Ethique Info

Accueil > Société > Suicides au travail : quel remède ?

Comment organiser le management pour et non contre l’homme ?

Suicides au travail : quel remède ?

Que faire des grandes entreprises ?

jeudi 29 octobre 2009, par Picospin

A l’intérieur d’un cadre juridique et de contraintes établies, comment poser les questions pertinentes sur la façon de mener une activité qui suscite des relations et une ambiance de travail susceptibles de déterminer la bonne marche de la production ?

Malaise dans le travail

On continue de se perdre en conjectures sur le malaise général des travailleurs, des salariés des grandes entreprises, de tous les employés et cadres qui proclament qu’ils ne sont plus en état de supporter la pression du management, terme élégant mais ambigu qui cache mal la mixité des équipes dirigeantes, elles-mêmes pressées par leurs supérieurs et par les actionnaires d’obtenir à tout prix des résultats pour satisfaire les investisseurs qui disent placer leur confiance dans l’activité, l’intelligence, le dévouement de ceux qui ne cessent de travailler pour eux. Tant que la protection et les ordres viennent d’en haut, sous une forme logique, rationnelle, droite et compréhensible, les collaborateurs ne rechignent guère à exercer leur métier et leur mission avec dévouement, compétence et honnêteté.

Un grain de sable ?

Si un grain de sable vient s’intercaler dans les délicats rouages entre direction, planification et exécution, le système se grippe à l’instar de celui qui vient de toucher le fonctionnement d’un certains nombre de pays qui ne savent sur quel pied danser inspirer puis prendre les mesures de précaution, de prévention sinon de traitement capables toutes ensemble de protéger les collectivités contre un virus qui s’insinue partout, pénètre dans les pores les plus étanches, enfoncer les lignes de défense immunitaires les plus solides et les plus vaillantes et finalement enfoncer un front prêt à céder sous les coups de butoir de virus déguisés, de nouvelles armes mises en route par ces derniers et d’un esprit offensif auquel peu d’arguments scientifiques résistent. On peut supposer que les relations entre travail et intégrité des défenses, en particulier par une mobilisation des forces immunologiques restent stables même si de part en part et de ci de là on compte des blessés dans ces combats, parfois même des blessés de la vie plus que des blessés au combat.

Bilan

Comme le bilan est impossible à faire, car on ne saurait évaluer les forces perdues en raison de l’impossibilité de compter les morts et les traumatisés ramassés sur le champ de bataille, le comptage restera aléatoire et on ne saura que bien plus tard combien cette bataille aura couté à la santé publique, aux firmes pharmaceutiques qui fabriquent les armes de défense comme on met en piste chars d’assaut et chasseurs dans le ciel. Les autopsies disent très bien quelle est la nature des blessures et des plaies découvertes sur blessés et cadavres. Ces dernières ne précisent pas toujours quelle est leur origine exacte et quelle est la nature des armes employées pour les obtenir. Dès lors, pour donner de la véracité aux enquêtes, on préfère considérer les lieux de mort au lieu des lieux de vie et inférer de ce renseignement les causes des gestes conduisant au suicide, point d’orgue d’une aventure au travail qui a mal tourné et qui de ce fait culpabilise dirigeants, intermédiaires et courroies de transmission. A ce point, la dignité présumée et qui se veut démonstrative du courage sinon de l’héroïsme se doit de n’exhiber aucun signe de faiblesse, de relâchement devant des dirigeants administratifs ou techniciens transformés en magistrats prenant parfois la robe du juge d’instruction.

L’aveu

Devant l’interrogatoire, les menaces, la nécessité de la plainte ou de l’aveu apparaît la métamorphose, qui dissimule sous le masque des troubles psycho-somatiques, l’atteinte et la sortie par médicalisation des troubles apparus, supportés, traités, stabilisés, même s’ils se montrent sous la forme plus grave du syndrome subjectif post-commotionnel. Face à ces spectacles du désarroi, de l’échec, d’une perspective globalisante et réductrice, que peut opposer l’équipe du management avec son éthique, ses qualités humaines, son savoir-faire voire ses compétences. C’est de montrer, d’appliquer après réflexion sur soi et de soi, des principes présentables pour encadrer la cohérence, le courage d’affirmer et de s’affirmer, le choix de respecter l’autre dans un élan de modestie si rarement exhibé en ces moments mais qui rend possible et sans doute plus efficace l’échange et la confrontation des pratiques dans une liberté qui autorise à garder le sens de l’action et la responsabilité de son effectivité.

Symbole du pouvoir

C’est à franchir ces étapes qu’est atteinte et clarifiée la fonction symbolique du pouvoir comme pôle de référence assumant des orientations et des choix capables d’assumer des orientations et des choix pour mieux situer la place et le rôle de chacun dans une transgression toujours à rediscuter et à autoriser. C’est à ces conditions que le collectif se délite en rapports interindividuels, condition minimale pour l’expression débridée des affects et pulsions qui naissent et meurent sur place.

Questionnement éthique :

1. Quelles ont pu être les conséquences les plus défavorables pour le travail de l’introduction de la gestion pour évincer le système de valeurs associé au travail ?

2. Est-ce que mesure constitue un moyen d’augmenter la rentabilité par la mise en place de centres de profits ?

3. Est-ce que la production de valeur se situe plus dans les nouvelles méthodes de gestion que dans le travail ?

4. Est-ce que la disqualification du métier de médecin a été effectuée au moment où un module de sciences humaines a été introduit dans le concours de la première année de médecine avec un programme d’économie de la santé équivalant à un cours de gestion ?

5. Quelles peuvent être les conséquences de l’interdiction à ce moment du terme de médecin et son remplacement par celui de "producteur de soin" ?

Les illusions du management par JP Le Goff
Suicide et travail : Que faire ? C. Dejours, Florence Bègue.


Voir en ligne : Les illusions du management. www.editionsla decouverte.fr/ Suicide et travail:que faire ? www.puf.com