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Les suites de l’affaire du mediator des Laboratoires Servier

Tel est pris qui croyait prendre

Que faut-il en penser ?

dimanche 21 novembre 2010, par Picospin

Le verdict sur ma conscience et sa liberté n’est pas encore tombé.

Un fondateur actif et énergique

Le fondateur du laboratoire qui fabriquait le Mediator, Jacques Servier, monte au créneau. « Nous sommes sidérés, stupéfaits ! C’est à se demander si cette affaire est une fabrication », lance l’industriel âgé de 88 ans. Et d’ajouter : « Il y a peut-être l’idée d’embêter le gouvernement. » Nous sommes sidérés, stupéfaits. Est-ce que le Laboratoire a pour autant réussi à renverser la vapeur en expliquant que des doutes subsistaient sur tous les éléments accusateurs du dossier ? Ce sont le nombre des décès enregistrés, les lésions éventuellement découvertes sur les valves du cœur et considérées comme responsables des décès et les moyens mis en œuvre par on ne sait quel conspirateur pour pérenniser l’autorisation de mise sur le marché d’un produit suspect, sinon dangereux. Cette leçon est à méditer ; elle devrait m’être profitable. Elle doit m’inciter à ne pas mettre la charrue avant les bœufs et d’attendre sagement qu’un procès – pas nécessairement au sens où l’entend le droit et la justice – soit terminé, après avoir entendu réquisitoires et plaidoiries, éventuellement commentaires et jugement.

Erreur

J’ai en tout cas, commis une première erreur, celle de considérer comme vraie toute la série des déclarations faites par les acteurs de la protection de notre santé à l’échelon gouvernemental. Alors que je passe mon temps à conseiller la prudence, l’attente, l’absence de décisions et de déclarations trop hâtivement prononcées, je me suis laissé embarquer dans une série d’écrits dont on ne connaît pas l’origine, des accusations sans véritable fondement et des manipulations dont l’absence de lien avec le gout du bénéfice est loin d’avoir été établi. La situation était demeurée stable jusqu’à l’arrivée dans l’arène de la pharmacologie, de la biologie, de la politique et de la finance du fondateur du laboratoire ayant développé le produit incriminé. A-t-il pour autant réussi à renverser la vapeur en expliquant que des doutes subsistaient sur tous les éléments accusateurs du dossier. Ce sont le nombre des décès enregistrés, les lésions éventuellement découvertes sur les valves du cœur et considérées comme responsables des décès et les moyens mis en œuvre par on ne sait quel conspirateur pour pérenniser l’autorisation de mise sur le marché d’un produit suspect, sinon dangereux. Cette leçon est à méditer ; elle devrait m’être profitable.

Une bonne leçon de modestie

Elle doit m’inciter à ne pas mettre la charrue avant les bœufs et d’attendre sagement qu’un procès – pas nécessairement au sens où l’entend le droit et la justice – soit terminé, après avoir entendu réquisitoires et plaidoiries, éventuellement commentaires et jugement. Après la publication d’une nouvelle étude sur les ravages de ce traitement du diabète, qui aurait tué 500 personnes au moins, le gouvernement s’est défendu cette semaine d’avoir été négligeant. Et ce, même si le Mediator n’a été retiré du marché français qu’en 2009, alors qu’il était mis en cause depuis 1997.
Le groupe Servier, que Jacques Servier a fondé en 1948, est le deuxième groupe pharmaceutique français après Sanofi-Aventis, et premier laboratoire indépendant en France. S’il conteste le chiffre de 500 morts entre 1976 et 2009, il conseille toutefois aux personnes ayant pris du Mediator d’en parler à leur médecin, comme le fait le gouvernement.

Raisons commerciales

Le Mediator est accusé d’avoir des effets secondaires particulièrement graves en favorisant les maladies des valves cardiaques et l’hypertension artérielle pulmonaire. Pour sa défense, Jacques Servier souligne que c’est le laboratoire lui-même qui a décidé, en accord avec l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), de retirer le Mediator du marché en 2009. Et ce alors que le lien entre Mediator et valvulopathie n’était pas prouvé, affirme-t-il : « Les études qui ont posé le lien sont très récentes. Jusqu’à 2008, aucun cas de décès par valvulopathie avec le Mediator n’était signalé ». Selon Jacques Servier, c’est pour des raisons commerciales que le Mediator a été retiré progressivement de différents marchés, et non à cause des doutes sur son efficacité et ses effets secondaires.
L’Afssaps estime qu’environ cinq millions de patients ont été traités au Mediator en France de 1976 à 2009, dont 2,9 millions de personnes auraient reçu le produit pendant plus de trois mois. L’agence affirme que si 20 % des prescriptions n’avaient aucun rapport avec le diabète, le Mediator était surtout prescrit à des patients sur le chemin de l’obésité pour ses facultés amaigrissantes.

Questionnement éthique :

1. Quelles ont été les conditions et circonstances de mise sur le marché de ce produit ?

2. Est-ce que les essais thérapeutiques ont été effectués avec une posologie identique ou supérieure à celle prescrite à l’homme ?

3. Est-ce que les obésités des malades sélectionnés pour ce traitement étaient suffisamment avancées et graves pour justifier le traitement par un produit nouveau dont les effets secondaires n’avaient pas encore été complètement étudiés et évalués ?

4. Ce point ne peut en tout état de cause être rigoureusement analysé. Les effets secondaires, délétères des produits nouveaux ne s’avèrent dangereux qu’après une utilisation suffisamment prolongée sur un nombre de malades minimum pour que se dégage un tableau des indications et contre-indications de tout nouveau produit. C’est ce que l’on appelle la phase 4 de l’essai thérapeutique, qui concerne son administration à un lot de malades suffisamment important pour que des incidents et accidents apparaissent de manière statistiquement significative.