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Nietzsche, Wagner et Hitler : un sacré trio ?

Suicides : Une civilisation suicidaire sans Dieu ?

Qui a tué Dieu ?

jeudi 9 décembre 2010, par Picospin

Dans le domaine médical, on parle aussi d’autolyse ou de T.S. (tentative de suicide). Pour considérer qu’on est en présence d’un suicide, la mort doit être l’intention de l’acte et non simplement une de ses conséquences. Un attentat-suicide, par exemple, sera considéré comme relevant plus d’une action terroriste ou d’une forme de martyre, selon la personne qui parle, que du suicide.

Qu’est-ce que le suicide ?

Si le suicide a des conséquences légales, il doit être prouvé qu’il y a eu intention et mort pour que l’acte soit qualifié comme tel. Le suicide est un acte complexe, qu’on ne peut prétendre approcher qu’avec une seule discipline. C’est pourquoi, lorsqu’on parle de suicide, il est logique de faire appel à la médecine, la psychopathologie, la sociologie, l’anthropologie, la philosophie, la théologie, voire l’histoire. Si l’on considère même de loin et de haut les résultats des statistiques relevées par pays, il saute aux yeux qu’ils se produisent le plus souvent dans les pays du nord de l’Europe ce qui tendrait à suggérer que la durée du jour, celle de l’éclairage par le lumière du soleil joue un certain rôle dans cet acte ou l’intention de l’accomplir. Il est aussi plus fréquent dans les nations d’Asie, et en particulier au Japon et au Sri Lanka. Pour le premier, la cause la plus souvent avancée pour en expliquer la fréquence élevée est la pression sociale qui s’abat de façon rigide sur une enfance soumise à une obéissance, à une discipline rigoureuse et à une tradition de l’honneur et du sacrifice de la vie comme on en a observée au cours de la 2è guerre mondiale et autrefois dans les comportements des samouraïs. Le fils de Samouraï était soumis à une discipline très stricte.

La dure condition du Samouraï

Le temps des caresses maternelles est douloureusement court. Avant même d’avoir vêtu son premier pantalon, on l’avait soustrait autant que possible aux tendres contacts et on lui avait appris à réprimer les élans affectueux de l’enfance. Le plaisir oisif était mesuré et le confort proscrit. Dès le moment où il sut parler, on l’enjoignit de considérer le devoir comme le seul guide de son existence, le contrôle de soi comme la première règle de conduite, la souffrance et la mort comme des accidents sans importance, sinon valorisants. Cette éducation austère était associée à des impératifs contraignants, destinés à développer une impassibilité dont l’enfant ne devait jamais se départir, hormis l’intimité de la maison. On accoutumait les garçons à la vue du sang. De retour chez eux, on les obligeait à manger un grand plat de riz coloré en rouge sang afin de réprimer tout sentiment d’horreur secret. On les contraignait à se rendre seuls, à minuit, sur les lieux du supplice, et à en rapporter la tête d’un des condamnés pour preuve de leur courage. La crainte des morts était jugée tout aussi méprisable de la part d’un samouraï que de celle des autres vivants. Le jeune samouraï devait apprendre à se prémunir contre toutes les peurs. Dans toutes ces épreuves, la plus parfaite maîtrise de soi était exigée.

Maitre de soi comme de l’Univers

Aucune fanfaronnade n’aurait été tolérée avec plus d’indulgence que le moindre signe de lâcheté. On lui choisissait des compagnons parmi les fils des domestiques, plus âgés que lui et sélectionnés pour leur habileté dans l’exercice des arts martiaux. Ses repas, n’étaient pas raffinés, ses tenues légères et rudimentaires. Pour son éducation religieuse on lui apprenait à vénérer les dieux anciens et les esprits de ses ancêtres. On l’initiait à la foi et à la philosophie bouddhiques et on lui enseignait l’éthique chinoise. Peu à peu, à mesure qu’il passait de l’enfance à l’adolescence, la surveillance à laquelle il était soumis s’amenuisait. On le laissait de plus en plus libre d’agir selon son propre jugement, avec la certitude qu’on ne lui pardonnerait pas la moindre erreur, qu’il se repentirait toute sa vie d’une offense grave et qu’un reproche mérité était plus à redouter que la mort même. Protégé par les mœurs candides de la vie du vieux Japon, le jeune samouraï gardait en grandissant une pureté d’esprit et une simplicité de cœur exceptionnelles. Il apprenait son métier au sein d’écoles anciennes dispensant une formation aux armes, à la stratégie, au renseignement et aux divers aspects de l’art de la guerre. Sans avoir eu le moindre contact avec un samouraï, Un lycéen s’est suicidé dans la nuit de lundi à mardi dans un établissement scolaire privé d’Avignon (Vaucluse) après avoir annoncé son geste sur le réseau social Facebook, a-t-on appris mercredi de source judiciaire.

