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Suicide ou euthanasie

vendredi 28 septembre 2007, par cristof

« Continuer à alimenter et à hydrater un patient par voie artificielle, même s’il se trouve dans un état végétatif avancé » : c’étaient, il y a quinze jours, les directives publiées par la congrégation pour la « Doctrine de la foi », d’obédience catholique. Depuis, les partisans italiens du droit à l’euthanasie brandissent le dossier médical de Jean-Paul II pour appuyer leur thèse. Les conditions exactes de la mort du pape polonais restent toujours mystérieuses sinon secrètes.

Une mort secrète ?

Le directeur de la revue laïque de gauche MicroMega a convoqué la presse pour lui demander d’aider les autorités à faire toute la lumière sur la mort de Karol Wojtyla et à inciter l’Église à modifier son discours sur les conditions de la fin de vie. Il était accompagné de l’épouse de Piergiorgio Welby, à qui l’Église avait refusé récemment des funérailles religieuses sous prétexte de sa demande de débranchement de son appareil respiratoire. L’autre
accompagnante était était une médecin anesthésiste, Lina Pavanelli, auteur d’un article controversé sur « la douce mort » du Pape.

Contestations et interrogations

La longue agonie de Jean-Paul II ne cesse de poser des questions sur la qualité des soins qui lui furent apportés. C’est sur ces informations délivrées par le Vatican que s’est appuyée le docteur Pavanelli pour démontrer que le Pape était mort à la suite d’un manque planifié d’alimentation. Selon elle, si le patient avait été correctement nourri, il aurait pu survivre plusieurs années. Le désirait-il vraiment ? On a rétorqué qu’une sonde gastrique, mal supportée par le patient, avait été posée chez le Pape et qu’elle n’a été retirée que lors de ses apparitions publiques.

Protocoles ?

Les médecins n’auraient pas suivi les protocoles qui s’appliquent d’ordinaire à un patient atteint de la maladie de Parkinson dont Jean-Paul II était atteint depuis plusieurs années. « Le Pape et ses médecins connaissaient parfaitement son évolution. Ils avaient eu le temps de penser à cette fin prévisible », a estimé la directrice de l’école d’anesthésie de l’Université de Ferrare qui accuse ses confrères d’être intervenus en dernier recours. Une sonde abdominale aurait permis de le nourrir sans douleur et sans le laisser s’affaiblir. Ses médecins qui connaissaient cette éventualité, n’ont rien fait. On peut se demander pour quelles raisons une telle attitude médicale a été décidée.

Raisons d’une décision ?

Fut-ce une forme d’« euthanasie par omission » celle qui précisément est dénoncée par le Vatican, ou obéirent-ils à leur patient parce qu’il aurait pu refuser des soins ? Le 2 février 2005, le Pape avait été transféré à l’hôpital Gemelli de Rome où il refusa toute pose d’une sonde abdominale. Après une seconde hospitalisation, du 24 février au 13 mars, il regagnait le Vatican pour y mourir. Apparaissant en public malgré le conseil des médecins, incapable de s’adresser à la foule le jour de Pâques, il glissa à son secrétaire, « Il vaut peut-être mieux que je meure, car je ne peux plus remplir ma mission. ». Le lendemain, il était envahi par une septicémie suivie d’un arrêt cardiaque ce qui incita ses médecins à conseiller un retour à l’hôpital, décision qui fut refusée. Appelé à son chevet, le chef des urgences de l’hôpital Gemelli trouva le Pape en train de dire adieu à ses proches pendant que les « préparations nutritionnelles » furent renvoyées de son appartement à la pharmacie centrale du Vatican.

Prière ou volonté de mourir ?

Lorsque le lendemain Karol Wojtyla déclara : « Laissez-moi aller au Père", plusieurs versions de ces dernières paroles ont été rapportées et interprétées. Pour les uns elles exprimaient sa volonté de mourir en paix, sans acharnement thérapeutique, pour les autres comme son premier médecin et son successeur, c’était une prière intérieure. Selon la version officielle du Vatican, publiée pour mettre fin aux polémiques et aux rumeurs, les soins apportés au Pape n’ont jamais été interrompus. Comment se situent euthanasie et suicide dans cette problématique. Les questions viennent d’être soulevées à propos de quelques évènements ayant touché des personnalités connues par le grand public. Elles continuent d’alimenter la polémique sur l’euthanasie dont un des intervenants est le chef du service de réanimation d’un CHU parisien.

