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Système de santé en France : ses qualités, son rang et ses défauts

lundi 20 août 2007, par cristof

Alors que les Français en général ne sont pas avares de critiques contre leur système de santé, cette opinion est loin d’être partagée par les Américains dont certains ne tarissent pas d’éloge sur les points clés de la protection sanitaire en France. C’est en tout cas ce qui ressort d’un récent article publié dans le « International Herald Tribune » daté du 14 août 2007 sous la signature de Paul V. Dutton, professeur d’Histoire à l’Université de l’Arizona.

Raisons d’un respect

A l’appui de l’opinion de cet auteur, il cite le classement très favorable établi par l’OMS à l’égard du système de santé français qui avait été classé N° 1 par l’OMS en 2001 alors que les Etats-Unis n’occupaient que le modeste rang de 37è. Les raisons de cette attribution exceptionnelle tiennent à : 1. La couverture universelle ; 2. Les qualités de réaction des soignants aux demandes formulées par les patients ; 3. La liberté dont jouissent à la fois les patients et les soignants ; 4. La bonne santé de la population et sa grande longévité. Il ne faut pas croire pour autant que cette organisation n’est pas onéreuse. Elle l’est si on la compare aux coûts engendrés par la santé dans les autres pays d’Europe mais elle ne se place que très au-dessous de celle des Etats-Unis avec un rapport de 3.500 $ pour la France contre 6.100 $ pour les Etats-Unis.

Pas de restrictions

Ce que les Français ont de commun avec les Américains, c’est leur horreur des restrictions en matière de soins et leur goût prononcé pour le libre choix des soignants. C’est pour cette raison que tous deux rejettent vigoureusement les systèmes à l’anglaise qui sont qualifiés de médecine socialisée. Est-ce pour autant si différent des statuts appliqués en France où tous les médecins participent en gros à l’Assurance de santé nationale distribuée par la Sécurité Sociale. La liberté de diagnostic et de traitement y est protégée de telle sorte qu’elle risque d’être jalousée par tous les organismes qui offrent aux Etats-Unis une médecine organisée par des assurances ou des sociétés spécialisées dans ce domaine. Si l’on compare les émoluments des médecins de part et d’autre de l’Atlantique, on s’apercevra facilement que le médecin américain moyen gagne 5 fois plus que le salaire moyen d’un employé américain, rapport qui se réduit à 2 si l’on évoque les émoluments du médecin français. Toutefois, cette perte de gain est compensée partiellement par la rareté des procès intentés aux médecins en France et la gratuité de l’enseignement et de la formation des médecins.

Des compensations

De même, les frais administratifs sont-ils limités en France par rapport au coût élevé que représente cette charge aux USA. Les américains en visite en France dans des cabinets médicaux sont surpris par la rareté du personnel administratif par comparaison avec celle, pléthorique, qui sévit en Amérique. Un des autres avantages, et non des moindres, constatés en France est l’absence de listes d’attente si on les compare à celles des patients qui se pressent aux guichets des praticiens canadiens ou anglais. Ces caractéristiques de la pratique de la médecine en France a se contre partie : les médecins de ce pays n’ont consenti a adhérer pleinement à cette organisation des soins qu’à la condition expresse qu’ils bénéficient de la garantie de l’indépendance de la décision médicale, fait sur lequel, les Américains seraient éventuellement prêts à transiger sur cette clause si les Assureurs sont disposés à créer un système sain et équilibré de facturation et de remboursement. Les autorités françaises ont eu la sagesse de traiter raisonnablement avec les compagnies d’assurance privées qui prennent en charge la plus grande partie des frais qui ne sont pas couverts par les organismes de Sécurité Sociale. Le système français décourage fortement d’appliquer les conditions perverses qui règnent aux Etats-Unis chez les Assureurs, c’est-à-dire de refuser toute couverture de santé aux malades qui présentent des antécédents de pathologie grave.

