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L’autonomie du sujet

Suicide libre ou assisté

Une question sur le devant de la scène

jeudi 28 novembre 2013, par Picospin

Avaient-ils imaginé que leur geste intime, à la fois romantique et violent, deviendrait un élément du débat public ? Les décès par suicide de deux couples d’octogénaires sont au cœur de la problématique de la fin de vie, focalisée ces dernières années sur l’assistance médicalisée à mourir en cas de maladie incurable et la sédation profonde (endormissement jusqu’à la mort) pratiquée dans le cadre des soins palliatifs sans l’intention de tuer. Ils inscrivent dans le débat de la question du suicide assisté, une revendication plus radicale exprimée par des personnes âgées

Se donner la mort ou la faire donner par des aidants pour réaliser ce qui n’est pas toujours du domaine de l’acte réalisable surtout lorsqu’il s’agit d’un couple qui a décidé de "partir" ensemble, en même temps vers une destination inconnue, celle de la mort, seule délivrance possible, envisageable d’une vie devenue impossible, insupportable du fait du poids de l’accumulation des années, des agressions de l’environnement. La décision peut être brutale et désespérée, ou être parfois le fruit d’un long cheminement. " Dans chaque réunion publique, j’entends des gens raconter des suicides de proches, vieux ou grands malades, des histoires de gens qui se sont pendus ou jetés dans le vide, car avoir la bonne combinaison de médicaments n’est pas donné à tout le monde. Une loi permettrait de rassurer ceux qui redoutent leur fin de vie, sachant qu’ils ne vont pas être aidés. " Et donc d’éviter le suicide par anticipation de gens déterminés à choisir le moment de " partir ". Ceux qui revendiquent le droit de décider quand et comment mourir ont cependant un profil bien particulier. Parmi les plus de 50 000 membres de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) qui ont en moyenne 72 ans, il y a beaucoup de personnes issues de milieux plutôt favorisés au point de vue mental, intellectuel, financier. " Il faut réfléchir au geste et au message de ces couples ", car les demandes d’aide à mourir ne sont pas toutes le fait de personnes vulnérables.
" Autoriser le suicide assisté de gens qui ne veulent plus vivre sans être pour autant malades, c’est une autre question que celle de l’euthanasie, et elle n’a jamais été abordée jusque-là surtout sans en avoir discuté en profondeur avec un éventail suffisant large de la population. Notre société se veut solidaire ce qui souligne d’autant plus la nécessité et l’urgence d’une large confrontation quand il s’agit d’évoquer éventuellement le droit de tuer ou du moins de lever partiellement l’interdit de donner la mort, prescription universelle imposée aux hommes autrefois par l’intermédiaire de Dieu, aujourd’hui sous le sceau d’une loi universelle à appliquer dans le cadre de la laïcité ou de toute croyance en l’homme, l’humain si ce n’est sous les auspices d’un humanisme atteignant parfois à la sacralité. Quel sens cela aurait-il si désormais la solidarité, c’était une loi aidant les gens qui ne veulent plus vivre à se suicider ? ",
Offrir une assistance au suicide, la France n’en est pas là. Mais la question est désormais clairement posée sur le plan politique, alors qu’elle ne l’était pas lors de la campagne présidentielle. Précédemment, les autorités morales, légales ne s’y étaient pas montrées favorables, mais avaient ouvert la voie au débat, en estimant que si la France prenait cette direction, il faudrait que l’État prenne ses responsabilités en organisant la procédure, contrairement à la Suisse, où des associations s’en chargent dans certaines conditions particulières et sous réserve que les "impétrants" se chargent eux-mêmes de procéder à la réalisation de leur suicide, responsabilité personnelle qui soulage celle des médecins d’accomplir un geste pour lequel ils ne sont ni préparés ni volontaires, et qui se situe à l’opposée du serment d’Hippocrate. Dans la foulée, l’Élysée avait saisi le Comité consultatif national d’éthique sur la fin de vie, demandant notamment une réponse sur l’assistance au suicide. Dans un avis rendu en juillet, le CCNE s’y est opposé. Actuellement, une " conférence citoyenne " réunie par le comité est en pleine réflexion sur toutes ces questions. Elle livrera ses conclusions le 16 décembre. Un nouvel avis du CCNE suivra, puis un projet de loi – l’Élysée l’a en tout cas promis.
Le suicide assisté y figurera-t-il, et sous quelle forme ? En la matière, l’exemple souvent mis en avant en France, est celui de l’État de l’Oregon aux États-Unis où une assistance est offerte, dans des conditions strictes. Le candidat doit être gravement malade et avoir une espérance de vie limitée. Si la demande est acceptée par plusieurs médecins, le patient reçoit une ordonnance de produits létaux, puis se débrouille seul, ou renoncent à passer à l’acte. Une telle solution permet d’éviter l’exécution du geste de donner la mort par un médecin ou un soignant, circonstance qui séduit le corps médical, la société dans son ensemble et en particulier ceux qui sont en première ligne, les soignants de la médecine palliative.