Un nouveau suicide

Le corps sans vie du jeune homme âgé de 18 ans a été découvert mardi dans la chambre d’internat qu’il occupait au lycée privé Saint-Jean-Baptiste de la Salle, dans le centre d’Avignon. Selon le quotidien La Provence, il aurait annoncé son intention de se suicider en changeant la veille le statut de son profil sur Facebook et en écrivant "C’est mon dernier jour" en anglais. Le jeune homme était élève en première STI électronique. Il s’est pendu à l’aide d’un foulard à la tringle d’un rideau. Une cellule d’aide psychologique a été mise en place pour les élèves et le personnel de l’établissement. Le contrôleur général des lieux de privation de liberté constate un manque de formation des éducateurs et un "recours abusif" aux moyens de contrainte physique dans certains centres éducatifs fermés (CEF), dans des recommandations récemment publiées. "Les contrôleurs ont constaté un recours abusif aux moyens de contraintes physiques parfois érigées au rang de pratiques éducatives". L’embarras de certains éducateurs à faire régner la discipline" se traduit par l’enfermement, des placages au sol ou des corrections physiques". "Cette attitude témoigne d’une incapacité à gérer les conflits avec les enfants." "Les liens avec la psychiatrie sont ténus sinon inexistants", a-t-il souligné. Plus de 12 000 décès par an sont dus à un suicide ce qui représente une mortalité plus importante que celle due aux accidents de la route. Pour l’entourage et les proches, lorsqu’il se produit c’est l’incompréhension car personne n’a vu venir le drame.

Incompréhension

Les hommes sont deux fois plus nombreux que les femmes à mettre fin à leurs jours même si ces dernières procèdent à un nombre supérieur de tentatives heureusement sans réussites. Les plus touchés sont les 30-59 ans. Les hommes sont plus souvent en rupture sociale et familiale que les femmes et ont moins recours à un soutien médical ou psychologique et utilisent des moyens plus violents pour mettre fin à leurs jours". Plus de 60 % des hommes et 80 % des femmes « suicidants » avaient consulté un généraliste, ou un psychiatre, dans les six mois qui ont précédé leur acte désespéré. Ces personnes sont sous allocation longue durée parce que souffrant d’une maladie chronique, ou connaissant un grave problème de santé. Cette forte incidence souligne la fragilité des personnes souffrant d’une affection longue durée, et la nécessité d’un suivi et d’un soutien psychologique. Les psychotropes et antidépresseurs sont incontournables car entre 30 et 60 ans, plus de 60 % des hommes et près de 90 % des femmes suicidés prennent des psychotropes. Somnifères et tranquillisants sont aussi surconsommés dans les six mois précédant l’acte. L’alliance entre le médecin et les proches est le meilleur moyen d’aider la personne à sortir de l’impasse. Ce travail permet a mis en avant les risques liés à l’état de santé et à la prise de médicaments, qui sont autant de signaux d’alerte. Médecins et scientifiques devraient s’attacher à explorer la situation personnelle des suicidants, pour préciser les événements susceptibles de provoquer le drame tels que rupture, chômage, solitude.

Solitude des mourants et des suicidants

81 % des hommes et 87 % des femmes suicidées vivaient seuls, et 87 % et 66 % étaient au chômage. Un nouvel antidépresseur, "l’Agomélatine", sous le nom de "Valdoxan" possède régule l’horloge interne, perturbée en cas de dépression, en imitant la mélatonine, notre "hormone du sommeil". Cette molécule a eu son heure de gloire il y a déjà un certain nombre d’années lorsqu’elle fut recommandée contre les troubles du sommeil, les insomnies consécutives aux changements d’horaire brutaux comme ceux que l’on subit à l’issue de voyage en avion d’ouest en est. Les voyageurs habituels, les hommes d’affaires et autres personnalités politiques victime désignées de ces inconvénients en consomment de fortes quantités en prévention de l’insomnie quand, débarquant de l’aéronef, ils doivent assurer dans les heures qui suivent un calendrier de travail fourni et dense auquel ils ne peuvent échapper en raison de leurs engagements antérieurs. Dans ces conditions, ils ne sont guère les candidats privilégiés au suicide laissés à d’autres catégories de personnes bien plus défavorisées qu’eux. Notre philosophe à la réputation écornée pour avoir été le porte voix complice initiateur de la pensée hitlérienne a de plus acquis une respectabilité discutable pour avoir ensuite annoncé la mort de Dieu à un moment où personne ne se serait permis de mettre en doute son existence. Ce furent les cas de déistes comme Voltaire ou de polythéistes comme Spinoza qui aimaient à considérer la création comme l’ensemble constitué par le Créateur, les créatures et la nature.

Qui a tué Dieu ?

Cette vision du monde était révolutionnaire au point que le point de vue de l’auteur du "Gai Savoir" devenait une monstruosité inacceptable même par les esprits les plus tolérants. La revendication de ses idées bien après sa mort au nom des concepts fascistes n’a fait qu’ajouter à la terrible réception de son entendement philosophique. L’incompréhension de son message a été d’autant plus mal ressentie qu’une fausse interprétation de son discours a fait dire au vulgaire que c’était lui qui avait tué Dieu. La vérité était tout autre. Il voulait plutôt discourir sur l’assassinat de Dieu par l’humanité ce qui avait eu pour conséquence de la laisser seule, isolée, sans aucun recours. Avoir l’outrecuidance de penser maintenant que l’humanité se suicide devant l’énorme quantité de suicidants, devant la prise de conscience que l’homme tient en main les armes de destruction massive capables de détruire notre planète.

Bibliographie :
Nietzsche : Le Gai Savoir
Strauss L, Cropsey J. Histoire de la philosophie politique. Paris, 1999, Quadrige/ PUF