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Talent sans éducation ?

Talent et éducation

Education avec talent ?

dimanche 24 mai 2009, par Picospin

C’est qu’il provient d’un agrégé d’histoire, dûment adoubé par l’institution pédagogique nationale qui, sans se demander si elle se trouvait encore sous l’emprise d’une gouvernance publique ou déjà sur le chemin de l’autonomie universitaire, a lâché cette pièce à conviction dans l’univers des élites avec la mission de se frayer un chemin difficile parcouru de ronces pour s’emparer à court terme d’un pouvoir qui échappait jusqu’ici mais qui pouvait rapidement entrer dans le fleuron des plus doués et des plus méritants.

Grande porte

Il y a en effet de quoi être fier de cette vigoureuse entrée en matière politique par la grande porte, par celle qui mène du passé à un présent allègre et à un futur plein de promesses si l’on tire du sac à malices tout ce qu’on a voulu fourrer à l’intérieur, quitte à le tasser pour qu’aucun élément ne soit oublié ou laissé sur les bords du chemin. François Bayrou et le MoDem s’inscrivent dans la tradition europhile du centre français. L’Europe a donc une place centrale dans son projet politique : « L’Europe est la clé de la liberté de choix : elle permet d’écrire l’avenir » Chaque fois qu’il s’agit de peser sur l’avenir du monde, on retrouve « le besoin d’Europe ». François Bayrou, député européen de 1999 à 2002, affirme son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et demande - en vain - un vote de l’Assemblée nationale sur cette question. Depuis, sa position a légèrement changé concernant cette question. Lors du meeting de Reims le 2 avril 2007, il affirme que des arguments importants pour l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne n’ont pas été pris en considération. Pour sa part, il était contre mais il y avait des arguments pour, des gens qui avaient une autre vision de l’Europe que la sienne. En 2005, il fait campagne en faveur du Traité établissant une Constitution pour l’Europe, que les électeurs français consultés par référendum rejettent le 29 mai 2005. Son programme pour la présidentielle de 2007 milite pour la ratification d’« un texte, simple, lisible, court, sans ambiguïté, qui donnera forme aux principes d’une Union européenne sortie de ses paralysies et de ses impasses » qui devrait, en France, être accepté par un nouveau référendum. Dans son projet de modernisation du système politique français, il propose le renforcement du rôle du Parlement de façon à constituer un contre-pouvoir effectif. Il y a en effet de quoi être fier de cette vigoureuse entrée en matière politique par la grande porte, par celle qui mène du passé à un présent allègre et à un futur plein de promesses si l’on tire du sac à malices tout ce qu’on a voulu fourrer à l’intérieur, quitte à le tasser pour qu’aucun élément ne soit oublié ou laissé sur les bords du chemin.

Tradition europhile

François Bayrou et le MoDem s’inscrivent dans la tradition europhile du centre français. L’Europe a donc une place centrale dans son projet politique : « L’Europe est la clé de la liberté de choix : elle permet d’écrire l’avenir » à l’exécutif. Il a déclaré à plusieurs reprises souhaiter le passage à une VIe République. Le 5 avril 2006, il estime que la crise du Contrat première embauche (CPE) s’est soldée par « un effondrement des institutions » et que « le moment est venu ». François Bayrou défend le « trésor » que constituent selon lui les cultures et identités régionales de France. Il appelle à ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, que la France a signée. Il s’est notamment prononcé pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne, conformément au vœu des collectivités locales, ainsi que pour la « réunification de la Normandie » actuellement divisée en deux régions. François Bayrou a souvent remis en cause l’objectivité des médias français appartenant à de grands groupes industriels, arguant de leur forte tendance à la bipolarisation de la vie politique française, autour de l’UMP et du PS. Il accuse ces média s d’une surexposition de ces partis et de leurs candidats voire de connivence avec certains de ces candidats. Il affirme que cette inclination s’exprime notamment dans le contenu des questions posées et dans celles qui justement ne le sont pas.

Détention

Il propose à cet effet de rendre impossible la détention de groupes de médias par des groupes industriels et financiers dépendant des commandes de l’État. Peut-on dire que le succès de Bayrou, sans doute un peu tardif mais fortement dopé par celui de ses écrits plaide pour l’avantage indiscutable que confère la formation universitaire de haut niveau aux individus qui savent l’exploiter au mieux ? Chez ce personnage, en tout cas, on peut dire que les deux livres principaux qu’il a commis ont largement contribué à sa reconnaissance, à sa célébrité, à la qualité des jugements portés sur lui. L’avenir dira si la littérature suffit à faire l’homme ou si c’est l’homme qui apporte à cette forme de pensée et d’expression le véhicule chargé des procurations et mandatements pour s’y transformer en cheval de Troie.

Questionnement éthique :

1. La politique française, surtout à son sommet, ne manque pas de diplômés de bon niveau qui savant exprimer leurs idées avec élégance et précision même si on peut leur reprocher un certain déficit en connaissances mathématiques ou physiques. Comment se fait-il que François Bayrou ait réussi à faire le trou avec ses poursuivants dans le secteur le plus difficile qui est celui de l’écriture ?

2. On a souvent reproché à ce leader d’opinion d’avoir des vues un peu "molles" sur les décisions à prendre ou à proposer en matière de politique nationale ou européenne. Cette vision ne semble pas constituer un handicap peut-être parce que les lecteurs de ses ouvrages ont été largement rassurés par ses capacités d’écoute, de réflexion, d’historien sage et posé qui contraste avec l’agitation de son concurrent élyséen ?

3. Est-ce que le sort a été favorable au candidat Bayrou d’avoir à se heurter à un concurrent dont les actions et le comportement se situent à l’opposé de ceux de ses propres convictions et attitudes ?

4. Est-ce que les prises de position de cet ancien Ministre de l’Éducation, souvent considérées comme insuffisamment affirmées ne sont pas de nature à nuire à sa carrière surtout quand il s’agit d’une compétition qui dépasse les frontières nationales pour empiéter largement sur celles du théâtre européen ?