas reconnue comme passée. Elle utilise l’acquis de l’action passée pour l’action présente. Elle est automatique. Elle est inscrite dans le corps, elle est utile. Bergson prend l’exemple de la leçon apprise par cœur : lorsque j’apprends une leçon en vers, que je récite sans réfléchir, de manière mécanique. Cette leçon a une certaine durée lorsque je la récite. Cette durée est régulière.

3. Quelles sont les différences entre mémoire habitude et mémoire souvenir ?

4. Qu’est-ce qui permet de savoir qu’une leçon a été apprise ? Bergson prend l’exemple du souvenir de l’apprentissage de la leçon apprise par cœur. C’est un fait daté que je ne peux pas recréer. La mémoire pure ou mémoire souvenir permet de savoir que la leçon a été apprise dans le passé et qu’elle n’est pas "innée".

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