Maladie grave=bons soins

Les malades les plus gravement atteints sont les mieux soignés. Ce qui revient à dire qu’en France, plus vous êtes malade et mieux vous êtes soigné. Cette situation est à l’opposé de celle qui est en vigueur en Amérique. Ces circonstances n’empêchent pas les autorités françaises de devoir résoudre des problèmes de recrutement de nouveaux salariés dans la mesure où chacun d’eux coûte cher à l’employeur en raison des frais trop élevés de couverture de santé. Dans la quête de la meilleure solution pour gagner le plus tout en bénéficiant d’une couverture de santé convenable, beaucoup d’Américains décident de choisir l’employeur qui offre la meilleure assurance de santé sans risque d’être exclu du système de santé à cause d’antécédents pathologiques trop graves. L’importation éventuelle d’une telle modalité d’assurance venue de France mérite sans doute considération même si cette possibilité se heurte encore à de nombreuses résistances.

Alerte

Ces vues plutôt optimistes, même si elles ne sont pas unanimement partagées en France contrastent nettement avec les cris d’alarme poussés par des maîtres à penser de la médecine, de la recherche et de l’enseignement dans les universités françaises. D’aucuns se demandent s’il est approprié de conserver pendant encore longtemps un statut universitaire qui oblige chaque enseignant à s’occuper à la fois aux soins des malades, à la recherche dans le cadre de l’université ou d’organismes annexes comme l’INSERM, le CNRS ou l’INRA. La réorganisation des études de médecine et du statut des cadres avait été promue aux lendemains de la 2è guerre mondiale sous l’égide d’un Professeur de Pédiatrie de renom, Robert Debré dont le fils a pendant longtemps été un des acteurs politiques les plus en vue du gaullisme. On pense que cet organigramme est obsolète à l’heure où la recherche qui se développe et explose exige de plus en plus de forces humaines et de moyens et que les charges d’enseignement sont inégalement réparties tant il reste de disparités entre les besoins de formation et l’excellence exigée.

Nouveaux statuts ?

Ces tensions deviennent plus vives à mesure que risque de s’instaurer l’indépendance, l’autonomie, la privatisation et la concurrence des universités. Dans ces conditions, il est grand temps de retirer de l’actualité les conditions d’enseignement et de pratique du passé pour, pensent certains, mettre en place de nouvelles dispositions capables d’offrir à tous les étudiants les moyens optimaux d’une formation d’excellence susceptible de rivaliser avec les meilleures institutions. C’est pour toutes ces raisons que nombreux sont les cadres universitaires qui prônent de façon urgente une réflexion approfondie sur un nouveau statut des médecins hospitalo-universitaires.

Un inventeur presque naïf ?

Pendant ce temps, d’autres ne se découragent pas de la confrontation avec des évènements parfois hostiles parfois plus encourageants. Tel est le cas d’un chercheur de renom qui en son temps avait lancé le RU 486, produit qu’il avait considéré comme une création liée à une bonne cause, celle de la pilule abortive dont il veut faire bénéficier les plus pauvres comme les femmes mexicaines par exemple. Il se plaint de l’isolement des scientifiques et du peu d’intérêt des gens pour la mécanique de la découverte. Ce processus pourtant, il le cultive dans tous les domaines. C’est en particulier le cas d’une hormone dont il a analysé les potentialités chimiques, physio pathologiques et thérapeutiques, la « DHEâge » qui, d’après lui, pourrait donner naissance à une nouvelle pilule de jouvence. L’allongement de la vie est son objectif majeur, ce qu’il considère comme le phénomène de l’humanité. Ce dernier dépasse de loin les pauvres programmes des gouvernements qui se bornent à étudier le vieillissement dans les maisons de retraite. C’est en raison de la disparité entre des enjeux majeurs comme les programmes d’étude de la mémoire, les traitements des traumatismes de la moelle et les séquelles des accidents vasculaires et la parcimonie de l’aide à la recherche, qu’il s’implique personnellement dans la récolte de fonds pour aider les plus démunis et les plus désespérés. Rêve, utopie, ces objectifs pour lointains qu’ils soient dessinent une perspective que souhaitent construire les savants qui ne se découragent pas, les chercheurs à l’affût des inventions, les organisateurs à celui des constructions politico administratives les plus solides.

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