Un paradis de l’euthanasie ?

A propos du « voyage en Suisse » qu’a effectué une comédienne connue pour y réclamer la mort, ce dernier pense que la situation aurait parfaitement pu être réglée de la même façon en France avec ou sans l’aide de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité). Dans son service, en tout cas, tout est organisé pour accompagner les malades en fin de vie, pour soulager leur souffrance et leur préparer une mort aussi douce que possible. Dans « Le Monde » du 26 septembre 2007, Corine Pelluchon, agrégée et Docteur en philosophie, s’interroge sur le rôle de la législation sur l’euthanasie où doit dominer la proportionnalité des soins, basée sur une pratique devenue courante des soins palliatifs que notre philosophe appelle culture palliative. Elle se demande comment le législateur et la société peuvent assigner aux médecins la tâche de tuer un patient et que la loi puisse les obliger à administrer la mort.

Hippocrate peut-il tuer ?

Il y a nécessairement dans cette dualité une contradiction qui brouille les objectifs de la médecine telle qu’elle est enseignée depuis Hippocrate et l’introduction d’un acte volontaire qui ne fait nullement partie des techniques médicales figurant au programme des universités. Si la solution à la souffrance a pu être considérée autrefois comme le recours à la mort, cette attitude n’a plus cours au moment où les médications disponibles permettent actuellement de procurer une fin de vie douce, exempte de douleur, sinon de conscience, du fait même de l’autorisation légalisée de recourir aux produits morphiniques, hautement culpabilisés dans le passé, mais qui ont acquis droit de cité récemment du fait de la mise au point d’un consensus pratiquement généralisé. Le souci du bien commun exigerait que des limites soient tracées à la revendication universelle de la demande ou de l’exigence de mort, droit qui pourrait s’avérer incompatible avec les fondements moraux de la démocratie. Cette prise de conscience renverse les termes utilisés pour la justification de l’euthanasie à un moment où même – et surtout – aux Pays-Bas, on confirme de plus en plus que les demandes d’euthanasie sont inversement proportionnelles aux disponibilités en soins palliatifs.

Une relation inverse

Pendant ce temps, on apprend qu’un philosophe viennois, devenu grand journaliste français, a décidé de mettre fin à ses jours en même temps que ceux de son épouse pour éviter que l’un ou l’une ne survive à l’autre. Comme Pascal en son temps, il a fait l’hypothèse, sinon le pari, que s’il y avait une vie après la mort, il ne serait pas séparé de sa femme et qu’ils continueraient à vivre ensemble quel que soit le milieu qu’ils seraient susceptibles de rencontrer dans un autre monde. Dans une déclaration dont la qualité humaine, affective et intellectuelle se situe hors du commun, il insiste sur l’amour qu’il a toujours éprouvé pour Dorine, celle dont l’amour réciproque lui a permis de construire son ouvre. Cette mort hautement consciente, réfléchie, longuement prévue n’entre ni dans le cadre d’une décision brutale ni d’une diminution de la conscience dont les possibles nébulosités auraient pu influencer le dernier regard porté sur une fin de vie programmée ou voulue.

Questionnement éthique :

1. Où se cachent les difficultés d’une législation sur l’euthanasie ?

2. Comment admettre la continuité d’une réflexion puis d’une décision sur sa propre mort quand on connaît les changements brusques et fréquents d’humeur d’un patient en fin de vie en fonction de son état physique et moral, des traitements prescrits et de l’accompagnement assuré ?

3. Que penser de la nécessité absolue de trouver un financement spécial et spécifique pour les accueils, hospitalisations et encadrement indispensables à l’exercice des soins palliatifs ?

4. Quels organismes pourront assurer financièrement et matériellement la formation de soignants qui se destinent à la mission difficile et psychologiquement dangereuse de s’occuper des mourants ?